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Bien mieux qu’un sondage : une législative partielle

L’élection partielle dans le département du Loiret n’a guère passionné les médias même si l’une des candidates n’était autre que la Ministre de la Santé. Le premier tour mérite pourtant d’être regardé avec intérêt car il confirme des évolutions politiques susceptibles de fournir des perspectives relatives à un scrutin législatif anticipé. Certes il y a désormais peu de chances qu’une dissolution intervienne dans les prochains mois mais les évolutions constatées augurent néanmoins de l’avenir. La circonscription de plus de 78 000 habitants offre la particularité intéressante d’avoir 18 communes « rurbaines » ou rurales et une ville centre Orléans. 

Le premier indice c’est que le manque d’intérêt pour les scrutins nationaux reste ancré dans la population. Le taux de participation qui n’a pas atteint 30 % (29;3%) reflète la tendance actuelle conduisant à se désintéresser des élections démocratiques. Elle se confirmera probablement dans moins d’un mois aux municipales. Quand plus de deux électeurs sur trois n’ont pas participé à un tel rendez-vous dans lequel était pourtant engagée la ministre du service public le plus en danger. Il serait bon de se poser des questions sur l’état de la citoyenneté. La catastrophe menace.

Le fait que la candidate ait une responsabilité gouvernementale ne semble pas avoir joué. Déficit cumulé monstre des hôpitaux publics, « urgences » au bord de la rupture à Orléans comme ailleurs, délais d’accès aux soins longs et compliqués, dépassements d’honoraires banalisés, grève des médecins… et des citoyens qui se déplacent pour soutenir la personne dirigeant un ministère qui depuis des années a conduit à cette situation. Il ne semble pas que les habitants de cette circonscription aient tenu compte de cette responsabilité. Leur perception du national n’altère donc pas leur vote. Tout va mal mais ils votent pour une Ministre impuissante et sans perspective. 

La preuve  : sur les cinq candidats de la partielle, quatre concourraient déjà pour la circonscription Au premier tour de 2024, la députée sortante avait devancé au premier tour de 69 voix la candidate du Nouveau Front populaire (étiquette PS). Cette dernière avait alors choisi de se retirer, pour éviter une victoire de l’extrême droite arrivée en troisième position. La postulante RN pointant en troisième position, avait recueilli suffisamment de suffrages pour se qualifier pour une triangulaire au second tour. Avec 28%, elle avait presque doublé le score du candidat RN en 2022, qui n’avait obtenu que 15,2%. On retrouve le trio dans un ordre légèrement différent dimanche dernier. puisque la RN est seconde de 11 voix!

Cette fois avec 39,3 % la Ministre devance en effet le RN qui a atteint 27,2 %. Il faut remarquer que ce dernier score en pourcentage est légèrement inférieur à celui de 2024. On n’arrive pas au niveau de ce que les sondages donne nationalement aux « vedettes » du parti lepéniste en passe de devenir barlelliste. La candidate a évidemment diminué son total de voix exprimées ce qui traduit aussi une moindre mobilisation de ses partisans. La présence sur l’affiche aux cotés de la candidate de Marine et Jordan n’a eu aucun effet ! Les sondages sur une vague RN ne se confirment pas lors de cette élection avec la même candidate et dans le même contexte. 

Le RN est en tête dans la partie rurale de la circonscription (9 communes) mais très loin derrière dans Orléans confirmant ainsi que c’est la ruralité et la France périphérique qui basculent vers ses thèmes. La Ministre sortante fait aussi bien (9 communes) dans le même secteur. En revanche les droites sont largement distancées sur la ville.  C’est très significatif de ce qu’il se produira aux prochaines législatives : une vague RN accrue dans les campagnes où le sentiment d’abandon s’est encore renforcé. Le vote protestataire y est désormais profondément ancré. L’ex-FN arrive à 54 % du premier tour dans une commune ! Son implantation est forte et semble–il durable mais ne progresse pas ! 

