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Dédé l’instituteur qui a une classe de surdoués à gérer

Je ne sais pas si Didier Deschamps aurait pu être une bon instituteur mais je pense qu’il possède les qualités nécessaires pour se retrouver avec réussite face à la diversité d’une classe. Celle qu’il va emmener en « découverte » des Amériques a l’avantage d’avoir été choisie par ses soins, ce qui facilite singulièrement les choses. Un travail de sélection qui doit être d’une complexité particulière sauf si dans la tête de celui qui le conduit les critères sont simples. Sa liste de 26 noms a été dévoilée au grand public et comme il y a autant de sélectionneurs que de supporteurs elle a été illico critiquée et mise en pièces. 

Dans un premier temps Dédé, homme prudent s’il en est et n’aimant pas trop l’aventure, a probablement dressé un listing des élèves en qui il a confiance nonobstant le niveau réel de chacun. Il a préféré des éléments susceptibles de bâtir avec lui un lien affectif à ceux qui potentiellement offrirait un risque de rébellion. Le syndrome de Knysna en Afrique du Sud plane toujours sur les sélections pour une Coupe du Monde. La sortie d’un documentaire sur l’épisode de la grève et l’exclusion d’Anelka du groupe réveille encore de vieilles rancœurs. Deschamps le sait et il est suffisamment matois pour s’en être inspiré depuis son arrivée à la tête des Bleus. Eviter les clans de toutes sortes : une priorité absolue pour lui. 

Il s’appuie donc sur la cohésion davantage que sur la cohérence en protégeant des joueurs qui lui sont redevables de leur place plutôt que des « vedettes » plus difficiles à gérer. C’est ainsi que les frères Hernandez reflètent cette stratégie : en difficulté dans leur club ils se retrouvent maintenus dans le groupe du Mondial car ils savent ce qu’ils doivent à Dédé. D’autres comme Koné ou Kanté ont bénéficié de sa tendance à préférer le connu à l’inconnu, les laborieux aux virtuoses, les silencieux aux bavards . Les presque nouveaux (Lacroix, Risser, Mateta, Akliouche …) s’intègrent dans cette vision que le sélectionneur a de la vie d’un groupe : il récompense la conduite plus que le talent. Une exception avec Cherki qui semble s’être assagi et qui sera isolé. 

La concurrence existera mais elle ne sera pas féroce car le Bayonnais au caractère bien trempé a déjà son équipe type en tête. Il a doublé chaque poste avec des éléments en devenir susceptibles de mettre la pression sur les éventuels « sénateurs » qui se sentiraient incontestables. Une ossature avec Maignan, Koundé, Saliba, Kanté, Mbappé, Olisé et Dembélé lui assure sauf pépins physiques une garantie de la solidité globale de l’équipe. Pour le reste il s’est ouvert toutes les possibilités d’ajustement avant ou pendant les matchs. Il dispose de deux équipes potentielles ce qui est un luxe que peu d’autres sélectionneurs possède.

La seul vrai obstacle qui se dresse devant lui, c’est le statut de favori qui risque de générer facilité et déconcentration. Dédé l’instit’ a le recul et la méfiance pour éviter de laisser les têtes enfler trop vite. Il a évité les égos surdimensionnés même s’il lui faudra gérer à cet égard le quatuor parisien (Dembélé, Doué, Zaïre-Eymerie, Barcola) qui risque de se considérer comme au-dessus des autres. Il sort d’une saison réussie alors que tous les autres n’ont pas forcément atteints tous leurs objectifs et auront à prouver que leur place n’est pas usurpée. A commencer par un certain Mbappé. S’il se plante à la Coupe du Monde après les problèmes du Real il risque gros pour sa notoriété.

Dédé la science manque d’audace pour certains, a un système de jeu peu spectaculaire pour d’autres, reste trop prudent dans ses choix pour ses ennemis : il sera flingué dans quelques studios de radio par ses anciens partenaires de 98 qui attendent avec une impatience non contenue qu’ils se casse la figure pour que le « Messi-Zizou » entre en piste. Cette ombre du Madrilène planera sur le parcours des Bleus… car Deschamps a toujours eu l’image d’une artisan besogneux plus que d’un artiste flamboyant, tant comme joueur que comme entraîneur. Il n’a jamais soulevé les oules. C’est un hanneton plus qu’une libellule. 

S’il n’avait pas pu être instituteur le sélectionneur aurait embrassé la carrière de maître de chai car il a le sens de l’assemblage prudent donnant des vins « ronds » que l’on déguste sereinement dans un verre ballon. Ses récoltes lui ont déjà valu pas mal de médailles dans les concours internationaux. Sa dernière ne sera pas la plus facile à gérer mais en tous cas il possède les « ingrédients » nécessaires pour réaliser un grand cru. On sait pourtant que les impondérables peuvent à tout moment gâcher les prévisions de cuvée exceptionnelle. Il a les problèmes des instits qui ont que des surdoués à gérer. Ce n’est pas le plus aisé. 

 

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Cette publication a un commentaire

  1. faconjf

    Bonjour,
    je ne suis pas encore assez mûr pour ingurgiter le torrent de commentaires et le défilé de pub qui va accompagner cette coupe du monde pro-business. Pour faire court et trivial j’en ai rien à foot!
    M. Infantino.a transformé l’événement phare du sport le plus populaire de la planète en rendez-vous pour happy few fortunés.
    Trahissant la promesse faite lors du dépôt de candidature, les prix des places sont trois fois plus chers que lors de la précédente édition au Qatar en 2022. L’envolée des tarifs s’ajoute aux frais d’hébergement et de transport. Ceux-ci s’annoncent particulièrement onéreux puisque la compétition se déroule sur trois pays étendus, avec des stades éloignés de plusieurs milliers de kilomètres. Après les enceintes sportives climatisées de 2022 au Qatar, ce Mondial se présente comme une publicité géante pour le transport aérien avec un bilan d’émissions de CO2 record.
    M. Trump a également sa conception d’une Coupe du monde « inclusive ». En signe de bienvenue, il est question d’obliger les touristes à déclarer leurs cinq dernières années d’activité sur les réseaux sociaux. Il a par ailleurs durci les conditions d’entrée sur le territoire américain, compliquant voire interdisant son accès aux ressortissants de plusieurs pays qualifiés, comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, l’Iran ou Haïti. Ce Mondial s’annonce donc comme, non seulement, celui de l’« America first » (l’Amérique d’abord) mais surtout celui du « business first » (les affaires d’abord).
    Dans le droit fil de mon commentaire d’hier sur les fonds vautours, il convient d’ajouter les requins de la Phynance du père Ubu. Je vous invite à regarder cette vidéo qui démonte la fable de Bernard Arnault qui prétend créer 10 000 emplois en France chaque année.
    https://indymotion.fr/w/eqGYHTaqN6SFLmqGgYt2F2
    « Père Ubu. — Madame de ma merdre, garde à vous, car je ne souffrirai pas vos sottises. Je vous disais donc, messieurs, que les finances vont passablement. Un nombre considérable de chiens à bas de laine se répand chaque matin dans les rues et les salopins font merveille. De tous côtés on ne voit que des maisons brûlées et des gens pliant sous le poids de nos phynances. » Ubu roi scéne7
    Tout cela est absurde à commencer par l’engouement mondial pour un sport transformé en super business au profit des vautours et de requins de la phynance.
    bonne journée

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