Dans toutes les disciplines de la vie sociale, l’essentiel n’est pas d’arriver au sommet mais de parvenir à s’y maintenir. Les sentiers des montagnes à franchir vous forgent un solide caractère quand les autoroutes de la réussite vous entraînent tôt ou tard vers la facilité. Si le principe Peter frappe à tous les niveaux d’une hiérarchie, il faut bien convenir qu’il est aidé par le complexe de supériorité encore plus fréquent et souvent couplé avec le précédent.
Dans le football la puissance financière et morale donnée par la réussite sportive provoque des dégâts considérables. Il semble bien que Mbappé ait été atteint de cette épidémie qui conduit à se croire irremplaçable. Un mal qui touche de plus en plus de monde. Le jeune prodige dont on vantait la tête « bien faite » avait brutalement basculé dans la « melonite aiguë ». La signature de son contrat pharaonique au Real contient en effet des clauses inimaginables dictées par son entourage.
En partant du P.S-G il a ouvert une période de doute puisqu’il passait de co-vedette au statut de tête d’affiche contraint de justifier en permanence les ambitions décrétées pour lui par tout un club. Il a oublié que le football est un sport collectif et que sans les autres le meilleur des joueurs n’est pas toujours au rendez-vous. Et pourtant on le charge de tous les maux quand ça va mal et de tonnes de lauriers quand il sauve la baraque. C »est la loi du milieu.
Pour l’ouverture de la Coupe du Monde ce constat a été une nouvelle fois vérifié. Maladroit, emprunté, peu convaincant en première période face au Sénégal Mbappé a décoché deux flèches victorieuses et donc il basculé dans les louanges dithyrambiques quelques dizaines de minutes plus tard. Il devient le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France et inscrira probablement son nom pour longtemps sur les tablettes de cette statistique. Ce match résume l’esprit français voulant que l’on dézingue sans modération ce que l’on a adoré et que l’on encense immodérément ce que l’on a haï.
Dans son rôle de buteur, celui que l’on appelle Kyllian quand tout va bien et Mbappé quand ce n’est plus glorieux a besoin de tours de passe-passe des autres pour briller. Michael Olise est de ceux-là. Une sorte de magicien susceptible de mettre des étoiles dans le ciel pas très bleu de son équipe en offrant des opportunités à ses partenaires de briller. Des offrandes limpides, millimétrées dont l’une d’entre elles a remis le capitaine égaré jusque-là sur le chemin de la réussite. C’est certain que désormais « Dédé » aura les soucis de l’abondance. Dembélé s étant installé au « ballon dort » car ne pouvant pas s’intégrer dans un système de jeu dont il n’est pas le pivot central est en chute libre. Cherki fantasque et assez égocentrique risque de se lasser de ne jouer que dans les cinq dernières minutes.
En réclamant une sorte de pleins pouvoirs techniques autour de sa personne Mbappé s‘est mis lui-même sur la corde raide d’où il peut chuter à tout moment. Il est devenu pour les prochaines semaines pour le « roi ballon » autour de qui tout devrait tourner rond ! Se pensant intouchable il risque de sombrer dans ce qui conduit systématiquement à l’échec : l’individualisme maladif. Devenu « agaçant », « présomptueux » un tantinet « méprisant », comme tous les enfants gâtés par la vie, cet enfant de la balle affiche parfois une propension à donner brutalement des leçons sur tout et à tout le monde. Il gâche son image de jeune surdoué raisonnable et raisonné qu’il avait acquis antérieurement.
Cette attitude pose le problème plus large des rapports entre un entraîneur, fusible permanent, et les joueurs qui rapidement prennent de fait l’ascendant par leur poids sur les résultats. Un groupe a certes toujours besoin d’un leader dans les faits et pas seulement dans l’esprit. Mbappé avait à la fois besoin de se rassurer et plus encore de démontrer qu’il pouvait remplir ce rôle. Sa réussite n’a pas totalement éclipsé deux ou trois excès d’individualisme et surtout une maladresse ambiguë car pouvant être assimilée à de la malchance.
Il doutait ! Il n’était visiblement pas bien dans sa tête. Il gambergeait et n’avait plus l’assurance ou le toupet qui lui permettaient de transformer les besognes de « pousse-citrouille » en actions féeriques. Il lui fallait retrouver l’envie de jouer et surtout la simplicité qui faisait sa force. Son second but en atteste. Un missile ne devant rien à personne efface son absence d réussite individuelle.
Mbappé c’est de l’ambition que l’on confond avec de l’arrogance. C’est de la facilité que l’on transforme parfois en dilettantisme. C’est de la franchise que l’on assimile à du mépris. C’est du talent qui agace ceux qui n’en ont aucun. Mbappé n’est qu’un colosse aux pieds agiles mais à la réussite fragile. Rien de plus.
En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Ce match résume l’esprit français voulant que l’on dézingue sans modération ce que l’on a adoré et que l’on encense immodérément ce que l’on a haï.
Exact, c’est bien dans l’origine même de « l’esprit français »(sic) :
« Courbe humblement la tête, fier Sicambre, brûle ce que tu as adoré, adore ce que tu as brûlé!»
proclame l’Évêque de Reims saint Rémi, en baptisant Clovis, faisant tomber ce qui va devenir la France dans l’escarcelle(sphère d’influence) de la papauté.