Il a des airs de Jean Ferrat. C’est un rat de brocante, l’un de ces habitués qui dès le matin arpente des allées ou les rues pour chercher sur un étal… la pièce rare. Dans celle très squelettique de ce dimanche matin il lisse sa moustache grisonnante avec un brin de dépit. Il n’a rien trouvé qui puisse l’intéresser. Il est vrai que son talent de dénicheur a toujours été assez pointu. Il ne vient pas au hasard contrairement à la plupart de celles et ceux qui déambulent avec l’espoir de « faire une bonne affaire ». Lui, en numismate averti ne s’arrête que devant les petites monnaies qui seraient déposées dans une coupelle ou une boîte. Pas un mot. Pas un signe. Il reste impassible derrière ses bacchantes
« Il ne faut surtout pas montrer un intérêt m’explique-t-il. Tu regardes un objet dont tu ne veux absolument pas et négligemment tu fouilles dans le tas plus ou moins volumineux qui est devant toi avec une évaluation rapide de ce qui trouve ». Le briscard ne discute pas. Il évalue. Il soupèse. Il repère. Depuis des décennies il traque avec une passion envahissante toutes les monnaies du monde. Il le fait en amateur très éclairé. « Je possède tous les ouvrages de cotation qui changent chaque année. Je m’y plonge très souvent afin d’apprendre tout sur les milliers de pièces existantes et toutes leurs variantes plus ou moins rares ». Son oeil pétille. Il se régale en m’expliquant la manière dont on apprécie une trouvaille.
Intarissable cet homme de la terre entre dans les époques de l’Histoire dont il possède les dates, les acteurs, les spécificités et en sort pour une incidente sur la fabrication et sur la valeur. Pas un instant où il ne pense effectuer cette trouvaille d’un « bout » de métal gravé en relief constituant ce que l’on peut appeler une pièce rare. Dans ses vignes, dans les champs, il a toujours le regard au sol. « Une fois en travaillant à quelques mètres de moi j’ai vu un éclat dans le soleil. En m’approchant j’ai trouvé une monnaie en or de plus de 9 grammes très rare de l’époque gauloise. Tu m’avoueras que c’est un sacré hasard. Il n’en existe qu’une demi-douzaine au monde. Je l’ai faite sertir pour créer un pendentif à mon épouse ». Il sourit. De nombreuses personnes étaient passées sans rien voir. Le hasard ? Pas certain car sa longue pratique de l’observation facilite ce type de découverte.
Très souvent après avoir lu des ouvrages historiques il part sur le terrain avec un détecteur de métaux. « J’arpente les prés ou les terres surtout celles qui ont été fraîchement labourées ou hersées, les chemins creux ou les lisères des bois. Jusqu’à dix ou vingt centimètres de profondeur je trouve parfois des pièces récentes ou même très anciennes. Au fil des années je peux dire que j’en ai collecté beaucoup sans aucune valeur mais aussi des très intéressantes. En fait il ne faut pas partir au hasard complet. Par exemple on ne sait pas qu’en Entre Deux Mers a été installée une tribu gauloise sur un territoire avec des références de noms de lieux-dits qui me permettent de déterminer les espaces à explorer ». Il ne compte pas les milliers d’heures passées à déambuler, à arpenter, à observer pour avoir quelques minutes à déterrer la cœur battant un bout de ferraille. Tout est une question de persévérance.
Sa dernière aventure remonte à quelques semaines. « Dans un village du Libournais je tombe sur un jeune homme qui avait apporté tout ce qu’il avait récupéré chez sa vielle grand-mère décédée. Il avait vidé la maison. Des robes, des décorations florales, de la vaisselle… il y avait un impressionnant bric-à-brac et suivant ma stratégie je repère un panier dans lequel il y avait près de trois kg de monnaies de toutes sortes. Impossible de trier. Il était incapable de me donner un prix pour l’ensemble. Je ne le fixe jamais. J’attends toujours une proposition du vendeur. Il ne savait pas et me sollicitait pour que je fasse une offre ce que je refuse systématiquement. Son seul objectif était de se débarrasser de tout alors il a fini par me dire 50 euros. J’ai fait semblant de discuter mais j’ai tout emporté dans mon sac en toile pour cette somme. Après avoir regardé une par une les pièces j’en ai trouvé une qui valait à elle seule 800 euros ! » Chaque fois il effectue un achat de ce genre il s’agit d’un pari. Un trésor à portée de mains.
Sa moustache frémit. Son bonheur est réel de pouvoir partager sa passion et qu’on l’écoute. Il possède des centaines de kilos de monnaies en tous genres (« j’ai par exemple toutes les pièces de l’époque coloniale française ») dont il avoue en avoir classées et identifiées 80 %. Son appétit de découverte est insatiable. Il s’éloigne à regret. Sa besace est vide. Un jour sans. Il espère simplement que le destin lui rendra dimanche prochain la monnaie de sa pièce.
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Bonjour,
cette petite histoire de numismate me fait penser à cette petite chanson dédiée au méprisant qui fait maintenant de la concurrence à Brigitte et tend la sébile.
https://www.youtube.com/watch?v=n4eZ_4f35Uw
bonne journée