Les sables mouvants de la dette ensevelissent inexorablement les espoirs de redressement des comptes publics. La situation internationale renforce le sentiment que plus rien n’arrêtera l’asphyxie de bon nombre de pays européens dont la France. Coincés entre la montée d’un populisme ne cherchant qu’à s’installer au pouvoir par des slogans reposant uniquement sur ce que les gens veulent entendre sans se rendre compte de l’absurdité du contenu et des obligations découlant de l’euro, les responsables politiques naviguent à la corne de brume. Leur seul objectif réside dans le maintien à flots d’un navire sans gouvernail et avec un équipage susceptible d’être débarqué à tout instant. Les prêteurs étrangers qui possèdent désormais la majorité de la dette française dirigent de fait une belle partie de l’Europe.
D’abord ils ont le pouvoir de répondre ou de ne pas répondre aux propositions d’emprunt émanant de l’État. Dans la situation du monde où il n’y a aucune certitude au-delà de 24 heures certains d’entre eux réfléchiront sur les conséquences de leur engagement. Pour les attirer il faudra des taux d’intérêt substantiels. Et rien ne serait pire pour Bercy. Chaque hausse des taux donne des sueurs froides aux prévisionnistes du Ministère des finances. Or rien ne dit que la tendance actuelle ne s’accélère pas avec une inflation galopante.
Ensuite pas mal d’entre eux sont dans des situations qui les incitent à chercher des emprunteurs plus fiables. Ils craignent de plus en plus que la France ait encore plus de mal qu’auparavant à rembourser. Il faut se souvenir que notre dette publique dépasse les 3 500 milliards d’euros, soit 118% de notre PIB, notre produit intérieur brut. Et illico ils montent leurs exigences sur la durée du prêt et son taux.
La France empruntait sur les marchés il y a un mois, à un niveau qu’elle n’avait plus connu depuis près de 15 ans. Le conflit en cours lui coûte très cher en fonctionnement (frais des armées, du fonctionnement ordinaire de l’Etat), mais aussi car il pèse directement sur notre dette. Actuellement, le taux d’emprunt à dix ans de la France frise les 3,7%, du jamais vu depuis 2011. Cette situation a évolué en un rien de temps. Avant le début de l’offensive des Américains et des Israéliens sur l’Iran, la France empruntait à 3,2%. Rien de dit qu’il ne se situera pas en mai à 4 % ce qui serait catastrophique.
La France a atteint un seuil inédit de son endettement puisque le remboursement devient le premier budget de l’État. À la suite du comité d’alerte des finances publiques sorte de cellule de crise qui s’est tenu à Bercy avant-d’hier on a appris (pour celles et ceux qui ne se contente pas d’aboyer) un changement révélateur dans le budget de la nation : la charge de la dette dépassera dans quelques semaines les dépenses prévues pour l’Éducation nationale (pensions de retraite des enseignants mises de côté).
Ce sont en effet 64 milliards d’euros qui vont être consacrés à la dette, supplantant d’un milliard le budget de l’Éducation nationale. Un scénario contre lequel avait mis en garde l’ancien premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, un peu moins d’un an plus tôt. On attend avec impatience le rapport publié par celle qui l’a remplacé et qui sait fort bien que cette situation ne fera que s’aggraver. On évoque le chiffre astronomique de 100 milliards à la fin du prochain quinquennat. Qui en est responsable ? Personne. Qui a laissé courir ? Personne. Qui a promis des crédits supplémentaires partout ? Là on le sait.
Dans un rapport publié hier et dont l’opinion dominante n’a rien a ciré, la Cour des Comptes présidée rappelons-le par celle qui fut responsable du budget 2025 explique qu’elle ne peut pas certifier les résultats de l’an passé. Ce sera la seconde fois consécutive. Les raisons sont exceptionnelles : ils ont trouvé des « anomalies significatives » et des « insuffisances d’éléments probants » empêchant la certification de plusieurs « postes comptables ». Rien que ça ! Imaginons un seul instant une entreprisse dans laquelle le commissaire aux comptes refuserait de certifier le bilan en raison d’anomalies engageant la responsabilité des dirigeants… et notamment celle de la présidente de la Cour des Comptes !
L’annonce du gel de six milliards de dépenses est une manière de se moquer du monde car il est certain que vu le contexte ils seront définitivement supprimés dans quelques mois. Bien entendu il sera difficile de connaître les postes concernés. On les découvrira au fur et à mesure des demandes qui seront refusées. Il n’y a plus d’élections en vue…
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Comme je te comprends…et désespère de voir dans ce pays des gens responsables et intègres.
Les politiques au pouvoir font de la cavalerie financière (en principe interdite) depuis longtemps sans aucune sanction. Pourquoi s’en priveraient -ils?
En tout cas, on n’est peut-être pas loin du précipice…
Allez, bonne journée quand même!