Un célèbre historien Stéphane Audoin-Rouzeau, spécialiste de la Première guerre mondiale, était hier soir l’invité de Quotidien pour un opuscule intitulé « la guerre un risque oublié ». Il a effectué un parallèle entre la situation actuelle et celles qui ont précédé les deux grands conflits du XX° siècle. Il a semble-t-il plombé l’ambiance sur le plateau par ses constats sur la similitude des comportements politiques et des évolutions de la société. Ce professeur s’est attiré une remarque de la part de l’animateur de l’émission : « vous êtes pessimiste ! ». L’interviewé a admis qu’il l’était naturellement mais qu’il lui était vraiment difficile d’être optimiste.
En fait j’éprouve vraiment la même sensation que cet universitaire renommé. Chaque soir en me plaçant devant le clavier avec lequel je transcris ce que je perçois du quotidien local, national ou global je cherche une piste de chronique me permettant de ne pas être encore une fois porteur de mauvais présages ou commentateur dépité de la vie sociale. Une vraie souffrance. J’aimerais tant plaisanter ou distiller des légèretés au vent chaud venant de la montagne de l’actualité. Difficile. Impossible. Désespérant. Alors je me rassure en me disant qu’un jour nous aurons des lendemains qui chantent, qui fleurent bons la joie de vivre, les certitudes positives, le partage d’espoirs.
Las en pianotant pour trouver les infos qui alimenteront votre réflexion et provoqueront vos réactions je ne trouve même plus une brindille d’or dans la battée noirâtre du sable de la rivière où je puise mes informations. Il faut se méfier de tout, accepter de se contenter de quelques lueurs d’une aube annonçant un rayon de soleil vite noyé dans l’eau froide des turpitudes politiques. Comment retrouver la confiance indispensable pour avancer vers la journée sans regarder où l’on met la pointe de ses mots ? Et ce n’est pas la dernière étude du Cevipof concernant les Français et le vie politique qui me conduira à retrouver le chemin de la béatitude.
La crise est profonde, durable, catastrophique. En effet seuls 22 % d’entre eux font confiance au Président de la République, 20 % aux députés de l’Assemblée nationale et seulement 17 % au gouvernement. Cette distanciation entre les électrices et les électeurs et les personnes qui incarnent le pouvoir centralisateur accentue le pessimisme. Tant dans les premières années du XX° siècle qu’à la fin des années 1930 le contexte était le même et les populistes ont conduit aux affrontements que l’on connaît. La défiance à l’égard des partis et des représentants de la démocratie n’étant plus représentative augure de l’entrée dans la période du populisme.
Encore une fois malgré un tassement, les seules personnalités qui surnagent sont celles des échelons territoriaux locaux. Ainsi 60 % des Français disent faire confiance à leur maire et 58 % l’ont en leur conseil municipal, 46 % en leur conseil départemental et 46 % en leur conseil régional. Depuis très longtemps il en est ainsi mais si l’on parle de décentralisation et de « repli » de l’État sur ses fonctions régaliennes les élites refusent de lâcher du lest. Au cours des dix dernières années cette tendance s’est même renforcée.
Les collectivités ont été privées de fait de leur « autonomie de gestion » en leur confisquant le levier fiscal et en les asphyxiant sous les contraintes verticales non accompagnées des solutions financières pour les mettre en œuvre. Et ce qui s’annonce est dans cette continuité ce qui risque de détruire encore cette confiance fragile existant encore entre habitants et élus locaux, départementaux et régionaux. La campagne des municipales en cours n’incite pourtant pas à l’optimisme. L’imagination n’est pas au pouvoir. Les grandes vedettes des programmes sont « les caméras de vidéo-surveillance » qui devancent de justesse « les policiers municipaux »… alors que les enjeux sont ailleurs.
Quand dans un pays la « défiance » s’incruste dans la société vis à vis de celles et ceux qui ont en charge sa gestion, la démocratie représentative est en péril. Elle est même renforcée par une « méfiance » croissante. Impossible de s’en débarrasser. Toutes deux collent aux consciences, paralysant la raison et la réflexion. C’est probablement ce qui justifie le pessimisme des observateurs. Impossible de trouver l’issue de secours vers une intelligence collective qui ne serait pas artificielle.
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« En fait j’éprouve vraiment la même sensation que cet universitaire renommé… » et tu n’est pas le seul.
