La journée qui s’ouvre sera assez extraordinaire. Le mot d’ordre de blocage du pays coïncidera en effet avec l’installation à Matignon d’un nouveau locataire. En fait il ne s’agira que d’un « changement dans la continuité » pour reprendre un slogan de campagne électorale de Georges Pompidou en 1969. Il est parfaitement adapté à la situation politique actuelle puisque son contenu était destiné à persuader l’opinion publique d’une volonté de changer la « manière de gouverner » tout en s’engageant à « poursuivre la politique » de son prédécesseur. D’ailleurs il serait vraiment utopique de penser qu’il puisse en âtre autrement.
Alors que les « bloqueurs » dénonceront pêle-mêle un fonctionnement politique qui ne leur paraît plus en phase avec leurs aspirations, les rites du pouvoir centralisé continueront à fonctionner. Nous aurons droit aux conseils condescendants du « partant » pour son « successeur » se gardant bien de dire ce qu’il pense de celui qui lui donnera une leçon. Les fonctionnaires applaudiront le héros du jour, celui qui a préféré la fortune du Pau à la débâcle parisienne. C’est ainsi : on regrette celui qui s’en va surtout quand il n’a pas secoué le poids des habitudes. Les paroles de circonstances traduiront la grande hypocrisie d’un milieu où l’on se déteste avec le sourire.
Sur quelques ronds-points fleuriront des gilets jaunes et dans les rues fuseront des mots tabous comme « destitution » ou « dissolution » sans que l’on sache quel extrémisme les inspire. La spontanéité de la démarche de contestation restera à démontrer. Elle contrastera de toutes les manières avec l’incontestable provocation qui se dégage de la nomination effectuée rapidement pour démontrer une volonté présidentielle d’avoir raison contre tous. Alors que les manifestants souhaitent aujourd’hui un bouleversement le « Consul » leur offre une pichenette qui selon les consultants éclairés (par qui ?) enverrait vers la gauche un programme d’austérité non partagée. C’est justement ce que la très grande majorité des Françaises et des Français ne supporte plus.
Du perron de Matignon tomberont à midi des phrases convenues, des formules de communication, des promesses qui n’engageront que celles et ceux qui les entendent. Une colère sourde est installée dans le pays et il n’est pas certain qu’elle se calme avec cette promotion d’un « fidèle » ayant interrompu une carrière monacale dans sa jeunesse pour choisir la politique. Elle s’exprimera de manière plus massive, plus structurée et probablement plus durable le 18 septembre. D’ici là il y a fort à parier que l’on aura sacrifié au jeu des chaises musicales. Comment en serait-il autrement avec la pauvreté des choix possibles ? Il faudra donc que certains se renient pour s’adapter aux consignes du nouveau chef. Aucun problème ! Il faudra que certains se montrent adaptables aux circonstances. Facile. Il faudra que quelques autres fassent semblant. Habituel.
Le vrai problème ne réside pourtant pas nécessairement dans le choix des « nouveaux » qui seront nombreux au portillon. Dans le cadre du changement dans la continuité le promu se retrouvera face à un dilemme : qui devra-t-il éliminer pour être certain de ne pas se faire virer rapidement. Le duo frustré mais très encombrant « intérieur-justice » se pense intouchable. Comment lui annoncer qu’il finira l’année au Sénat pour l’un ou à l’Assemblée nationale pour l’autre ? Le garder c’est cependant accentuer le foutage de gueule vis à vis de la très grande majorité des électrices et électeurs qui espèrent une politique différente. Pour les autres les « exclusions » des fauteuils ne provoqueront que des poussées d’eczéma d’amour-propre.
Le décalage considérable entre ces mœurs politiques nationales et le ressentiment qu’elles provoquent s’accentuera. Ce qui était une coupure est devenu une faille et bientôt un précipice où tombent les principes républicains de la démocratie représentative. Le simulacre de prise en compte de la situation réelle du pays aura des conséquences dramatiques dans les prochains mois. La crédibilité du Président est encore plus érodée. Les péripéties nationales, la situation des finances, les tensions internes, la parcellisation de la société, les difficultés qui se profilent pour les plus fragiles augurent d’une fin d’année pour le moins difficile. Ce sera bien le changement dans la continuité ! Ce soir le nouveau chef du gouvernement fantôme sera sur TF1 pour expliquer que la situation est grave. Il aura raison.
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_ »La crédibilité du Président est encore plus érodée. » _
Il faudra avoir de bons yeux si l’on tente d’apercevoir la susdite « crédibilité », ça n’est pas une grosse perte.
