Dans une société qui déteste de plus en plus la différence, nous avions bien vu que, pat exemple la simple commémoration du décès de Napoléon 1er pouvait finir par instaurer un clivage entre admirateurs et détracteurs en les rendant irréconciliables. Il y a pourtant eu deux siècles durant lesquels les historiens ont pu appliquer les principes du droit d’inventaire et aucune « vérité » n’a vraiment émergée. Les grilles d’analyse à posteriori étant différentes l’issue des appréciations a donc été hétérogène.
Il en va de même pour tout événement historique. L’avènement à la tête de la République Française de François Mitterrand le 10 mai 1981 n’échappe pas à la règle. Rien d’anormal mais il faut bien convenir que l’utilisation de cette élection a permis à chacun de se construire une petite notoriété selon sa proximité avec le vainqueur. Inévitablement les partisans et les adversaires d’un personnage hors du commun que fut le leader de ce parti socialiste qu’il avait réussi à fédérer, s’affrontent encore trente ans jour pour jour après sa disparition.
Il n’y a jamais d’unanimité autour des vainqueurs dans cette France ayant toujours préféré Poulidor à Anquetil. La recherche critique des moyens d’accession au pouvoir constitue un sport national comme si la réussite était toujours suspecte, dangereuse, critiquable. Indéniablement François Mitterrand fut un fin stratège politique et nul ne saurait lui contester une habileté manœuvrière qui lui aura permis de constituer cette célèbre force tranquille face à un centre droit agité. Il n’a jamais revendiqué la pureté du parcours vers le sommet et il a accepté les inévitables détours ou manquements.
Son talent reposait sur sa faculté d’analyser, d’adapter, de rassembler sans apparemment contraindre, d’assumer ce qu’il était pour poursuivre son objectif. Alchimiste des idées ayant compris que les dosages constituent les secrets de la réussite il restera justement dans l’Histoire comme l’Homme des réformes nationales structurelle et celui des prises de position internationales ayant marqué les années 80.
D’ailleurs qui a osé, là-aussi, remettre en cause de front les grandes mesures du début de son septennat ? Elles ont été souvent sapées et minées pour en diminuer l’efficacité et si elles titubent c’est sous l’influence des forces ayant considéré que les mandats de Mitterrand étaient d’inadmissibles parenthèses dans leur propriété historique. Il en est qui conteste encore la légitimité de son élection. Il fut le seul élu dans le fauteuil présidentiel qui avait un adhésion globale et qui n’a pas été élu sur un choix par défaut.
Il n’est pas inutile de rappeler qu’au second tour il avait obtenu 43,15 % des inscrits sur les listes électorales… ce qu’aucun autre candidat n’obtiendra après lui (hors face à face avec le front national *). Pompidou (34 %) ; Giscard (43 %) ; Chirac (40 %) ; Sarkozy (42,6) ; Hollande (39%)… ce qui donne à son succès sa vraie dimension d’autant qu’en 1988 il établit un record avec près de 44 % des inscrits. Plus tard on se contentera de vanter les pourcentages sur les exprimés.
S’appuyant sur le solide réseau très différencié des élus locaux pour lesquels il avait un profond respect il était parvenu à tisser une toile solide à travers le pays. Il avait la capacité exceptionnelle à saisir les subtilités de ce terroir, de repérer les personnes pouvant s’y épanouir, de se constituer à la fois les bases d’amis indestructibles mais d’oser des choix beaucoup plus risqués. Sorte de Raminagrobis dans bien des domaines il dissimulait derrière un regard apparemment détaché un pouvoir exceptionnel d’observation.
Le pensionnaire de l’Élysée avait traversé tellement de moments difficiles qu’il avait appris à se tenir droit dans les tempêtes. Face à l’adversité, aussi douloureuse soit-elle, il utilisait une exceptionnelle force intérieure pour surmonter la déception, la crainte, la tentation du renoncement ou l’évaporation de l’envie d’agir. Le superbe film « Le promeneur du champ de Mars » retrace avec finesse mais aussi une certaine dureté ce combat entre l’Homme et une fin qu’il sent proche, entre le corps décrépi et la force de l’esprit. Il y a toujours en moi quelque chose de Mitterrand.
Il est difficile d’expliquer voire de tenter d’expliquer, que l’on peut à la fois douter de lui et avoir une forte part d’admiration. Le crime de lèse-Mitterrand existe encore et se transforme en trahison si l’on explique porter des valeurs de gauche différentes des siennes. Les héritiers restent plus sévères que celui auquel ils doivent leur patrimoine et ils se pensent investi d’un e mission préservatrice qui n’a pas lieu d’être. Ils rivalisent même dans cette veille dépassée.