Quand j’entends ces vat en guerre de tous bords parler de menace imminente, de combats de haute intensité (j’aime beaucoup la haute intensité), et surtout de nos picaillons que l’on envisage de transformer en armes de destruction massives, et de sang froid, nos jeunes en cadavres ou estropiés, je crains le pire pour un futur que j’espère lointain et même remis sans vergogne aux calendes grecques.
On dirait que cette situation navrante et catastrophique qu’engendre un conflit, même s’il n’est pas de très haute intensité, est pour eux une indispensable expérience. Apparemment, ça les démange. Expérience que j’ai vécu moi même, bien que très jeune, et que je n’ai absolument pas envie de recommencer.
Autre chose que je ne comprends pas : la défiance en vers les élus municipaux. Bien sûr, comme partout on y rencontre des fripouilles et des opportunistes, mais ce que j’ai constaté le plus souvent, c’est le dévouement et le sérieux avec laquelle la plupart des élus que j’ai eu l’occasion de côtoyer, s’acquittent de leur tâche. Et il ne faut pas oublier qu’au départ, ce ne sont pas des « professionnels » de la gestion.
Je n’attache pas non plus d’importance, quand elles ne se font pas trop ressentir, les affinités politiques des élus, en principe cela ne devrait pas, avec des gens « honnêtes », avoir d’incidence et renter en ligne de compte sur une gestion locale.
Mais je suis peut être trop naïf.
ERRATUM « Je n’attache pas non plus d’importance, quand elles ne se font pas trop ressentir,(les) aux affinités politiques des élus,… »
Et « rentER » en ligne …. « rentrer »
Comme c’est bizarre, vous avez dit bizarre dirait le grand JOUVET!
Mon pauvre Jean-Marie (c’est une expression!) c’est à désespérer; les seuls gens lucides prêchent dans le désert!
Et puis, maintenant tu n’as pas intérêt à la ramener: pour un rien t’es mort et si tu te défends c’est toi qu’on met en taule! Oui oui…
Et ils commencent de plus en plus tôt les racailles sans aucune peur de l’autorité. Quelle autorité au fait?
Même et surtout les enseignants sont en première ligne alors qu’ils n’ont qu’un seul tort: vouloir éduquer!
C’est pourquoi, beaucoup déclarent forfait et comme je les comprends!
Allez, bonne journée quand même!
Facile de râler dans son coin contre ses élus locaux.
Maintenant, beaucoup ont oublié qu’être citoyen, ce n’est pas que mettre un bout de papier dans une urne tous les 6 ans.
C’est aussi suivre les dossiers et les délibérations du Conseil, assister éventuellement à ses réunions, exercer le contrôle de son fonctionnement, interpeller, proposer, dénoncer, s’opposer, parfois attaquer, faire la mouche du coche.
Mais pour cela, il faut se retrousser les manches, prospecter, travailler.
Et j’expérimente, dès que l’on parle de bosser, creuser collectivement un dossier, imaginer des propositions ou des réponses, tout le monde s’enfuit en courant.
Que la démocratie se démerde toute seule, telle est la rèponse de l’immense majorité des gens, hélas !…
Bonjour,
les français en ont assez de jouer les cocus de la démocratie. 76 % des Français jugent que le fonctionnement de notre démocratie « ne va pas bien » selon l’enquête annuelle du Cevipof !
On mesure ici les ravages des deux quinquennats du méprisant sur la perception des institutions par les Français : depuis 2017, la confiance dans l’institution présidentielle est ainsi passée de 34% à 22%, celle dans l’Assemblée nationale a été plus que divisée par deux , de 42% en 2017 à 20% en 2026.Ce n’est pas sain pour notre pays que les trois sentiments qui arrivent en tête lorsqu’on parle de la vie politique soient la méfiance, puis le dégoût, puis l’ennui.
Ce n’est pas acceptable en bonne politique que 87% (+4 en un an) des Français considèrent que leur avis n’est pas pris en compte ( dont 51% « pas du tout » !).
Si l’on se penche sur l’avis des Français et la prise en compte de leur avis on ne peut que constater que les institutions de la V ème ripoublique facilite bien » le coup d’état permanent ». Comment expliquer le vote censitaire des sénateurs? Comment justifier qu’une loi scélérate, dictée par l’agro-business portée par un obscur sénateur, jetée par la porte revienne par la fenêtre? Comment accepter la répartition des sièges au sein du conseil municipal?
