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Une tribune de grande classe qui décrit la réalité

Il paraît que dans un courrier adressé aux parents le Ministre de l’Éducation qui ne paraît plus tellement nationale tellement elle est disparate sur les différents territoires (ruralité, banlieues, quartiers divers) dans lesquels la mixité n’existe plus, a mis en garde les parents sur leurs responsabilités. Les récentes affaires ayant bouleversé la perception que l’on a des rapports entre les familles et les enseignants reflètent une véritable crise de confiance. De la maternelle au lycée voire dans les universités les conflits se multiplient et de plus en plus de plaintes parviennent dans les instances (conseils de discipline ou même justice) à la suite de comportements insultants, agressifs ou violents.

Il y a maintenant plus de soixante ans, il nous était fortement conseillé lors des séquences de « morale professionnelle » de souscrire une assurance pour couvrir notre responsabilité et se prémunir contre les attaques dont nous pourrions faire l’objet auprès de l’Autonome de Solidarité. Il s’agissait d’une mutuelle qui ne serait actionnée qu’en cas de situations difficiles engageant la réputation ou les éventuels conflits avec les parents.

La structure existe toujours et alors qu’elle traitait quelques centaines de situations dans les années 70 elle a été saisie en 2024/2025, L’ASL a été saisie de 12 374 dossiers contre 10 865 en 2023/2024, soit 12 % d’augmentation d’une année sur l’autre. Révélateur du climat qui règne autour et dans les établissements scolaires publics.  Ces chiffres traduisent en effet une souffrance réelle. L’école n’est en effet que le miroir de la société. Quand la société s’embrase, l’école s’enflamme.

Parents défiants, personnels en souffrance, judiciarisation des relations : les établissements deviennent le réceptacle de tensions qui les dépassent. Chaque jour, les personnels sont en première ligne et devraient être pleinement soutenus par leur institution. Or, trop souvent, ce n’est pas le cas. La protection fonctionnelle, pourtant garantie par la loi, reste inégale, contestée, retardée. On étouffe tout ce qui peut l’être et surtout on occulte le débat de fond autour d’une situation plaçant de fait l’enseignant sous la « tutelle » de l’opinion parentale.

Une professeure s’est exprimée dans une tribune libre qu’elle rédige dans le quotidien « La Dépêche ». Son coup de gueule est une réaction au courrier ministériel. Elle clame hait et fort ce que des centaines de milliers de ses collègues pensent mais n’osent surtout pas formuler. Je cite : «le ministre de l’Éducation Nationale (…) publie une lettre aux parents, les appelant à un sursaut. La cible est la bonne. Nous avons affaire à des élèves de plus en plus violents, cela reste exceptionnel… enfin presque. Nous avons surtout affaire, et la volumétrie des élèves concernés, est bien plus importante, à des enfants incapables de supporter la moindre frustration, contrariété, contrainte, demande d’effort. »

La fin de ce passage met en évidence le décalage terrible entre ce que les parents exigent de l’École (terme générique) et la situation qu’ils accordent à leur progéniture. Hier soir Canal + diffusait une documentaire sur les écoles de football et le comportement des parents vis à vis des éducateurs.

Allez un samedi le long d’une main courante d’un stade de campagne et ouvrez vos oreilles, asseyez vous sur un banc à la sortie des classes et saisissez les conversations et vous comprendrez combien nous courons à la catastrophe. Ils ont enfanté des génies qui n’ont rien à apprendre et surtout qu’ils ne faut surtout pas contrarier !

« (Les parents) réclament du cadre, de l’autorité… pour les gosses des autres. Mais si la contrainte voire, l’horreur, la punition concerne leur propre enfant, ils rentrent dans une contestation systématique, confortant les pires réactions de leurs enfants. Ils contestent, réclament qu’on leur rende des comptes, et les menaces se multiplient. Ils ne sont plus depuis longtemps des usagers du service public, mais des clients, et le client est roi. Ils ont été encouragés par notre ministère au nom de la coéducation. Nous ne parvenons plus à instruire en France, il nous faut éduquer les enfants, jusqu’au moment ou cela ne convient plus à leurs parents ? » ajoute courageusement l’auteure du coup de gueule. Le constat est implacable et réaliste.

