C’est l’extase pour tous les commentateurs qui adorent se « payer » des politiques, surtout ceux de gauche. L’entre deux tours des élections municipales leur offre en effet la possibilité d’utiliser des termes dont ils raffolent : « tambouille », « marchandages », « arrangements », « scandales »… ils manquent même de vocabulaire utile à leur propension à faire du sensationnel. En fait depuis l’instauration de la V° République ce qu’il se passe sous les yeux volontairement courroucés des journalistes, c’est ce que l’on appelait autrefois les « désistements ». Dans tous les scrutins à deux tours il y a eu cette pratique. Elle s’accompagnait d’un appel à voter en faveur de celui qui se retirait en faveur de celui qui restait en lice. Rien de nouveau sous le ciel électoral.
Longtemps cette pratique était codifiée au niveau national. Elle résultait de longues nuits de négociations entre les états-majors des partis. François Mitterrand était un redoutable stratège (1) dans cette discipline, plaçant ses pions afin d’avoir des monnaies d’échange pour sauver le maximum de siège pour ses troupes. Il avait réussi à inverser une tendance d’après guerre voulant que le PS soit souvent contraint de servir de force d’appoint du PCF. Il en fut tout autrement après 1970 et jusqu’au début du XXI° siècle. Le RN et LFI ont manqué en définitive leur coup en 2026.
Découvrir que les partis politiques après s’être combattus se réunissent ensuite pour tenter de l’emporter au second tour est d’une stupéfiante naïveté. On affichait autrefois clairement un principe que j’ai maintes fois entendu : « au premier tour l’électeur choisit et au second il élimine ! ». Dans toutes les récentes élections présidentielles il en a été ainsi. Aux législatives c’était aussi courant. Il y avait toujours des exceptions à la règle et des récalcitrants qui se maintenaient et se voyaient retirer leur investiture. Rien n’a changé sauf que l’électorat est moins « obéissant ».
La fameuse « discipline républicaine » jouait alors à plein sans que personne n’y trouve à y redire sauf les battus. Désormais c’est au coup par coup, selon les intérêts locaux et plus encore des considérations personnelles (marchandage sur des postes potentiels) que l’on ne découvre que plus tard. L’électorat suivait majoritairement les consignes formulées par les appareils politiques. Le militantisme conduisait à soutenir le candidat avec lequel on avait un maximum de points communs. L’éclatement voire la parcellisation du paysage politique rend cette pratique beaucoup plus difficile et moins claire.
Qui se souvient des polémiques provoquées au temps de la guerre froide par les désistements en faveur des Communistes. Les affiches placardées partout du bolchevique avec le couteau entre les dents près à saigner le bourgeois faisaient fureur. Les cris d’orfraie des commentateurs de feu l’ORTF, l’exploitation de cette peur appartenaient à l’arsenal politique de l’époque. A-t-on vraiment changé ? J’en doute. Les mêmes arguments fleurissent dans les médias. Y-a-t-il vraiment une différence entre le PCF d’avant 1970 et les LFI de notre époque ? Il serait intéressant de reprendre par exemple les municipales de 1971 et de compiler les titres de presse entre les deux tours…
J’ai en mémoire ces soirées où les militants attendaient le verdict des pourparlers parisiens. Le lundi du premier tour il fallait en effet préparer les professions de foi avec un enjeu majeur : la présence ou l’absence du logo de celui qui se désistait sur les documents ou les bulletins de vote. Ce n’est plus guère à la mode ou dans l’air du temps. Il y a toujours eu à droite ou surtout à gauche des refus d’accepter de se désister. Les cas de retrait sans consigne pour les électeurs n’ont rien de nouveau et les maintiens forcés aussi.
Le scrutin de liste à la proportionnelle a en fait considérablement modifié les comportements puisqu’il permet en se maintenant ( + de 10 % des suffrages exprimés) d’espérer quelques postes d’élus. La semaine prochaine chacun comptera à la fois le nombre de villes appartenant à sa mouvance politique. Comme chaque conseiller municipal doit déclarer son appartenance politique après son élection les statistiques seront faciles. il y aura alors des étiquettes cachées qui se monteront. Le quatrième tour après celui des instances communautaires aura lieu en effet en août prochain dans la moitié des départements la désignation des délégués pour les élections sénatoriales.
On ne se « désiste » donc plus. On se rallie. On fusionne. On se retire. On bâtit soit-disant des « murs » ou des « digues » fragiles. La tendance de toutes les manières étant de moins en moins au collectif, c’est du chacun pour soi. Le courage manque singulièrement de chaque coté et les pratiques d’évitement restent les mêmes. Pour ma part je retiens que Grégoire à Paris et Payan à Marseille ont préféré leur conscience aux consignes. Un signe qu’il y a encore de l’espoir.
(1) Dans mon livre « Le Jour où… » aux éditions Le Bord de l’eau je raconte comment Henri Emmanuelli avait servi en de monnaie d’échange en 1973 en Lot-et-Garonne contre Henri Ruffe député emblématique du PCF
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« Grégoire à Paris et Payan à Marseille ont préféré leur conscience aux consignes. »
Est-ce une bonne politique de laisser le champ libre au concurrent idéologique ?
Il faut peut être parfois sacrifier sa conscience(ou son obstination) à un projet plus ou moins commun, à moins que la dite confiance ne soit en fait qu’une variante d’hypocrisie.
Je n’ai qu’une confiance toute relative en ce que certains hommes politiques nomment leur conscience.
De toute façon, c’est le B….
Commentaire un peu lapidaire et confus dont je vous prie de m’excuser, mais je venais de lire un article à propos des propos du maire d’Arcachon…