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La fuite d’eau qui révèle le fonctionnement réel quotidien

La découverte a de quoi inquiéter. Un matin qu’il soit beau ou gris vous vous retrouvez avec plusieurs centimètres d’eau dans la cave de votre domicile. Un événement préoccupant quand le niveau monte légèrement mais régulièrement. Même si le propriétaire des lieux n’a pas de talents particuliers pour enquêter sur les causes de cette apparition brutale, il finit par avoir des doutes sur l’alimentation en eau potable de son domicile. Des doutes seulement car il n’y a aucune preuve tangible de défaillance d’une canalisation passant par la cave. L’inondation vient donc d’ailleurs. Dans le système actuel, il faut alors  s’armer de patience. Une aventure débute.

La distribution d’eau potable ne dépend plus de la mairie puisque cette compétence a été déléguée à un syndicat intercommunal basé dans une commune voisine qui l’a elle-même déléguée à un opérateur privé. De coup de téléphone en coup de téléphone il faut remonter la filière pour terminer sur une plateforme d’appels qui enregistre l’inquiétude de l’abonné. Le questionnement porte d’abord sur l’administratif (nom, prénom, adresse, numéro d’abonné…) avant de déboucher sur la question essentielle : « savez-vous si la fuite est avant ou après le compteur ? » Difficile de répondre puisqu’il n’y a évidemment aucune trace visible sur le sol. Un employé passera donc voir sous quarante-huit heures ce qu’il en est. Quand ? « Dès que ce sera possible ! ». A quelle heure ? « On vous le dira! ». Le coût de la fuite : « on verra plus tard! »

Le niveau de l’eau nécessite une première évacuation.  le « plus gros » est écopé avec des moyens de fortune :seaux, pelle, pichet. Le lendemain l’eau qui s’infiltre depuis l’extérieur revient à hauteur de quatre centimètres sur toute la surface de la cave. Vite des photos et une déclaration à l’assurance en attendant que le premier technicien débarque enfin 48 heures plus tard.  Il regarde l’arrivée d’eau potable après avoir demandé de vérifier qu’il n’y a aucun robinet ouvert dans la maison : « votre compteur tourne et donc ce n’est pas de notre ressort : la fuite se situe sur le tuyau vous appartenant. Faites venir un plombier. Bon courage ! » Le distributeur a fort logiquement abandonné le client à son triste sort : trouver un plombier ! Encore une gageure qui demande la journée. Enfin l’oiseau rare est déniché par des connaissances. L’assurance a accusé réception de la déclaration de sinistre et réclame déjà des devis qu’il faudra transmettre à un cabinet d’expertise désigné pour l’affaire. 

L’artisan recruté se présente et après avoir examiné les lieux tente de gratter le sol sur une vingtaine de centimètres de profond. Rien évidemment. Il se retire poliment en conseillant d’avoir recours à une entreprise du terrassement. il ne peut rien faire. L’assureur informé donne son accord. Les jours passent et l’eau continue à monter dans la cave. L’achat d’une petite pompe s’avère nécessaire. Le troisième visiteur déniché grâce à des connaissances amies laisse un ouvrier sur place qui va creuser toute une journée sans trouver la moindre trace de fuite. Un boulot ingrat car le parcours du tuyau n’est pas très précis. Résultat : nul ! La facture est présentée accompagné d’un conseil : « faites venir un spécialiste avec un appareil de détection. J’ai un contact avec un plombier…qui le fait. Je lui dis de vous appeler » Le week-end sera passé à écoper. L’affaire dure depuis alors depuis une semaine.

La recherche par détecteur délimite une zone à l’entrée de la terrasse. la tuile. La fuite serait sous la dalle de béton de trente centimètres d’épaisseur. « Il vous faut une pelleteuse pour creuser, casser la terrasse et trouver le lieu précis » La tuile. Le « spécialiste se fait payer et passe à autre chose : lui ne fait pas les réparations ! L’assurance avertie demande de s’adresser au cabinet d’expertise qui ne viendra pas mais attend les devis pour se prononcer. L’engin et le conducteur arrivent deux jours plus tard.  Ils restent plus de trois heures La tranchée sur une vingtaine de mètres permet de confirmer qu’il y a bien une fuite et de la confirmer sous la terrasse. L’eau coule depuis une douzaine de jours. Couper et ouvrir le compteur devient une corvée répétée tout au long de la journée. Eponger est une tâché démoralisante. 

Le propriétaire établit un dossier complet de toutes les étapes, des divers constats, des factures et effectue une compte rendu au jour le jour de ses tracas. Il scanne, rédie, assemble. Il envoie tout à l’assurance et demande l’autorisation d’effectuer les travaux sur la base d’une devis établi par deux entreprises locales. Au téléphone la personne en charge du dossier qui a demandé plus de trois heures de travail explique que tout va bien et que ce n’est qu’une question de validation par l’expert : « je transmets au cabinet qui vous suit ». Il faut attendre… Après quatre ou cinq jours supplémentaires de pompage, l’impatience grimpe. Le moral est au plus bas et sombre quand « l’experte » contactée, débordée, avoue ne rien comprendre aux documents transmis et demande du temps pour répondre. Elle demande des délais d’instruction ! Lesquels ? Elle ne sait pas ! 