Sa diatribe devient encore plus incisive. « Chers parents, ayez l’honnêteté de vous regarder en face. Vous avez fait de l’école une garderie. Que faites-vous pour faire progresser vos enfants ? Le ministère à même lancé l’accueil 8 heures-18 heures dans les collèges REP et REP + en raison de la défaillance parentale. On suggère même de faire prendre des petits-déjeuners, gratuits bien sûr, à l’école… Mais que faites-vous ? Pas le petit-déjeuner visiblement. Nous faisons la chasse aux cigarettes électroniques, mais à quoi bon quand ce sont les parents qui les achètent à leurs enfants ? Quand une gamine fume avec ses parents depuis qu’elle est en CM2 ? Et quand on a le toupet de leur signaler que ce n’est pas normal ni sain, « au moins on sait ce qu’elle fume et elle ne fume pas en cachette des trucs plus dangereux ».

Je vois souvent au bar des mères de familles papoter avec une amie et donner un téléphone portable à chacun de ses enfants de moins de trois ans ou des gamins réclamer des cartes de la FDJ à gratter ou siroter un Coca dès le début de la matinée. « Vivement qu’il aille à l’école ! » lâche la mère lorsque sa fille pleurniche pour que l’on lui change le dessin animé ! .

L’auteur de la tribune libre conclut ainsi : « Les parents menaçants doivent être poursuivis. Interdits de s’approcher de l’école. En cas de violence, ils ne doivent plus avoir accès à l’enseignement public gratuit. Ce n’est pas l’école qui est obligatoire, école qu’ils ont transformée en garderie d’enfants problématiques, c’est l’instruction qui l’est » Courageuse et franche. Autant écrire dangereuse.

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En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian

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Cet article a 3 commentaires

  1. J.J.

    l’Autonome de Solidarité ! J’en ai été dans la années 80, le trésorier départemental. Mis à part le fait que j’ai dû, avec regret, démissionner de mon poste pour cause de mésentente avec le président et de son harcèlement, qui ne voulait pas entendre parler d’informatiser la gestion (alors que le projet était en cours de réalisation, au niveau général, (nous avions reçu une formation et avions reçu notre dotation en matériel) et ma proximité « inquiétante » avec des membres du bureau national, les dossiers concernaient surtout des cas d’accidents du travail ou des interventions en solidarité.
    Quelques litiges ou récriminations de parents à régler, mais ça allait rarement jusqu’au dépôt de plainte. À vrai dire je n’en ai pas connu de graves et nous avons rarement fait appel à notre avocat pour ce genre de cas.
    J’ai par la suite été « récupéré » assez rapidement par une association laïque amie, toute heureuse de profiter de ma modeste expérience en matière de gestion « financière », ce qui m’a permis d’occuper utilement les premières années de ma retraite.
    Il va sans dire que ces activités sont gérées par des bénévoles.
    C’est vrai que la situation de certains élèves ne s’est pas arrangée : déjà, du temps où je sévissais dans l’Education Nationale, je m’inquiétais pour certains enfants, largués très tôt à la garderie du matin, et d’autres, parfois les mêmes, que le personnel , malgré sa bonne volonté était pratiquement obligé d’abandonner avant l’arrivée des parents. Mais les cas étaient rares.
    Je dois être masochiste car j’ai emménagé à côté d’une école. Ce qui me permet de voir le matin depuis mon perchoir, dès 7 heures 30 débarquer les premiers « clients  » de la garderie, et le soir , parfois jusqu’à 18 heures trente bien sonnées, des enfants jouer encore dans la salle du gymnase dans l’attente de leurs parents. Sont-ce les mêmes que le matin ?

  2. François

    Bonjour Jean-Marie !
    « Un tissu de vérités, me dit ta collègue, sauf qu’il oublie, comme les jeunes (pas formés, E.N. et autres), la référence à notre Bible : le Code Soleil » ! Aïe ! ! !
    Perso, tu sais que je recherche toujours les causes du sinistre… pour envisager la prévention.
    Si beaucoup « d’abus de libertés » découlent encore de Mai 68 (les fleurs mettent un certain temps pour flétrir !), je m’appuierais sur « La fabrique du crétin » de M. Brighelli et ses conférences You Tub où l’on trouve la volonté des zélites de nous abêtir … à l’insu de notre plein gré. Il est certain que les technologies modernes qui ont remplacé les billes leurs apportent un sérieux coup de main dans leur œuvre de démolition.
    Malheureusement, J-M, nous qui ne connaissons l’usage de l’Opinel que pour couper le pain et le saucisson, ce, même si on se rencontre par écran, nous devons observer en silence la chute catastrophique de la civilisation. Heureusement que nos Anciens se sont sagement endormis.
    440 au jus
    Amicalement

