Peut-on librement et sincèrement parler d’un élu socialiste sans se faire accuser, vilipender, moquer dans cette période durant laquelle il faut absolument détruire les symboles d’une gauche qui serait réactionnaire, celle des gestionnaires ? C’est peut-être possible si l’on s’exprime sur un mort. Alors je tente ma chance.
Lionel Jospin a rejoint le creuset des « forces de l’esprit » où quelque part dans un coin assis à la fenêtre sur le monde, se trouve François Mitterrand. Je suis à peu près certain que ce dernier ne lui décochera même pas un regard à son arrivée tant, sourire mystérieux aux lèvres, il observe avec la délectation des entomologistes chevronnés le va et vient des fourmis politiques actuelles s’agitant en une nuit d’élections municipales. Que vient faire en pareille circonstances cette silhouette sèche, élancée, svelte dans ce monde virtuel se demandera la promeneur du Champ de Mars?
Lionel Jospin a pourtant tant donné pour lui. Mais Mitterrand n’a pas oublié « le droit d’inventaire » revendiqué par celui qui en avril 1995 se préparait à l’élection présidentielle. Un crime de «lèse-majesté » que l’ex-président ne lui pardonnera pas, même au royaume des forces de l’esprit. Une part du caractère de Jospin se niche dans cette expression. Il n’est jamais parvenu en effet à réfréner sa vision « morale » de la politique. Il exprimait ses convictions profondes et ses doutes inévitables.
Deux autres formules lâchées sans filtre ont tué ses ambitions de mandat élyséen. Contre Chirac il assène par exemple cette description d’« un président vieux, usé, fatigué » et perd les votes du troisième âge se sentant visé. Il se colle une image de droite lors de sa visite de l’usine Michelin de Clermont-Ferrand en lançant : « l’État ne peut pas tout ». Ces quelques mots sont souvent analysés comme lui ayant coûté très cher sur le plan politique. Il les paiera au prix fort. Jospin imprégné d’une éducation protestante se laissait aller à une franchise imprudente qui l’éloigna lentement des mitterrandistes beaucoup plus matois et soucieux du compromis. Il portait sa rigidité et son intégrité sur lui comme une protection contre le mal.
Sourcilleux sur la morale, entouré de quelques bulldozers comme Claude Allègre qui dévasta l’électorat enseignant par ses déclarations sur le « mammouth », il était trop sûr de lui, trop cerain que les Françaises et les Français apprécierait sa différence. Comme bien des responsables politiques de haut niveau chaque fois que je l’ai rencontré, il m’a paru persuadé que son action serait reconnue par l’électorat. Or malheureusement on n’est jamais élu sur un bilan mais sur le rêve que l’on promet. On n’est que rarement élu sur ses réalisations mais sur des espoirs. On n’est jamais élu sur du positif mais contre les autres. Jospin par orgueil ne l’a pas compris et admis.
En amoureux du sport qu’il était, Jospin traversait la vie publique, crinière blanche au vent, avec comme seul objectif le gain du match à l’énergie, en donnant tout et sans fioritures. Jospin prétendait que le public ne reconnaissait que « les vainqueurs et qu’il finirait pas admettre qu’il en était un ». Si sa défaite de 1995 ne lui paraissait pas un échec, il avait eu le sentiment profond que son passage à Matignon avant 2002 lui procurerait la reconnaissance populaire. Il est vrai que ce fut après la dissolution voulue par de Villepin et concrétisée par Chirac, un laps de temps durant lequel son gouvernement diversifié avait empilé des réformes (toutes encore en place en 2026) qui correspondaient à ce que l’on pouvait attendre de la gauche dite plurielle.
Toutes ses décisions provoquèrent de fortes réactions de la droite. C’est un signe de sincérité de la part de celui qui les a mises en oeuvre. Il affronta des tempêtes avec le calme du commandant de frégate devant rassurer l’équipage. Les 35 heures restent encore dans le gosier des tenants du profit. Le PACS affola les religieux de tous poils et de tous bords. Le choix des emplois-jeunes fut présenté comme un faux salariat subventionné. La baisse de la TVA devint un scandale pour les recettes de l’État. L’allègement de la taxe professionnelle par la déduction des charges liées à l’emploi était jugée insuffisante.
Les nationalisations déchaînèrent les politiciens de la Bourse. La loi sur les gens du voyage ont révulsé les tenants de l’exclusion. La réserve pour les retraites a été dilapidé pars ses successeurs qui l’avait pourtant dénoncée. Et même l’inauguration d’un monument réhabilitant la mémoire des fusillés de la guerre 14-18 lui a voulu des reproches de Chirac. Qui se souvient que sur le plan social, il a mis en place la C.M.U (couverture maladie universelle) tant décriée par la RN et ses affidés et l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) pour les personnes âgées, et fait adopter la loi sur les Droits des Malades.