L’assuré appelle alors sa « mutuelle militante » et obtient un rendez-vous pour midi le jeudi au siège départemental. C’est très rapide. La salariée qui l’accueille et à laquelle il soumet l’ensemble du dossier qu’il a préparé et tiré sur papier ne voit aucun problème. C’est parfait. Elle contacte sa collègue du siège et admet que le cabinet d’expertise est défaillant. Une administratrice élue prend alors le relais et demande à ce bureau submergé par les demandes de se bouger. La réponse arrive dans la matinée du lundi trois semaines après le début de l’histoire : le sinistre sera traité par un autre technicien ! On repart à zéro.

Ce dernier appelle comme promis dans la journée. Il a regardé les éléments fournis . « Voulez-vous venir pour constater ? » propose l’assuré. « Inutile. Les prix sont convenables et je transmets mon accord à l’assurance ». Ouf ! Quand? « Dans la journée ». « Il n’y a rien à redire!. Dès que l’assurance vous aura donné le feu vert vous pouvez y aller! ». L’accord avec la somme allouée arrivent le lendemain. Les entreprises (terrassement et maçonnerie) contactées sont surbookées.  Il faut maintenant attendre qu’elles se coordonnent et trouvent un créneau pour dégager le tuyau, tracer une tranchée (terrasse comprise) et réparer la fuite, recouvrir et remettre en service. Tout devrait être terminé un mois après la détection de la fuite d’eau. Enfin c’est un espoir… La réalité quotidienne du fonctionnement d’un pays où il vaut mieux ne jamais avoir de problèmes ordinaires.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Alain.e

    Dans mon lotissement, le nombre de maisons ayant eut ce problème est très important, en effet, les tuyaux en PVC de l’ époque de nettement moins bonne qualité qu’ aujourd’hui finissaient par casser sous la pression de l’ eau.
    J’ ai la chance de connaitre un plombier qui a pu réagir vite quand cela m’ est arrivé personnellement .
    Possédant un vide sanitaire , et entendant un bruit par la bouche d’ aération , j’ ai vite diagnostiqué le problème en coupant le compteur d’ eau , évidemment mon assurance ne prenait pas en charge ce souci , il fallait une extension que je n’ avais pas évidemment.
    En tout cas je vois bien deux France bien distincte , une qui s’ emmerde à faire les choses correctement malgré les difficultés rencontrées, et je sais de quoi je parle , déclaration d’ un abri de jardin , changement de permis, de carte d’ identité , qui paye ses factures et impôts divers, et une autre qui s’ installe ou bon lui semble, qui vole électricité et eau publique , qui ouvre les bouches d’ incendies, qui casse, brule, agresse verbalement ou physiquement, qui veut imposer son mode de vie aux autres .
    J’en suis plus désolé qu’ énervé en fait, et je crois que je ne suis pas le seul.

  2. faconjf

    Bonjour,
    tiens une histoire d’Ô qui n’a rien d’érotique… Le principe qui a triomphé dans notre pays, celui de Descartes, c’est la complexité dans toute sa splendeur ou comment faire simple quand c’est tellement lucratif de faire compliqué. Ainsi le centralisme bureaucratique a décrété que la compétence eau/assainissement devait être centralisé avec une bureaucratie pléthorique incapable de remplacer la mémoire et la compétence locale. Bien entendu, avec un tel niveau d’incompétence il faut sous-traiter à des fontainiers qui sous-traitent à des opérateurs locaux qui sous-traitent à leur tour à des auto-entrepreneurs voire à des faux-nez des fontainiers. Les normes, les règles, les contrôles, les compétences font chaque jour la démonstration de leur inefficacité conjuguée avec des coûts exorbitants résultant de la multiplicité des intervenants. La frontière de la distribution de l’eau réputée potable c’est le compteur en amont c’est l’opérateur fontainier et en aval c’est au propriétaire raccordé. Dans ma commune le fontainier a décidé de supprimer la relève manuelle pour la remplacer par des compteurs « intelligents » ( défense de rire). Maître d’ouvrage il a procédé au remplacement avec ses propres intervenants, résultat plus de 50% des nouveaux compteurs comportaient des fuites importantes. Si la fuite était amont compteur vous n’aviez a subir que les conséquences néfastes de la fuite. Par contre si la fuite était coté usagé, aval compteur, en plus des dégâts vous aviez à régler la facture d’eau de la dite fuite. Des sommes « gastronomiques » totalement indigestes plusieurs milliers d’€ parfois étaient à régler sous la menace de coupure de l’eau! L’intervention étant à réaliser sur l’organe frontière vous étiez contraints d’attendre le bon vouloir de la société et pendant ce temps l’eau si précieuse est gaspillée… à vos frais. Les fameux compteurs intelligents qui sont en mesure de délivrer une alerte de fuite ( débit permanent 24/24h et 7/7 jour) n’étaient pas programmés pour cette fonction!!! La détection était donc réalisée par les particuliers. Les abonnés ont bien sûr protesté arguant de leur absence de responsabilité dans la réalisation des travaux qu’ils n’avaient pas demandés. La compagnie a décidé de leur faire un cadeau mirobolant, la déduction de la facture d’assainissement. Wouhaou ! ne pas facturer l’assainissement de l’eau qui s’est infiltrée dans le sol et a refusé d’aller à la station d’épuration. c’est trop de mansuétude mes « saigneurs »…
    Il est loin le temps du garde-champêtre et des employés communaux qui géraient si bien et à moins cher l’eau de la commune …
    Vive la complexité qui génère tant de bénéfices pour une eau de plus en plus suspecte et de plus en plus chère.
    Bonne journée

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