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Le conte du panda qui défia un monde cruel

Au cœur d’une forêt luxuriante vivait Bab, un jeune panda au pelage noir et blanc aussi doux que duvet. IL menait une vie paisible : entre deux sommes il machouillait les jeune pousses des bambous. Et le temps lui paraissait long. Sa plus grande préoccupation résidait dans le choix de ces mets que la nature lui offrait à profusion. Une vie routinière qui lui pesait car il rêvait d’aventures, d’inédit, de sensationnel.

Son univers se limitait à un espace de quelques mètres entre l’arbre sur lequel il se reposait sans être fatigué et son garde-manger naturel. Bab était en dépression. Il n’avait plus envie de rien. Aucune fête, aucun moment de partage avec des copains peu enthousiasmants. Il mourait d’ennui. Pourtant, cette année, quelque chose le rendait songeur.

Il avait entendu parler par des congénères qui avaient été contraints de se déplacer un jour où la forêt avait été dévastée par un ouragan. Un survivant assurait avoir découvert en bas de la vallée des animaux terribles qui dévoraient les autres. Il leur avait échappé de justesse en réussissant à se réfugier en haut d’un arbre vénérable émergeant au-dessus de la mer de bambous.

Il apprit que ces créatures dites carnivores avaient une terrible réputation : l’ours brun à la voix tonitruante déchiquetait ses proies, la louve aux yeux acérés et terrifiants les saignait et le renard rusé guettant discrètement les plus faibles les avalait. On les prétendait redoutables et on assurait qu’ils ne recevaient jamais de visiteurs. Ils avaient même une tendance à se repaître sans vergogne de tous ceux qui osaient croire dans leur indulgence.

Même le jour de Noël personne n’osait leur rendre visite. Bab eut envie de les approcher et vérifier si la réputation que leur faisait le Tik-Tok des pandas était justifiée. « Et s’ils se sentaient seuls pendant les fêtes ? ».. Inutile d’en parler aux autres. D’ailleurs ils sommeillaient tous digérant leur menu végan au plat unique.

Bab se prépara pour sa grande expédition vers la clairière des carnivores.

L’ours aimerait peut-être des pousses tendres imprégnées du miel qui perlait de la ruche débordant du trou où l’avaient installée de vaillantes abeilles noires agressives avec tous les pilleurs potentiels. Pour la louve, il avait imaginé apporter quelques gros vers blancs bien dodus au foie bien gras qui nichaient parfois dans les tiges de bambous. Ce serait une bien belle occasion de s’en débarrasser. Les raisins dorés et bien mûrs d’une treille ayant grandie on ne sait par quel hasard dans un espace ensoleillée de la forêt ne déplairaient pas au renard !

Malgré les murmures inquiets des tous les oiseaux qui regardaient ces préparatifs laborieux en raison de la lenteur de celui qui les mettait en œuvre, Bab prépara un panier avec son matériau nutritif favori pour installer ses offrandes. Le matin de ce que les humains appellent Noël, il noua une écharpe rouge autour de son cou et se mit en route, laissant derrière lui ses potes ensuqués et le léger frissonnement du vent dans les feuilles dont il ne supportait plus le goût et l’odeur.

Mètre après mètre, d’arbre en arbre il parvint avec bien des efforts la la fameuse clairière, celle où un coup de griffes ou un claquement sec de dents mettaient un terme à l’existence de porteurs des meilleurs sentiments. Bref il s’était rendu dans un enfer potentiel par un chemin ardu pavé des meilleures Intentions. Quand il arriva face au trio sanguinaire, un silence impressionnant s’installa. L’ours s’avança le premier, surpris de voir un panda si calme, si déterminé, si zen !

« Je viens vous souhaiter un joyeux Noël », dit Bao avec un sourire, et partager ce que j’ai apporté. Je vous demande de m’excuser mais chez moi là-haut dans la montagne il n’y a pas grand-chose. J’ai fait au mieux » Un long silence s’installa. Les carnivores échangèrent des regards ébahis. Personne ne leur avait jamais rendu visite pour offrir. Ils hésitaient. Cette boule de poils dissimulant probablement un corps maigrelet leur témoignait une confiance paisible et sincère. La louve invita Bab à les rejoindre. Son regard se fit moins glacial. Le renard assis sur son arrière-train avait déjà repéré les grappes alléchantes sortant du panier.

Le panda distribua ses cadeaux. Assis sur l’herbe, le plus inimaginable des pique-nique débuta. L’ours se lécha les babines, la louve regretta qu’il n’y ait pas plus de « boudins blancs » de Noël. Bab essaya de les passionner pour les pousses de bambou en pure perte. Ils mangèrent, discutèrent de leurs vies respectives, et rirent ensemble. L’ours raconta de riches histoires de ruches, la louve narra ses longues courses dans la neige fraîche, le renard fit un fromage du tour qui lui avait permis de berner un corbeau immangeable.

Bab les écoutait avec délectation. Jamais il n’avait entendu pareils exploits. Que leurs vies devaient être splendides! Tous trois modérèrent son enthousiasme. Les Hommes, ces êtres encore plus cruels qu’eux les pourchassaient sans cesse. Pièges, coups de fusil, poursuites par des chiens, empoisonnements : autant de malheurs que Bab ignoraient totalement même si parfois quelques copains disparaissaient brutalement en silence sans que personne ne connut leur destin.

Ce Noël là, les carnivores se rendirent compte qu’ils n’étaient pas seuls, et Bab découvrit que la spontanéité, le courage et la gentillesse pouvaient réchauffer même les cœurs les plus méfiants. Il reviendrait pour vérifier que les récits d’aventures pouvaient être merveilleux. Ils décidèrent de bâtir tous les ans en souvenir de leur rencontre un… marché inter-animaux. Dans la forêt mais pas dans la vie des Hommes on sait désormais que la magie de Noël commence toujours par un pas vers l’autre.



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Cette publication a un commentaire

  1. Philippe Labansat

    Les débuts d’un grand fabuliste ?

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