  3. faconjf

    Bonjour,
    Stormy Weather (Keeps Rainin’ All the Time) (Temps orageux (il pleut tout le temps), et j’ajoute la suggestion d’@ Gilles Janneau des vers de Verlaine à propos de ce que nous vivons dans ces jours sombres pour ce qui reste de notre démocratie dite représentative.

    Il pleure dans mon cœur
    Comme il pleut sur la ville ;
    Feu mon grand-père disait toujours  » tout ce qui est pour arriver est déjà en route »; il avait bien raison. Fort de cette maxime, je ne cesse d’observer l’horizon bien chargé avec angoisse non pour moi mais pour les générations montantes. Les fondations de notre société sont sapées en permanence par les tenants du chacun pour soi et dieu pour tous. Ainsi le malaise de l’école prend ses racines dans les cellules familiales où le travail des femmes en couple ou pas est devenu une nécessité. Le temps précieux des jeunes années des enfants avec leurs parents s’en trouve mécaniquement réduit et encore plus si les loisirs des parents se passent hors de la cellule familiale. La frustration des parents se mue en culpabilité que ces derniers effacent en cherchant à éviter toute frustration à leurs enfants. Les valeurs de la cellule familiale basculent alors de parents chefs de famille responsables à esclaves consentants d’enfants rois. De Freud à Lacan en passant par Rank l’enfant est élevé dans le mythe du « héros  » de la famille ce que les auteurs précédents qualifient de névrose. Dans ces conditions rien d’étonnant dans le comportement de familles agressant physiquement des enseignants qui involontairement détruisent cette fausse image d’un jeune héros chair de la chair des parents.
    Tout cela n’est évidemment que verbiage qui n’est d’aucun secours à une profession tombée du piédestal républicain. On peut ajouter la passivité coupable de la hiérarchie « surtoupasdevagues » qui a conduit aux drames Paty et Bernard. Les enseignants se trouvent actuellement dans les mâchoires d’un piège constitué des parents d’un coté et l’état et la hiérarchie de l’autre coté. Un rapport sénatorial avait pointé en mars la « terrible solitude » des enseignants face aux menaces et agressions. Mettant en exergue des « délais moyens d’octroi de la protection fonctionnelle (29 jours en 2022) » qui ne sont « guère compatibles » avec l’urgence, il proposait de « rendre automatique l’octroi » de cette protection pour les agents victimes d’agressions ou de menaces. ici
    https://www.senat.fr/fileadmin/Presse/Documents_pdf/20240306_TomeI_Rapport_Agressions_enseignants_VProvisoire.pdf
    Je suis profondément atterré par le drame qui vient de se produire à Lyon, je voudrais dire combien cela était prévisible. Ici, à Lyon où des nervis d’extrême droite se déchaînent sur les minorités depuis des années et qu’en réplique des crapules d’extrêmes gauches en viennent aux coups de force conduisant à un décès.
    Le mythe de l’enfant héros décrit par ses parents et ses avocats ne tient pas la route, le passé de la victime témoigne à charge contre lui. Il est trop tôt pour en tirer des conclusions, partisan infatigable contre la peine de mort, je considère que ce drame est une tâche indélébile pour la république. L’investiture donnée par LFI à Raphaël Arnault est une faute politique et morale discréditant pour longtemps ce parti. La police a elle aussi failli à tout ses devoirs en ne mesurant pas les risques de ces confrontations à répétition et en laissant la rue aux voyous « politiques ». L’enquête est en cours laissons la justice suivre les pistes en espérant que les pressions du garde des sceaux ne l’entravent pas.( voir ses dernières déclarations)
    Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente
    D’accord, mais de mort lente… (Brassens)
    Merci Georges tu rallumes un peu de soleil dans mon cœur, en ces temps moroses.
    bonne journée

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