Je dois à la vérité d’avouer que les racines de l’espoir que j’ai placé dans la venue au pouvoir des idées progressistes se sont ancrées en moi lors dans la soirée du 10 mai. Mitterrand fut le semeur des graines dont certaines ne donnèrent pas toutes les fleurs attendues. Le rocardien que j’étais et que je reste, a néanmoins ressenti avec l’arrivée de celui dont je n’étais pas un admirateur zélé, que son utopie germerait un jour pour se transformer en réalité.
François Mitterrand avait ouvert une fenêtre sur l’avenir. Elle ne resta qu’entrouverte sur de nombreux points durant un laps de temps que beaucoup ont jugé trop court. Rien n’effacera pourtant cette victoire qu’il a donnée à bon nombre de gens de ma génération. Quand je doute de cette position de converti sceptique je revois les larmes de Pierre Mendès-France le jour de l’investiture d’un président de gauche…En ce trentième anniversaire de sa mort un principe me revient en mémoire : « Dis-moi par qui tu fais juger et je te dirai qui tu es ». Il n’est pas en politique d’axiome plus sûr.” C’est de lui ! J’en suis maintenant conscient car je l’ai vécu !
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Personnage jugé « sulfureux » par certains, rappellant des engagements qui ne furent pas toujours en son honneur, certes, mais comme l’a dit je ne sais plus qui « ? Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis », nous trouvons aussi dans les évangiles le « Renoncement de St Pierre » et la fameuse formule : Errare humanum est, sed diabolicum perseverare.
Juger Miterand à ce niveau me semble un peu l’argument que l’on sort quand on n’en a justement pas.
Dire que bien des aspects de son « règne » ne nous on pas déçu serait mentir, mais lorsque l’on évoque certains de ses successeurs on constate ce que l’on a perdu et ce qu’il nous a apporté.
Vaste sujet, comme aurait dit le Général.
Bonjour,
je me permets de compléter votre citation de « tonton » car remise dans son contexte exprime parfaitement les problèmes de la séparation des pouvoirs en ( vraie) démocratie.
A chaque recul de la souveraineté populaire, à chaque disparition de la République, correspond un retour en force, franc ou dissimulé, de la justice régalienne. « Dis-moi par qui tu fais juger et je te dirai qui tu es ». Il n’est pas en politique d’axiome plus sûr. »
François Mitterrand – 1916-1996 – Le coup d’État permanent, 1964
En 2017 le pouvoir judiciaire a commis un coup d’État souterrain en éliminant le détestable fillion ( pas de majuscule pour cette grenouille de bénitier, profiteuse des deniers des contribuables, qui aurait dût se nommer Félon). Le 5 janvier 2026, le Tribunal correctionnel de Paris a condamné 10 personnes pour harcèlement moral aggravé pour avoir été commis en ligne dans l’affaire des rumeurs relatives à la supposée transidentité et pédocriminalité de Brigitte Macron. Le jugement intervient après deux relaxes prononcées en juillet 2025 sur le fondement de la diffamation.
Ainsi un tribunal vient de réhabiliter le crime de lèse-Majesté en l’appliquant au bénéfice de l’épouse du chef de l’État, bien que celle-ci n’est aucun statut officiel. Pour mémoire en France, la révision du code pénal en 1832 a fait disparaître la mention de lèse-majesté. Ce changement de 1832 a été saisi par de nombreux caricaturistes sous la monarchie de Juillet, aboutissant à un retour de la censure en 1835. Un délit d’offense au plus haut représentant de l’État a cependant été réintroduit par la Troisième République jusqu’à son abrogation en août 2013; à la suite d’une décision de la Cour européenne des droits de l’homme.
Pendant le régime de Vichy, Philippe Pétain fait beaucoup usage de cette loi : Olivier Beaud compte plus de 300 procès entre 1940 et 1943.
