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La fracture rural-urbain se traduit par isolement ou solitude

La fameuse fracture dont parle le géographe Christophe Guilluy dans son analyse démontrant l’existence d’une « France périphérique » qui travaille, habite loin des centres et conduit à l’installation du sentiment d’être oubliée, s’aggrave. Son constat débouche sur une carte très précise de l’augmentation du vote en faveur de l’extrême droite. Il la présentait comme étant celle des zones rurales, des petites villes, des bourgs, des zones périurbaines éloignées des centres urbains dynamiques avec un type d’habitat hérité du passé.

Les fermes isolées, les hameaux perdus, les communes sans aucun service de proximité génèrent une « nouvelle société » avec des habitants déconnectés d’un fonctionnement social rassurant. Moins d’entraide, moins de cellule familiale de secours, moins de soutien moral et matériel qu’en zones urbaines densifiées.

Si ce constat concerne des populations vieillissantes ou en difficulté économique il faut y ajouter les nouvelles populations qui ont rejoint pour des raisons différentes celles sui ont l’antériorité de l’installation. Le pavillonnaire disséminé dans les campagnes n’a pas amélioré la vision inquiète de Guilluy. Coincés entre les crédits à la constructions, les frais du trajet domicile-travail, le temps nécessaire pour ce déplacement et des difficultés pour accéder aux services publics (santé, éducation, sécurité…) les foyers traversent eux-aussi une crise de confiance.

Au moindre incident de vie (chômage, maladie, divorce…) l’éloignement devient un handicap. Ces difficultés augmente avec l’âge. Cette partie de la population a été repoussée vers les marges, là où les emplois sont plus rares, les transports plus compliqués faisant ainsi augmenter le sentiment de déclassement. Uniquement pour des problèmes de coût du m² de terrain à bâtir les néo-ruraux ont hypothéqué leurs marges de manœuvres financières.

Comme il s’agit de classes populaires ou moyennes modestes, de salariés sans grand pouvoir d’achat et de retraités agricoles ayant des pensions extrêmement modestes, le repli sur soi est une constante qui traverse la France périphérique. Avec lui vient inévitablement la pire des conséquences, celle de l’isolement.

La Fondation de France a publié une étude sur ce sujet. Elle révèle qu’un Français sur quatre se sent seul. Elle montre aussi des réalités différentes entre ville et campagne, mais aussi entre Nord et Sud. Plus de 3 000 personnes résidant en France ont été interrogées par le Credoc. Des données complétées par une enquête en milieu rural, urbain et périurbain, dans les régions Île-de-France, Grand Est et Normandie.

Le premier repère est lié au vocabulaire avec l’isolement, qui signifie être physiquement coupé des autres, et la solitude, c’est-à-dire ressentir un manque, une insatisfaction dans ses relations sociales. Cette étude confirme une réelle fracture entre les villes et zones rurales.

C’est ce genre de travail qui devrait inspirer les têtes de listes aux élections municipales car il est la base du grand basculement politique que nous connaissons. En effet d’après ses conclusions 14 % des habitants des communes rurales se disent « isolés » contre 9 % des habitants des villes de plus de 100 000 habitants. 

Les liens sociaux sont plus rares à la campagne dans tous les cercles sociaux : famille (éloignement par les études ou le travail), amis (restés en ville ou espacés géographiquement) , travail (quid du télé-travail?), associations (en déshérence faute de bénévoles et de public), voisinage (enfermement matériel). Dans les grandes villes, 28 % des habitants disent ressentir en revanche la solitude contre seulement 21 % en milieu rural. On voit plus de monde, mais on est en réalité plus seul. Inquiétant.

L’arrivée de la fibre a renforcé dans certaines familles l’addiction aux écrans. Les sorties se raréfient faute de moyens financiers et plus encore d’occasions concrètes de trouver des opportunités de le faire. Les « clubs du troisième âge » sont de moins en moins fréquentés et peine à recruter. Les fêtes ou rassemblements portés autrefois par les associations de parents des élèves n’existent plus. Même les fameux lotos ou quines n’attirent les foules que si leurs dotations sont démesurées.

On ne vient plus « gaspiller » son temps libre dans des activités collectives alors qu’il est de plus en plus réduit quand on ajoute le travail, les trajets, les distances pour les courses, les obligations diverses. L’isolement subi ou la solitude contrainte ne sont pas une affaire d’âge mais les conséquences de choix de vie peu volontaires.

En effet chez les 25-39 ans, plus d’un tiers se sent particulièrement seul, soit deux fois plus que les 60-69 ans, Leur seul lien collectif devient le réseau social et l’écran. . 12% des plus de 15 ans « se trouvent en situation d’isolement relationnel » (+1% par rapport à 2023), c’est-à-dire « qu’ils n’ont aucun ou très peu de contacts physiques avec d’autres personnes » ; Les dégâts seront considérables !