Le code électoral intègre le principe selon lequel « nul ne peut être conseiller communautaire s’il n’est conseiller municipal ou d’arrondissement ». Cette règle insiste sur le lien entre élections municipales et élections communautaires. De ce fait les indemnités conséquentes pour les postes de président et de vice-président se cumulent très souvent avec celles des maires ou adjoints cooptés par les communes les plus importantes. Tant et si bien que la mutualisation des ressources et des besoins est détournée de son objectif au détriment des petites communes. On marche sur la tête dans notre pays, nos anciens ont tranché des têtes pour sortir des féodalités et on recrée des nouveaux « saigneurs » éloignés des électeurs entourés d’une myriade de fonctionnaires exécutant les basses œuvres à leur place. Et on le sait bien en France on sème des taxes et des impôts et il pousse des fonctionnaires. Mais alors pourquoi avoir ajouté une couche au mille feuille administratif plutôt que de faire des regroupements de communes ( ce que font TOUS nos voisins européens) ? Tout simplement pour éloigner les décideurs des électeurs en créant des structures complexes où le contribuable lambda ne peux pas suivre où va sa contribution. Avez-vous tenté de savoir où va l’argent des collectes de déchets et de savoir qui contrôle le pactole? Si vous essayez attendez-vous aux bâtons dans les roues et aux recours répétés à la CADA… c’est épuisant!
Est-il normal que le mandat du Président de la Cour des comptes ne soit pas limité dans le temps. À la différence du Président du Conseil constitutionnel (9 ans non renouvelables), le Premier président de la Cour des comptes reste en fonction jusqu’à l’âge de la retraite. À moins de 40 ans, cela signifie potentiellement plusieurs décennies au sommet de l’institution.
Même la République démocratique du Congo limite le mandat de son Président de la Cour des comptes à 10 ans !
En réalité, nos concitoyens en ont assez de payer pour les profiteurs de la ripoublique, tous vous dirons qu’il a trop de potiches décoratives et hors de prix dans nos institutions. A cette néonoblesse ripoublicaine qui nous coûte la peau du c.l il faut ajouter les « Faiseurs du Consentement » qui forment un second cercle d’environ 5 000 à 7 000 personnes qui, sans exercer le pouvoir institutionnel, assurent la légitimation sociale, culturelle et cognitive. Qu’ils soient journalistes subventionnés, artistes labellisés, startuppers publics, universitaires de plateau ou experts climat officiellement accrédités, tous participent à la production d’un récit convenable : celui d’un pouvoir compétent, moral, nécessaire. Leur efficacité repose moins sur l’autorité hiérarchique que sur l’autorité symbolique, la captation de la parole publique et la neutralisation douce de toute critique systémique. Financés via subventions, exonérations fiscales, contrats publics ou rémunérations hors-grille, les faiseurs du Consentement constituent le principal bouclier idéologique de la néonoblesse : ils transforment l’arbitraire en expertise, la rente en progrès, et l’exclusion en inéluctabilité. Personne ne peut chiffrer la réalité des coûts, aucune transparence, aucun compte-rendu, tout est obscur entremêlé, dissimulé…
Pour la première fois depuis que j’ai le droit de vote, je serais hors du territoire et je ne voterais pas aux municipales. Je voterai avec mes pieds en tournant les talons à une caricature de démocratie, jusqu’au moment attendu d’une prise de conscience collective.
bonne journée
Tout à fait sur les mêmes vues et le mêmes conclusions…
« Qu’ils soient journalistes subventionnés, artistes labellisés, startuppers publics, universitaires de plateau ou experts climat officiellement accrédités, tous participent à la production d’un récit convenable : celui d’un pouvoir compétent, moral, nécessaire ».
Écoutez cette émission du 10 février, Fabienne Sintes reçoit Hakim El Karoui, essayiste et consultant, auteur de « La lutte des âges et Flavien Neuvy, économiste et directeur de l’observatoire Cetelem, pour comprendre ce qu’est une journaliste au service d’une classe dominante.
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-18-20-le-telephone-sonne/le-18-20-le-telephone-sonne-du-mardi-10-fevrier-2026-5163069
Sommes nous en logocratie ? le mensonge comme arme de gouvernement.
L’anticatastase (substantif féminin) est une figure de style qui consiste à décrire, par ironie ou par euphémisme, une situation diamétralement opposée à la situation réelle (définition proposée par Henri Morier).
Pour expliquer tout ça une petite vidéo qui mérite votre attention.
https://video.lemediatv.fr/w/32ehqEXiWpx2wWYGqsFhg8