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De moins en moins de citoyens de plus en plus de croyants

Le premier quart du nouveau siècle a bouleversé les repères dans tous les domaines. Alors que le XX¨s’inspirait encore un peu de celui des Lumières en donnant une place essentielle à la science et à la raison, nous plongeons chaque jour un peu plus dans la croyance. Seulement une minorité de citoyens continue à tenter de se déterminer sur la base d’une analyse aussi objective que possible des événements marquant la vie collective. Les autres plongent dans des considérations inspirées directement ou indirectement par la religion. Elle influe désormais sur toutes les prises de décision individuelle sous des formes bien différentes de celles qui occupent le devant de la scène depuis très longtemps.

Le système électoral favorise en France cette installation de la notion de mise sur un piédestal d’une personne « déifiée » que devient le (la) candidat(e) à l’élection présidentielle. Tout tourne autour de ces gourous qui prêchent la bonne parole dans leur seul intérêt et ont leur « officiants » locaux, leurs hiérarchie départementale, régionale et nationale uniquement dévouée à la valorisation de celui ou celle qui rêve de s’installer sous la tiare surmontée d’un plumet républicain. Certains débitent un évangile selon « Saint » (Jean) Luc ; d’autres récitent le bréviaire de «Sainte » Marine quant à « Saint » Bruno ou « Saint » Gérald ils sont dans l’attente de leur intronisation. Un statut que « Saint » Édouard a dépassé en annonçant ses ambitions.

Attention il serait naïf de penser que seule la politique est touchée par le phénomène. La tentation de croire ruisselle dans toutes les couches sociales. Plus grand monde vérifie en effet une information et donc les chaînes de télé spécialisées dans la diffusion d’offices religieux conforte l’idée qu’il existe le mal partout et que les ennemis de ce qu’elles présentent comme le bien doivent être discrédités. L’hérétique qui conteste leurs « vérités » tendancieuses ou fallacieuses n’a pas sa place dans un pays malade de sa déraison. Des millions de fidèles s’approprient les commandements de ces bibles modernes vantées par des prédicateurs grassement rémunérés pour entretenir une nouvelle croyance dangereuse à plus d’un titre du bas de l’écran.

Toute religion a besoin de martyrs pour illustrer l’ignominie de ses critiqueurs ou de ses détracteurs. En France absolument toute condamnation d’un membre éminent de la hiérarchie des « églises » partisanes donne lieu à des campagnes orchestrées de sanctification du coupable. Dans le catéchisme de l’Église catholique, nous trouvons : « Le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi ; il désigne un témoin qui va jusqu’à la mort ». Il est indispensable pour crédibiliser la valeur de son investissement et surtout souder les fidèles autour de la notion de violence faite à une personne qui dispense que le bien autour d’elle. Les martyrs pullulent en France. Les Saints « innocents » (potentiels) aussi.

Le récent assassinat du prédicateur trumpiste aux USA interroge sur les effets de ces croyances sur le comportement des plus fragiles. La lutte du bien contre le mal portée depuis des décennies dans les films américains se transforme in-fine en assassinat. Dès sa mort Kick a été béatifié par le camp des exaltés MAGA. Égérie de ce mouvement il était vraiment un activiste de la droite la plus radicale, quelqu’un évidemment contre l’avortement, militant pour que les jeunes femmes n’aient pas accès à la pilule. Il a été l’un des organisateurs des bus remplis de militants qui avaient attaqué le Congrès en janvier 2021 ! Rien ne justifie que l’on tire sur lui mais le climat de haine est tel aux USA que ce comportement n’a plus rien d’étonnant.

Toutes les victimes qui servent la cause sont exploitées. On les embaumera théoriquement, on les exposera comme des héros et on vantera leurs mérites. La religion trumpiste exige malheureusement que l’on utilise au maximum ce décès, car évidemment, cela va être utile pour sa cause. Et ce qui aujourd’hui angoisse les gens raisonnables c’est que les drapeaux américains seront mis en berne pour un jeune activiste qui a été assassiné. C’est une tragédie démocratique. La bannière étoilée n’est jamais mise en berne quand des jeunes enfants sont assassinés dans des écoles quand des personnes sont assassinées pour leur couleur de peau ou leur statut d’immigré. Donald Trump saute sur l’occasion et ses partisans émettent des messages vengeurs sur les réseaux sociaux.

La vie sociale n’est plus qu’une guerre de « religions » avec ses croyants et ses pratiquants, ses extrémistes et ses pacifistes, ses exaltés et ses tolérants, ses exploiteurs et ses gens sincères… « La croyance ne dépend ni des faits ni des preuves » selon l’« affirmation d’Edgar Morin. Elle se nourrit de propagande, d’impressions, de rites, de mots vides de sens.

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Cet article a 3 commentaires

  1. J.J.

    Il en est de même pour toutes les croyances .
    Pour tout commentaire, je me contenterai de ces citations de sir Bertrand Russel, prix Nobel de littérature 1950, mathématicien, homme politique, philosophe, et moraliste britannique.
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    « La science ne peut ni prouver ni réfuter certaines croyances religieuses — mais athée en pratique, parce qu’on ne peut croire qu’en ce qui est démontré par la science. »
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    Un credo religieux diffère d’une théorie scientifique en ce qu’il prétend exprimer la vérité éternelle et absolument certaine, tandis que la science garde un caractère provisoire : elle s’attend à ce que des modifications de ses théories actuelles deviennent tôt ou tard nécessaires, et se rend compte que sa méthode est logiquement incapable d’arriver à une démonstration complète et définitive.
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    « L’homme est un animal crédule qui a besoin de croire. En l’absence de raisons valables de croire, il se satisfait de mauvaises. »

  2. Hervé Mathurin

    Je souscris pleinement à cette « roue libre » pour la finesse de l’observation et de l’analyse. Il y a en effet quelque chose de religieux dans certaines croyances politiques, au premier rang desquelles je mets l’écologisme radical et son obsession de la « fin du monde » millénariste. Certains de ses acteurs sont plus des prédicateurs que des militants. Et que penser aussi de « la meute », dont le livre éponyme a mis en évidence l’aspect secte en dévotion envers son gourou ? Il faut sans doute voir dans ces dérives une conséquence du déclin de la chrétienté depuis plusieurs décennies. Cependant, « L’homme ne se nourrit pas seulement de pain », dit la Bible. A quoi il faut ajouter « le XXIè siècle sera religieux ou ne sera pas », de Malraux. Mais au chapitre des croyances autres que politiques, c’est l’Islam qui a le vent en poupe. Et la laïcité a fort à faire pour maintenir ses principes dans ce monde en recherche de prophètes.

    1. J.J.

      « le XXIè siècle sera religieux ou ne sera pas », de Malraux.
      J’avais l’espoir que ce prophète de malheur se tromperait, mais malheureusement il n’en est rien.
      Chassez le naturel, il revient au galop.
      Enfin le XXIème siècle n’est pas fini et réservera peut être des surprises heureuses à ceux qui le verront, si une mignonne petite bobinette et ses clones ne referment définitivement le chapitre humanité.
      Quand on considère le comportement scélérat de certains états, vis à vis de la susdite humanité , il faut admettre que ce ne sera pas une grosse perte.

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