Des améliorations dont profitent encore des millions de personnes défavorisées ou en situation difficile. Jospin a fait ce qu’il avait promis. Il n’a vraiment pas su « vendre » ce qu’il avait fait. Il était l’anti-thèse du communicant alors que la politique basculait vers cette tendance. C’est pourtant lui qui a vraiment fondé la « gauche gestionnaire et réformatrice », celle que la droite n’a cessé de dénoncer, d’accuser, de discréditer. Il y avait de la rigueur intellectuelle de Mendès-France, de l’intégrité morale et matérielle dans Jospin. Il détestait l’esbroufe, la facilité, le vide idéologique. C’était dans le fond le « revers » de la face Mitterrand, le contraire d’un Macron; l’opposé d’un Mélenchon.
On ne retient pourtant de lui que sa fameuse déclaration du soir du premier tour au soir du 21 avril 2002 : « Au-delà de la démagogie de la droite et de la dispersion de la gauche qui ont rendu possible cette situation, j’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions en me retirant de la vie politique après la fin de l’élection présidentielle .» Ces paroles me restent en mémoire. Coïncidence extraordinaire, ces propos contrastent terriblement le soir de sa disparition avec ceux entendus lors des élections municipales. Quel décalage ! Et pourtant…
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Tout à fait d’accord avec toi, Jean-Marie mais je n’oublie pas que s’il a été battu en 2002, c’est à cause de Taubira et Mamère quand même, des petits requins, mais des requins quand même…
Allez, bonne journée quand même!
J’aime les mots que tu écrits pourtant je n’ai pas le même souvenir et au risque d’être montrée du doigt je dirais que je ne retiens de lui dans ma mémoire certes subjective que ce soir de 2002. J’en garde ce sentiment d’abandon qui en fait ne m’a jamais quitté. Ce soir la je sais que quelque chose s’est cassé dans mon espoir. J’ai jamais cessé d’imaginer mais j’ai cessé de croire. Ce soir là j’ai appris à ne compter que sur ceux qui dans la tempête garde la barre et tienne le cap.
Bonjour Madame !
Certes, ce soir- là, les mots étaient forts … comme un soir de Mai 1981 ( Au revoir !) ou le 28 avril 1969: c’est à ces élocutions suivies de leurs respects que l’on reconnaît les Grands Serviteurs de l’État …d’alors ! ! !
Bien cordialement.
Bonjour Madame !
Certes, ce soir- là, les mots étaient forts … comme un soir de Mai 1981 ( Au revoir !) ou le 28 avril 1969: c’est à ces élocutions suivies de leurs respects que l’on reconnaît les Grands Serviteurs de l’État …d’alors ! ! !
Bien cordialement.
Bonjour Madame !
Certes, ce soir- là, les mots étaient forts … comme un soir de Mai 1981 ( Au revoir !) ou le 28 avril 1969: c’est à ces élocutions suivies de leurs respects que l’on reconnaît les Grands Serviteurs de l’État …d’alors ! ! !
Bien cordialement.
Bien d’accord avec ce rappel des progrès sociaux établis par Jospin, et mon désarroi fut grand lors de son retrait en 2002. Peut être de la lassitude, plus assez de courage pour continuer ? Car « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ».
Je sais, facile de dire ça quand on n’est pas concerné directement.
Je ne voudrais pas casser l’ambiance et jouer au vilain petit canard, mais je suis, en tant qu’héritier des « Hussards Noirs » désolé du sort qui a été réservé aux Écoles Normales.
Certains diront que ce furent des « séminaires laïcs », tout n’était pas parfait, (d’ailleurs qui peut se prétendre parfait ?) mais l’esprit de rationalité, les notions de laïcité et d’ouverture d’esprit que l’on y pouvait acquérir, si l’on voulait bien s’en donner la peine, est en pleine déconfiture et il n’y a plus de contre pouvoir pour le défendre.
Et tout fout le camp, mon bon Monsieur…
Bonjour Jean,
Le décès de « coton tige » comme le nommait Chichi à 88 balais est un non-évènement à mes yeux. Je garde rancune à l’ancien Lambertiste d’avoir fermé la centrale de Creys Malville clé de voûte de la filière nucléaire. Le plus grand privatiseur des joyaux de la république, par cette décision d’abandon accomplie pour complaire aux escrolos il a planté ainsi les derniers clous dans le cercueil des activités industrielles électro-intensives.