La Cour européenne des droits de l’homme, dans son arrêt du 14 mars 2013, ne se prononce pas sur le délit en lui-même ( affaire sarko du « casse toi pov’con » de 2008) , mais considère que « sanctionner pénalement des comportements comme celui qu’a eu le requérant en l’espèce est susceptible d’avoir un effet dissuasif sur les interventions satiriques concernant des sujets de société qui peuvent elles aussi jouer un rôle très important dans le libre débat des questions d’intérêt général sans lequel il n’est pas de société démocratique ». Je note que la CEDH fait le lien entre le droit à la satire et la démocratie…
Pour revenir au procès Trognieux, beaucoup de questions démocratiques mettent en évidence la citation de Tonton. Tout d’abord elle concerne le président du tribunal qui a été en 2019 conseiller politique pénitentiaire au cabinet de la garde des sceaux, ministre de la justice. nommé en 2023 il est aussi en charge du dossier » Depardieu » et c’est sûrement un hasard ( voir les déclarations de Mac-ronds au sujet de Gérard). Bizarre aussi que 4 prévenus ont été privés de leur défenseur opportunément condamné à une suspension de plaider pendant 6 mois pour une autre affaire tout aussi bizarre. Étrange aussi que le journaliste qui avait lancé les premières rumeurs a été opportunément sorti de la procédure. En conclusion, une dizaine de français plus ou moins tirés au sort pour « faire exemple », dont un handicapé à 80% qui n’a même pas pu se rendre à sa garde à vue, encore moins à son procès, et qu’on condamne en son absence à une peine de prison.
Pour quelques tweets dont il est considéré qu’ils auraient nuit aux conditions de vie de la femme la plus puissante de France, et dont il aura été démontré au cours du procès qu’elle ne les avait même pas lus.
Voici un petit exemple de la vassalité des juges de la Mac-Ronnie, de l’ inexistence de la séparation des pouvoirs et du rôle des merdias couvrant ce sinistre spectacle de parodie démocratique.
La citation in extenso de Tonton est instructive car bien avant les réseaux as-sociaux qui, maladroitement ou manipulés, incarnent une forme de souveraineté populaire maniant la dérision et la caricature indispensables à la vie démocratique. On comprend alors très bien la volonté de la Mac-Ronnie de faire taire les dissonances en multipliant les plaintes et les gardes à vues ( GJ, Covid19, mouvement des retraites …) et la pression sur l’UE (rss) pour éteindre la liberté d’internet.
Mitterrand était un homme de lettres et de droit, de par sa formation, je suis convaincu qu’il aurait eu à cœur de défendre les libertés publiques face aux manquements de la Mac-Ronnie et de sa justice inféodée…
Pour le bilan de Tonton je citerais le « dis moi qui tu hantes je te dirais qui tu es » de Goethe qui explique beaucoup de dérapages sous sa présidence.
bonne journée
Bonjour @faconjf !
Concernant vos arguments sur Mémé, ayez un peu de patience (3-4 ans). Alors, vous comprendrez mieux notamment le refus d’attaque du jeune J. B.: bien vu, petit ! on s’incline devant ces cas.
Bonne journée
Cordialement
471 au jus !
Et encore cette citation de Tonton
«Méfiez-vous des juges, ils ont tué la monarchie. Ils tueront la République.» Cette phrase a été prononcée par François Mitterrand en 1995 alors qu’il présidait son dernier Conseil des ministres.
Tonton qui connaissait l’histoire de son cher pays ( Lui il aimait la France !) faisait allusion aux luttes entre la Monarchie et les Parlements qui limitaient l’action du roi, pourtant réputé monarque absolu.
L’anniversaire de la mort d’un homme d’état peut en effet être source de réflexion sur de multiples plans. Il y a la mémoire empreinte de notre subjectivité,de nos convictions et de nos engagements et responsabilités passés;le souvenir d’un meeting mémorable en 1981,la participation à la conception d’une grande réforme ou d’une décision marquante,l’implication locale dans le mouvement de construction d’un projet de société,les prises de responsabilités multiples,les discussions sur les marchés du dimanche,et les expèditions de collage d’affiches,constituent un beau matèriau dont il faudrait d’avantage prendre soin:écrire est utile pour ceux qui demeurent intéressés à savoir d’où ils viennent pour éclairer la construction de l’avenir. Certes,on regrette parfois que les nouvelles générations s’intéressent peu à cette mémoire là;mais il est certain qu’il y a une vraie »crise de l’avenir »alimentée par la montée des INCERTITUDES concernant le monde du travail,la crise environnementale et le chamboulement de l’ordre international. Le temps est à la Refondation d’un nouveau projet de société,d’un nouveau pacte social,d’une nouvelle protection sociale,d’une nouvelle formation politique porteuse d’espèrance. Quelles forces sociales et quels appareils militants pourraient ils en être porteurs?
