Quel que soit l’avis que l’on peut avoir sur la carrière politique de Georges Clemenceau il faut bien reconnaître qu’il avait un sens de la formule dévastateur. Un mélange d’humour et de réalisme qui a conduit l’Histoire à lui prêté des saillies cultes. Avec les années qui sont passées certaines lui ont survécu et s’adaptent parfaitement au temps présent. Son esprit caustique, ses coups de génie et son acidité impitoyable feraient pâlir les auteurs des outrances débiles que l’on entend dans les prises de parole sur les plateaux « nourriciers » de la décadence intellectuelle.
L’un de ses plus célèbres constats s’adapte à la réalité de ces derniers jours. Elle résume parfaitement ce que l’on ressent après les événements survenus au Congrès des Maires. La venue dirigée du Chef d’état-major des armées françaises a en effet secoué bien des consciences. Comme c’est normalement la règle pour toute intervention militaire, il était en service commandé et ses affirmations sont à classés parmi les éléments d’une offensive psychologique calculée. Une étape sur le chemin d’un travail de mise en condition de l’opinion dominante sur d’autres dangers que la politique intérieure sur la France.
Heureusement le Sauveur de l’Élysée veille sur le pays et avec ses petits bras diplomatiques musclés il sauvera le peuple qui l’a élu. Pourtant Clémenceau avait prévenu en déclarant : « La guerre ! C’est une chose trop grave pour la confier à des militaires. » Une formule qui affirme la suprématie du pouvoir civil sur celui des militaires, à qui il serait dangereux de laisser la bride sur le cou. Et il a une vision de liaison entre politique et fonctionnaires qui n’est plus de mise.
Le fonctionnement républicain repose en effet sur la capacité du politique a imposer sa vision de l’intérêt général aux personnes chargés de la mettre en œuvre. L’un des faillites de la France à tous les échelons de la vie sociale repose sur cette tendance actuelle de confier à des « fonctionnaires » de plus ou moins haut niveau, la charge de conduire la politique du pays. Les élus deviennent de plus en plus… les porte-parole des techniciens et c’est ce qui mine la démocratie représentative.
En l’occurrence si l’annonce faite aux maires sur la nécessité que le pays restaure sa « force d’âme pour accepter de nous faire mal pour protéger ce que l’on est » et soit prête à « accepter de perdre ses enfants » sans accord explicite du « politique » il s’agit d’une entorse grave aux principes républicains. Il est assez étonnant que cette mission d’alerte (si s’en est une!) n’ait pas été confiée à la Ministre des Armées seule habilitée selon moi à prononcer pareilles paroles graves. Sauf si cette dernière a été mise devant le fait accompli car l’ordre émanait du ‘sauveur’ potentiel élyséen. L’enjeu est tellement grave que la responsabilité d’une telle « prophétie » ne relevait pas en effet d’un militaire aussi bardé d’étoiles soit-il.
Le public des maires a été ciblé. Ce n’est pas un hasard. Il n’est pas inutile de rappeler que ce sont eux qui ont eu durant toutes les guerres, la lourde tâche de se rendre dans les familles pour annoncer les tristes nouvelles. Sur de nombreux monuments la formule « à nos enfants morts pour la France » rappelle que dans absolument tous les villages de France, cette démarche a été maintes fois accomplies. Le leur dire et leur demander de le reprendre à leur retour dans leur mairie cette mission c’est les investir dans un processus de dramatisation de la situation européenne. La peur doit ruisseler plus vite que les milliards.
La formule du généralissime des armées a largement affolé dans les chaumières mais pas nécessairement dans les appartements. L’utilisation du mot « enfants » a été pris au premier degré par une population déjà angoissée par l’avalanche d’informations destructrices de l’espoir de parvenir à un monde meilleur. La porte parole du gouvernement a donc été contrainte de « raboter » l’assertion du chef de l’opération commando. L’effet était trop négatif !
Afin d’en détourner les effets nocifs elle a tenté de déminer le terrain sur lequel a évolué le chef d’état-major : « On va être très clair: nos enfants, au sens où on l’entend, ne vont pas aller combattre et mourir en Ukraine ». Elle a redressé le tir en déclarant en plus : « Le chef d’état-major des armées parlait de tous ces soldats qui, et il le dit un petit peu avant cette séquence, sont déployés partout dans le monde et ont entre 18 et 27 ans ». C’est ce que l’on appelle ramer à contre courant pour éviter de partir vers la chute !
Partout c’est un constat quotidien : le politique n’assume plus rien. Il se défausse sur l’administratif comme par exemple sur la dette où les prévisions des recettes ; dans l’affaire du vol des bijoux du Louvre ; dans l’assassinat de Mehdi Kessaci et dans ce que nous apporte chaque jour plus près de nous l’actualité. On peut alors convoquer Georges Clemenceau pour résumer ce qu’il s’est passé : « Tout le monde peut faire des erreurs et les imputer à autrui : c’est la politique ! » En attendant on franchit une étape supplémentaire dans le délitement de l’État républicain.
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On a eu droit également dans l’émission « C à vous » du 20 novembre à une intervention du gégène Trinquant, droit dans ses rangers, et frétillant, bichant comme un pou, rajoutant un couche de patriotisme dévoyé à celle du ravi de la crèche, général de pacotille, en commentant sa déclaration devant les maires de France tout en maîtrisant son irrépressible allégresse (il faut pas trop en faire non plus).
On dirait que tous ces irresponsables n’ont qu’un dessein: observer comment « ça fait » un casse pipe organisé, depuis un confortable abri.
Apparemment les images diffusées sur les étranges lucarnes de désastres mondiaux provoqués par les conflits en tout genre ne leur suffissent pas, ils veulent du concret et du local.
Honte à ces fâcheux provocateurs.
P. S. Il semble me souvenir que la citation de Clémenceau a été tronquée( comme bien d’autres) sans cependant que le sens en soit changé, mais je n’ai pu la retrouver « in extenso ». Avis aux chercheurs.
la citation de Clémenceau ne date pas de 1917 . Elle date de 1887 au moment où le général Boulanger, ministre
de la Guerre, a failli entraîner la France dans une guerre contre l’Allemagne, en 7 :
« La guerre ! C’est une chose trop grave pour la confier à des militaires. »
On en finirait pas de citer le « tigre » »
Alors qu’un poilu, très remonté lui dit :
« — Monsieur Clemenceau, je veux zigouiller le gouvernement et la Chambre. »
Clemenceau lui répondit :
« — Mon ami, vous oubliez le Sénat, ce n’est pas poli. »
ou encore le visionnaire Lors d’un voyage aux États-Unis, en 1922, il lance au président américain Wythe Williams un prophétique :
« Vous ne pouvez vous sauver vous-mêmes en restant hors de la zone de bataille (…) Vous serez probablement
dans les parages pour sauver la France dans la prochaine guerre. »
On peut supposer ce qu’il dirait de Tromp.
Et ce qu’il pensait des militaires. « Il suffit d’ajouter « militaire »à un mot pour lui faire perdre sa signification. Ainsi la justice militaire n’est pas la justice,la musique militaire n’est pas la musique. »
Bonne journée