Ce n’est pas par hasard si le mirliflore « trouposol », qui n’ jamais tenu un fusil, prend des allures menaçantes de chef de guerre qui se prend au sérieux (ça se voit à son attitude, l’expression de son visage plutôt insignifiant, est devenue sombre, méchant et sinistre). Il doit se trouver en symbiose avec son nouveau premier ministre mariant harmonieusement le sabre et le goupillon.
À quand une décision calquée sur les projets de l’agité du stetson, de rebaptiser le ministère des armées en ministère de la guerre ? Inquiétants personnages.
Une surprise qui ne surprend que ceux qui veulent bien se laisser surprendre.
La nouveauté sera sans doute que l’on reprendra les mêmes pour les récompenser de leurs bons et loyaux services et de leur application dans leur course à l’impéritie.
Les péripéties si critiquables et critiquées de la Quatrième République, qui l’on menée à sa perte nous semblent aimables plaisanteries.
Arriver à mon âge pour voir s’installer une pareille gabegie est vraiment déprimant.
Le problème des commentaires à chaud, c’est qu’ils ont toujours tendance à occulter la genèse de l’affaire. Tout a commencé en fait à la dernière présidentielle. Elu au 2è tour avec 60% des voix, pour faire barrage à Marine Le Pen, mais en tête au premier devant celle-ci, ne l’oublions pas, Macron s’est fait « corriger » aux législatives par les électeurs qui ne voulaient pas qu’il soit majoritaire, en particulier ceux qui avaient voulu faire barrage au RN. Objectif atteint puisque Macron n’avait pas la majorité absolue, seulement relative, mais dépendante de ses alliances fragiles. D’où le recours à 23 reprises de l’article 49-3 par Elisabeth Borne (moins que Rocard en 1988) pour faire passer ses réformes, et une opposition violente de l’extrême gauche qui rendait improbable la suite de ce mandat. En répondant par la dissolution, qui était redonner la parole au peuple dans une démarche démocratique, Macron pensait clarifier la situation. Les électeurs ont répondu par une tripartition tout aussi ingérable. On en est toujours là. Et c’est ce que les électeurs ont voulu.
Autrement dit, si je comprends bien, c’est la faute des électeurs qui ont mal voté si l’on est en train de nous concocter un coup d’état déjà en place d’ailleurs « de facto ».
Primo, il n’y a pas de coup d’Etat, si on veut bien accepter sa définition qui est la prise de pouvoir de force par une faction contre un président élu et secundo, c’est en effet la responsabilité des électeurs d’élire une assemblée conforme à leurs opinions, comme c’est le cas depuis les dernières législatives, et comme c’était le cas en 1933 avec l’accession d’Hitler à la Chancellerie.
« Primo, il n’y a pas de coup d’Etat, si on veut bien accepter sa définition qui est la prise de pouvoir de force par une faction contre un président élu…. »
Évidemment on peut jouer sur les mots et les définitions.
80 mille policiers et gendarmes équipés de diverses armes dont certaines risquant d’occasionner de graves blessures, et même pouvant se révéler léthales « par destination », les blindés bleus de la gendarmerie, des drones, des hélicoptères etc.
Si ce n’est un coup d’état larvé, comment appelez vous ça ?
Comment j’appelle ça ? La défense de l’ordre public face à des hordes barbares venues parfois de l’étranger pour semer la zizanie dans la pays, comme on vient de le voir avec l’affaire des têtes de porc transportées par des Serbes devant une mosquée. La signature russe. Les cagoulés sont les idiots utiles du poutinisme, quand ils ne sont pas des agents déclarés. Je ne parle évidemment pas des manifestants lambda mais ce n’est pas pour eux que la police se mobilise. D’ailleurs, quand il n’y a pas de destruction de vitrine ou autre, elle n’intervient pas. Mais c’est tellement confortable intellectuellement de dire qu’on vit dans une dictature larvée, et ce alors même que qu’il existe une alternative qui, elle, n’est pas larvée pour mettre le pays en coupe réglée.
Notre pays de pleureuse se prépare à mettre au pouvoir le pire, comme ça il saura pourquoi il pleure.
Que nos concitoyens bernés par les extremes aillent voir en Inde ou en Afrique pour se rendre compte de ce qu’est une vie pauvre et précaire.
PC @ Ce n’est pas parce que la situation est catastrophique dans certaines contrées qu’il faut s’aligner sur eux et accepter n’importe quoi.
C’est un peu comme ceux qui vitupèrent les supposés privilèges de certains et demandent leur suppression, au lieu de demander de jouir des mêmes.
Très juste.