Et puis il revient aux historiens d’écrire l’histoire à partir des témoignages et des matèriaux rassemblés,et qui alimentent les livres d’histoire de nos petits enfants;ils contribuent aussi à constituer une meilleure compréhension du passé et à enrichir une culture du débat et des enjeux de société pour qui veut dépasser le cercle restreint de ses intérêts personnels
.
De ces deux points de vue,des personnalités et des initiatives passées peuvent conserver une force d’inspiration et un caractère d’actualité;je pense à la modernité de jean Zay dans ses initiatives touchant l’éducation nationale,l’activité sportive,la culture;je pense aussi à Pierre Mendes France dans son sens des responsabilités et de son rapport à la vérité en tant qu’homme d’Etat,ou encore à Robert Badinter et à son œuvre importante en tant que Ministre de la justice. Mais on pourrait remonter à Léon Bourgeois et au solidarisme du début du XXème siècle et à René Cassin grand architecte du droit international pour éclairer le débat d’aujourd’hui sur les grands enjeux de notre société dans le contexte désarticulé que l’on connait. Le parcours de François Mitterrand ,de ce point de vue,constitue un »acquis de l’expèrience » qui continue de pouvoir être source d’inspiration ,de prise de distance critique et d’ouverture de chantiers nouveaux. Encore faut il mobiliser les intelligences et les énergies pour construire cet avenir tout en évitant de se noyer dans la marée montante numèrique et de nommer « extrême » tout ce qui constitue une rupture avec ces valeurs de la République qui éclairent et fondent notre cohésion sociale décidément soumise à rude épreuve.
C’est peu de dire que cet engagement là présente un certain caractère d’urgence…
Merci Monsieur Darmian, je me suis contraint à rechercher dans l’ouvrage de Tonton le paragraphe dans lequel vous avez prélevé la citation partielle. La voici dans remise dans son chapitre P73/97 :
» A chaque recul de la souveraineté populaire, à chaque disparition de la République correspond un
retour en force, franc ou dissimulé, de la justice régalienne. «Dis-moi par qui tu fais juger et je te
dirai qui tu es», peut-on jeter sans risque d’erreur au régime personnel qui tait sa véritable identité et
qui, pour établir commodément sa dictature, se déguise et s’affuble d’oripeaux démocratiques. Il
n’est pas en politique d’axiome plus sûr. Une démocratie reste une démocratie, qu’elle donne le pas
au Législatif sur l’Exécutif dans un système à prééminence parlementaire ou qu’elle accorde, dans un
système présidentiel, l’avantage au pouvoir exécutif. Le moment où elle incline vers le pouvoir
personnel n’est pas aisément discernable si l’on se borne à analyser les rapports du chef de l’État et
des représentants du peuple. Le combat que se livrent l’Exécutif et le Législatif et qui remet
constamment en question l’équilibre gouvernemental appartient à la nature des choses : il n’implique
pas nécessairement la fin des libertés publiques et l’altération de la souveraineté populaire. Mais la
manière dont un régime organise sa justice, le choix qu’il fait des juridictions chargées de
sanctionner les atteintes à sa sûreté et à son autorité ne laissent pas de doute. La République de
Washington et celle de Lamartine sont si dissemblables dans leurs structures étatiques qu’on les
suppose étrangères l’une à l’autre. Elles sont pourtant sœurs par les principes qu’elles proclament et
par les lois qu’elles appliquent pour la défense des droits du citoyen dont le premier est d’obtenir
protection contre l’arbitraire. Tandis que, quand la dictature s’installe, si son langage rassure, ses
gestes ne trompent pas. On peut être sûr que son premier soin sera de domestiquer la justice. »
Mitterrand pamphlétaire, littéraire, historien et grand connaisseur de l’esprit des lois nous régale de sa maîtrise de ses domaines de compétences.
Il est grand temps pour moi de le relire avec l’éclairage d’aujourd’hui.
Vous pouvez le retrouver ici en pdf et gratis pro Deo:
https://www.geocities.ws/jupiau/coudeta.pdf
bonne lecture aux courageux
le deux poids deux mesures de la justice Française
https://regisdecastelnau.substack.com/p/nouvelle-pantoufle-pour-bruno-lemaire?utm_campaign=email-half-post&r=6cjigv&utm_source=substack&utm_medium=email
Veuillez je vous prie excuser mon insistance .
bon dimanche
quel stratège
qui se rappelle ce qu il a inventé et qui sert encore pour se faire élire