L’abandon et la dissimulation sont les traits de caractère qui caractérisent le mieux Jospin parfaitement incarné dans la représentation de Janus le dieu aux deux visages. La raideur physique du personnage est déguisée en parpaillot intègre alors qu’il a constamment joué double et triple jeu (lambertiste et faucialiste en même temps). Pour moi il rejoint la Panthéon des socio-traitres en bonne compagnie avec les faucialistes Delors le libéral maquillé comme une voiture volée en père du « nouveau socialisme Europhile » ou Ferry le racialiste colonialiste…
Les destructeurs de l’industrie et de l’éducation nationale n’ont fait que saper l’avenir de nos petits enfants en étant les laquais de leurs maîtres fortunés. Je citerais la loi Jospin pour l’éducation Nationale ou son attitude face aux salariés perdant leur emploi ou encore sa position ambiguë sur le nucléaire. On peut aussi ajouter l’absence de mesures pour compenser l’impact des 35h sur le coût des produits au moment ou la Chine profite des délocalisations. Tout cela se paye aujourd’hui et encore plus violemment dans la crise actuelle.
Les journalopes des merdias nous servent à buffet ouvert abondance de louanges qui arrangent bien les milliardaires patrons de presse et accessoirement délocalisateurs d’emplois.
De mortuis nil nisi bonum dicendum est , « On ne peut dire des morts que du bien. » je n’en dirais pas plus.
bonne journée
faconjf @ « On ne peut dire des morts que du bien. » je n’en dirais pas plus.
Et l’irremplaçable et immortel Grand Georges l’a d’ailleurs chanté : « Les morts sont tous de braves types… »
(Le Temps Passé)
Salut et Fraternité
Bien d’ accord avec JJ et Faconjf , l’ austère qui se marre ne me faisait pas rire .
Sa fugue en ré même mineur, c’ était son droit , mais moi je préfères la fugue à l’ ile d’Oléron à choisir.
Je lui concède son intégrité , lui ne piquait pas dans la caisse .
Sa position lors de cette affaire fit entrer le loup dans la bergerie, et ma femme enseignante doit composer avec très souvent.
https://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/07/27/01016-20180727ARTFIG00053-l-affaire-des-foulards-de-creil-la-republique-laique-face-au-voile-islamique.php.
Privatisations , 35 heures mal préparées …
Bref, les feuilles mortes se ramassent à la pelle ….
Cordialement.
Hors sujet, The apocalypse is coming on Friday ( l’apocalypse est pour vendredi) Tromp comme à son habitude parle de négociations et prépare l’invasion par ses troupes au sol. Depuis le 13 mars les troupes de choc U$ sont acheminées secrètement sur les bases Jordaniennes et Israéliennes. D’après certaines sources U$ l’assaut se produirait à la fermeture de la bourse de N.Y (pour des raisons économiques et de magouilles ) ce qui correspondrait à 21h GMT et 0h30 samedi pour Téhéran. Une intense préparation de pilonnage débuterait alors sur le détroit d’Ormuz et sans doute au nord de l’Iran diversion et fixage d’unités au nord. Le 20 mars 2026, les États-Unis ont ordonné le déploiement de deux unités expéditionnaires de Marines (11émé et 31éme MEU) dans la région de la mer d’Arabie et du Moyen-Orient, en pleine guerre israélo-iranienne (opération Epic Fury, lancée le 28 février 2026). Un pont aérien est en cours depuis le 13 mars pour acheminer troupes et matériels depuis les U$.
Les débarquements sont des opérations extrêmement dangereuses et encore plus dans cette zone où la configuration du rivage est escarpée. Une opération suicide en quelque sorte, pas de souci pour Tromp qui lui ne risque rien.
Compte tenu que ces informations sont un secret de polichinelle et encore plus pour les renseignements russes et Chinois et sans aucun doute transmis aux Iraniens, on peut espérer qu’il ne s’agit que d’un poker menteur de la part de Tromp… Sinon !!!
Pour être complet et trivial, on a pas le c.l sorti des ronces!! « Même si Donald Trump et l’Iran concluaient un accord pour cesser de se battre demain, il faudrait donc encore quatre mois avant que les marchés ne retrouvent un semblant de normalité. Les producteurs d’ailleurs ne peuvent pas augmenter la production assez rapidement pour récupérer les pertes passées. Le résultat est de raser quelque 3% de la production mondiale de pétrole prévue cette année. Chaque mois, Ras Laffan reste fermé, le monde perd environ 7m de tonnes de long, soit près de 2% de l’offre annuelle prévue. Et la pleine capacité sera, en raison des dernières grèves, plus faible qu’auparavant. Le résultat est que la production sera inférieure de 4% à la demande cette année, même si le Qatar a commencé à pomper ce qu’il peut aujourd’hui.
…
Les négociants en pétrole et en gaz misent toujours sur un miracle du printemps. Le monde prie pour un miracle. Mais même si M. Trump et les ayatollahs iraniens exaucent ce souhait, la logistique du pétrole et du gaz ne sera pas facilement apaisée. Les marchés de l’énergie vivront avec les retombées de la guerre dans l’hiver du Nord. » source The économiste.