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Le code bar qui n’a pas de prix

 

Il existe des faits qui passent inaperçus alors qu’ils influent lourdement sur la vie sociale. Ainsi la disparition des bars qu’il soient associés à la vente du tabac ou au paris sur les chevaux s’amplifie au cœur des villages ou des quartiers. Une étude récente fait le lien entre la fermeture des « bars-tabacs » et la progression du vote d’extrême droite en France. Ces lieux dont la dimension sociale est souvent caricaturée ou méprisée ont selon le Centre pour la recherche économique et ses applications une importance capitale dans l’évolution des votes sur le territoire où ils étaient.

Ce travail porte sur… 18 000 fermetures de troquets accueillant tous les publics venant acheter des cigarettes ou valider un ticket de PMU. Et grâce aux moyens modernes d’analyse les chercheurs ont comparé les résultats des législatives et des présidentielles sur 25 ans ! Aucune autre fermeture de commerce n’a la même influence sur les scrutins. En fait ce n’est pas le lieu en lui-même qui provoque ce changement de l’opinion. C’est ce qu’il s’y passe.

On construit des relations humaines. On échange des informations locales. On y pratique l’humour ou la dérision sans crainte. On oublie toujours ce qui sépare pour se retrouver sur l’essentiel : « le partage de la parole ». Les auteurs de l’étude parle d’une « société appauvrie » car elle « raréfie les interactions directes ordinaires » celles qui sont très éloignées des sujets traités sur les fameuses chaînes qui n’ont rien de populaires mais qui sont porteuses d’un « populisme global» 

La spécificité des bars « quelque chose » tient en effet « à leur fonction de socialisation ». « Dans la rue, ils ne vont jamais s’adresser la parole, là, tout le monde se parle. Il n’y a pas d’autres endroits où il se passe des choses comme ça », témoigne un client marseillais dans l’étude. « Lorsque les lieux de sociabilité disparaissent, la politique devient un face-à-face entre individus atomisés et récits médiatiques nationaux », estiment les chercheurs. Le phénomène est nettement plus sensible en zone rurale qu’en zone urbaine.

Il y a longtemps que ce constat a été effectué de manière empirique. En effet dans de nombreux villages du Sud-Ouest et notamment de Gironde lorsque les estaminets ou les auberges n’ont pas résisté à l’exode, sont nés les « Cercles ». Autogérés ou mis en délégation de gestion, ces lieux « historiques » dits parfois « ouvriers » ont été aussi à la peine mais partout où ils subsistent il faut noter un moindre impact du vote extrémiste. De plus en plus de communes tentent depuis quelques années d’ouvrir des « bars associatifs » ouverts certains soirs de la semaine. Initiative qui devrait être encouragée. 

Si je me réfère à Créon que je connais bien, au cours des 30 dernières années de 5 bars ou équivalents ont disparu à un seul reste ouvert comme tel avec un espace « hybrides » permettant de manger et boire un verre ou un café à des prix supérieurs. Le P’Tit Bar Créonnais que je fréquente sans complexe et avec grand plaisir dès que je le peux, constitue une illustration parfaite des propos du Centre ayant produit l’étude.

C’est un creuset social où se fondent toutes les origines, toutes les opinions, toutes les situations de manière inconsciente. On y discute de tout et de rien. Chacun campe sur ses positions mais au moins échange avec les autres. on y occupe SA table, SA place. On y retrouve sa « bande ». La clientèle assise dedans ou dehors, au comptoir ou sur les chaises n’est pas la même. Reflet extraordinaire de la société.

Le mercredi des dizaines de chalands du marché s’y retrouvent fidèlement pour partager un café, un verre de blanc ou un demi. C’est leur chaîne d’infos personnalisée qui se crée dans un secteur marqué par l’étalement urbain.  On y puise des infos sur la vie locale. On se penche sur la santé de ceux qui manquent. On y cherche des services ou des aides. On se chambre. On vient y lire de journal. Et en définitive on partage bien plus qu’on en le ferait dans un autre quotidien.