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Cette publication a un commentaire

  1. faconjf

    Bonjour,
    je constate ce dimanche matin que votre très bon billet sur la fracture « Rurbaine » ne produit aucun commentaire. Avec cette vidéo venue des U$ je vais essayer d’éclairer la discussion autour des raisons profondes de la précarité plus sensible dans nos campagnes.
    https://youtu.be/cJjUe3vsXZM
    Pour ceux qui ne maîtrise pas la langue de Shakespeare, sous le petit logo en forme d’engrenage dans le coin à droite se cache la traduction en ligne avec l’option Français.
    Pour les trop occupés du dimanche voici l’essentiel
    . Introduction au « kill line » : Liu présente ce terme popularisé en ligne en Chine pour illustrer la vulnérabilité des Américains. Même les salariés vivent « au bord de la viabilité financière », où un imprévu (maladie, panne de voiture, perte d’emploi) peut entraîner une spirale de dettes, d’expulsions et de pauvreté extrême. Elle contraste cela avec l’ancien « American Dream », où l’effort et l’épargne menaient à la stabilité, un idéal désormais érodé par la financiarisation de tous les aspects de la vie.
    . Critique du système économique : Liu dénonce la monopolisation de l’économie par des oligarchies (ex. : trois entreprises contrôlent l’agriculture et la distribution alimentaire aux États-Unis), qui éliminent la concurrence et transforment la vie quotidienne en opportunités de profit pour le capital. Les salaires stagnent malgré une productivité en hausse, et les travailleurs des géants comme Walmart ou Amazon dépendent souvent d’aides alimentaires gouvernementales pour survivre.
    Rôle historique des politiques publiques : Un focus important est porté sur Ronald Reagan dans les années 1980, qui a initié le démantèlement des filets de sécurité sociale (réductions des allocations chômage, Sécurité sociale, investissements publics dans l’éducation). Par exemple, l’Université de Californie était gratuite en 1972, mais Reagan a introduit des frais pour « motiver » les gens, instaurant une mentalité où « rien n’est gratuit ». Cela a exposé les travailleurs à des catastrophes financières sans recours, favorisant un « capitalisme de gangsters » post-industriel.
    . Division sociale et identité politique : Liu critique comment les Démocrates promeuvent les politiques identitaires (race, genre) pour diviser la société, au lieu de favoriser une solidarité de classe. Elle cite des commentaires en ligne où des Afro-Américains reconnaissent que les Blancs subissent une précarité similaire, créant une « compétition vers le bas » sans résistance collective. À droite, l’économie du ruissellement (trickle-down) maintient les inégalités, tandis qu’à gauche, on redistribue la pauvreté parmi des groupes privilégiés sans toucher aux ultra-riches.
    . Exemples concrets et visuels : Liu illustre ses points par des cas réels, comme le « basic needs food hub » à UC Irvine, où les étudiants accèdent à de la nourriture gratuite face à l’insécurité alimentaire (qu’elle qualifie de pauvreté pure). Des références historiques incluent la Grande Dépression (où 40 % des Américains souffraient de malnutrition), les programmes post-Seconde Guerre mondiale pour nourrir les recrues militaires, et les efforts de JFK et Johnson pour prouver la supériorité du capitalisme sur le communisme via des politiques anti-pauvreté.
    Visuellement, la vidéo semble simple : une présentation orale avec des références textuelles à des discussions en ligne et des exemples institutionnels, sans effets spéciaux notables.
    Les arguments sont étayés par des extraits historiques et des anecdotes personnelles (comme l’expérience universitaire de Liu), rendant le discours accessible mais rigoureux.
    Ce condensé vient du site de Bruno Bertez sous le titre la pauvreté Américaine.
    Lorsque l’on suit la vidéo de cette universitaire d’origine asiatique, on ne peut que faire le parallèle avec la situation des pays de l’UE et notamment de notre pays. Les mêmes causes produisent les mêmes effets ici et aux U$A, les mêmes ressorts et les mêmes leviers sont actionnés par la même classe dirigeante manipulée par une ploutocratie sans patrie n’agissant que dans le sens de l’accumulation de richesses pour elle au détriment des pauvres.
    C’est aussi le constat 2026 d’oxfam en France
    . Les 53 milliardaires français sont désormais plus riches que plus de 32 millions de personnes réunies, soit près de la moitié de la population.
    . En 24 minutes en moyenne, un milliardaire gagne l’équivalent du revenu annuel moyen d’un Français, soit 42 438 euros.
    .des Depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017, la fortune des milliardaires français a doublé. Ce gain de plus de 220 milliards d’euros, concentré sur à peine 32 personnes, équivaut au financement de plus de 10 000 postes d’enseignants pendant près de 400 ans.
    Si la sensation d’abandon des ruraux est si forte ( c’est le constat du géographe Christophe Guilluy) c’est à cause du démantèlement des services publics qui se « croupionnisent » dans les villes importantes. Les causes,à mon sens, relèvent plus de l’analyse menée par l’universitaire U$ que de l’étude de notre géographe. Le comportement des « progressistes » Démocrates U$ ou des Faucialistes et aussi de la prétendue « gôche » Française est totalement analogue … En fait la ligne politico-économique des droite extrême et extrême droite est calquée sur la ligne républicaine U$ et idem pour la prétendue « gôche » qui s’aligne de fait sur les démocrates U$.
    Pour avoir constaté de visu le développement du prétendu « communisme/capitalisme » en Asie du sud-est le même mécanisme joue avec la différence importante que dans ces pays la demande de main d’œuvre explose. Ce qui permet de sortir de la misère une grande partie des populations pauvres.Pour les autres il reste Dieu et la prière pour lutter contre la précarité.
    Avec mes excuses d’avoir été aussi envahissant, je vous souhaite un très bon repos dominical pour ceux qui en profitent encore…

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