La Gauche éclatée a conforté ce résultat. La socialiste qui avait été qualifiée en 2024 pour le second tour se présentait sous l’étiquette PS-PC-Les Verts. Elle perdu 4 points ( 25,3 % contre 31,47 % sur son résultat d’il y a deux ans arrivant pourtant très nettement devant un concurrent LFI qui n’a obtenu que 7,1 % des suffrages. La représentante de cette union aura donc manqué de 11 voix près sa qualification au second tour. Là encore une remarque s’impose : la gauche en milieu rural et périurbain s’affaiblit grandement mais résiste en ville. Elle n’a plus de réseau militant hors des secteurs urbains. Si le réseau des élus ruraux de sensibilité de gauche cède un boulevard s’ouvre pour le RN

Sur Orléans ville moyenne dont la municipalité est très à droite, PS-PC-Verts arrivent en première position avec 33,6% des voix et la France insoumise fait là son meilleur résultat au sein de la circonscription avec 13% des voix. Au total la Gauche cumule près de 47 % des suffrages exprimés !  Un résultat qui laisserait espérer un basculement de la cité de Jeanne d’Arc si encore une fois il n’y avait pas scission « punitive » et jubilation à jouer au qui perd gagne ! Il faut ajouter que l’abstention a atteint plus de 77 % ce qui fait qu’un seul électeur sur… 4 est allé aux runes! Tout va donc très bien dans le pays des paradoxes.

La candidate du PS-PC-Les Verts a aussitôt appelé à faire barrage au RN. Au second tour en 2024 dans la même configuration la Ministre qui n’affichait pas une si bonne santé que ça, avait atteint plus de 67 % des exprimés grâce à ce barrage. Il sera intéressant de voir cette fois-ci son total ainsi que celui des blancs et des nuls ! Un indice sur l’état de l’opinion bien plus fiable qu’un sondage ! Un zéphyr d’optimisme ou la fin d’une époque.

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Cette publication a un commentaire

  1. AQ

    Bonjour,

    Je trouve votre analyse intéressante, mais je tiens à apporter quelques précisions.

    Le RN atteint en effet 27,2 %, score légèrement inférieur à celui de 2024. Vous écrivez notamment que « La candidate a évidemment diminué son total de voix exprimées ce qui traduit aussi une moindre mobilisation de ses partisans… Les sondages sur une vague RN ne se confirment pas lors de cette élection avec la même candidate et dans le même contexte. » Certes, mais lorsque l’on regarde le score de Reconquête (dont les électeurs sont également très proches du RN, de l’UDR, de DLF voire une partie de LR), on constate que c’est le seul parti politique à améliorer son score : il passe de 659 à 1065 votes et ce malgré l’abstention énorme, ce qui fait en pourcentage une augmentation de 1,24% à 4,76%. J’ai également observé ce phénomène lors d’autres élections législatives partielles en 2025 où les candidats reconquête parviennent, malgré l’abstention, à mobiliser des électeurs.

    Enfin, vous parlez du « sentiment d’abandon » qui s’est encore renforcé dans les zones rurales. Ce n’est pas la seule raison du vote RN (immigration et identité, insécurité / ordre / justice, souveraineté nationale, mondialisation et ses conséquences). Pour quelle raison le vote RN est-il en général plus faible dans les grandes villes comme Orléans ou d’autres villes plus importantes comme Rennes, Nantes, Bordeaux, Lyon, etc… ? Il faut voir plusieurs aspects, notamment au niveau de la concurrence éventuelle avec les autres listes de droite, de l’implantation locale de certains candidats, mais aussi et surtout au niveau de l’origine ethnique des électeurs. En effet, dans les grandes agglomérations, on trouve de plus en plus de personnes de nationalité française avec des origines africaines (Maghreb + Afrique subsaharienne), et qui, pour la majorité d’entre elles votent plus souvent pour des candidats de gauche que la moyenne nationale.

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