Le cliché des buveurs invétérés n’a aucun sens. La bouteille d’un liquide jaune bien connu ne se vide plus aussi vite qu’auparavant.  Certes il existe là-aussi le phénomène « boules de billard » avec des groupes qui s’ignorent mais au moins ils se voient et savent à l’occasion recevoir ou donner une « nouvelle » liée à la vie collective. On y apprend beaucoup sur l’opinion dominante, celle que bien des élus se prétendant représentant du « peuple » méprisent ou ne connaissent même pas.

Ce qui frappe c’est justement ce décalage extraordinaire entre ces rencontres « institutionnalisées » dans lesquelles on ne croit plus et ces moments informels permettant de laisser libre cours à ses réflexions. Il faut savoir au P’Tit Bar écouter sans juger. Il faut savoir répondre sans jamais prétendre donner la leçon. il faut savoir garder l’espoir de convaincre. Le contraire de tout ce que propose l’isolement né d’une urbanisation dispersée. C’est le seul bar au sens propre de ce terme c’est à dire n’ayant que cette activité pour une communauté de vie de 25 000 habitants. 

Il est important d’y aller pour laisser traîner… ses oreilles  en buvant un café, un chocolat trois étages un thé vert, un demi, un blanc ou un rosé ! Certes d’autres préfèrent le Lillet ou le « cougnac schweppes », le Porto (mais oui!) ou le « Baby Coca » mais nul ne critique. Plus la peine de commander. Le verre ou la tasse arrive illico. Les habitudes deviennent rituelles en terme d’heure et de comportement : la spécifiCIté individuelle est reconnue dans le collectif. 

Le buveur solitaire est silencieux, concentré. Parfois il sourit d’une merveilleuse brève de comptoir saisie au vol ou il baisse la tête devant une remarque qui lui déplaît. La vedette reste celui qui part en tournées et effectue son one man show amusant la galerie ou répliquant à une affirmation débridée. Chaque bar à ses têtes de turcs ou ses amuseurs publics, ses discrets et ses « retentissants », ses leaders ou ses suiveurs. 

Dans le fond ce ne sont pas celles et ceux qui fréquentent ou passent de temps à autre dans les « bars quelque chose » qui comptent, mais simplement le fait qu’ils puissent encore le faire. Un slogan résume parfaitement l’évolution actuelle « préférez le rosé social au réseau social ». Il est devenu républicain ! Avec modération évidemment. 

 

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Cet article a 3 commentaires

  1. faconjf

    Bonjour,
    je ne pratique pas le sport des bars parallèles, ma dernière visite en ces lieux remonte aux précédentes élections municipales c’est dire!
    Une expérience assez désagréable évoquant chez moi les latrines antiques compte tenu du flot de m…e déversé en ces lieux. Expérience encore plus désagréable lorsque j’ai constaté avec le réparateur qu’une main aussi courageuse qu’anonyme avait percé avec un poinçon le flan de mon pneu de scooter, pendant que je débattais avec des contradicteurs. Les utilisateurs de 2 roues savent combien ce genre d’acte peut causer des chutes aux conséquences imprévisibles.
    Dommage de constater que ces bistroquets subissent eux aussi la violence d’individus décérébrés empilant en toute impunité des propos haineux sans logique ni arguments. Difficile de discuter sérieusement avec des personnes avinées en gardant son calme.
    Cet exercice qui fait monter dangereusement ma tension m’est déconseillé par le corps médical, alors depuis je passe devant les canis et les troquets sans m’arrêter. ( C’est le « canis » lyonnais. Un plancher avec de la sciure. Quelques tables lustrées. Un petit comptoir derrière lequel le patron violacé met des élastiques de couleur au goulot des « pots »* afin d’en différencier le contenu : un élastique rouge pour le beaujolais, un vert pour le côtes du Rhône. San-Antonio, Le Standinge selon Bérurier, 1970 .)

    Bonne journée et à la votre!

  2. Pierre Lascourrèges

    Bonsoir, je prendrais volontiers un cougnac schweppes

  3. Pierre Lascourrèges

    Bonsoir, je prendrais volontiers un cougnac schweppes s’il vous plait

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