Les réseaux sociaux vont se parer de photos, toutes plus alléchantes les unes que les autres, postées par des amis qui ne vous veulent que du bien depuis leurs lieux de vacances forcément paradisiaques. Certains clichés sont sobres : les pieds en éventail sur une plage, un mojito dégoulinant de fraîcheur, un plat typique dans un restaurant ordinaire, des éléments des paysages urbains venus de l’autre bout de la planète, une plage de sable blanc avec mer bleu azur, un lac de montagne inaccessible au commun des marcheurs. D’autres éclaboussent de couchers de soleil sur des contrées inconnues, de blancheur immaculée de ports, des montagnes verdoyantes, de déserts infinis, de monuments exceptionnels ou des repas sophistiqués. On surfe au jour le jour ou presque, avec toutes ces images sur les vacances des autres sans bouger de chez soi. Le monde du dépaysement est à portée de posts.
Et vous qui êtes « demeuré » vous imaginez les bienfaits cette liberté prise avec les attaches du quotidien par le biais d’un choix mûrement réfléchi ! Il ne faut pas désespérer ou faire grise mine quand il est impossible de voyager dans l’espace car il existe une autre manière de quitter la réalité de cet été capricieux : celle du déplacement dans le temps. Si vous avez comme moi la passion des archives qui vous conduit à les entasser sans vraiment les ranger offrez vous un bain réel dans votre enfance estivale.
Certes pour le septuagénaire très « mûr » que je suis les « souvenirs » photographiques d’escapades familiales sont rares car il nous aurait fallu d’abord avoir l’idée de conserver des traces de ces moments et ensuite les « outils » pour le faire et enfin l’envie de les conserver! N’empêche que même s’ils sont peu nombreux ces photos vous permettent de redécouvrir l’émerveillement de ces mois où vous partiez à la découverte d’un monde plus ou moins lointain. Les moyens financiers de la famille en limitaient considérablement les frontières.
Il aura fallu bien des années avant que mes parents (et mon père notamment!) acceptent la notion même de congés. D’ailleurs, sauf si ma mémoire flanche, je ne les ai jamais vus accepter de partir qu’après 1960 plus de 15 jours par an et le reste qui leur était légalement dû ils le passaient à la maison entre travail libre sur la propriété et réponse aux administrés faisant semblant de ne pas savoir que la mairie n’était ouverte que quelques heures dans la semaine ! Mon peu d’appétence pour les vacances estivales se décline en fait en 3 clichés !
J’ai retrouvé une petite photo de l’une de ces journées servant de vacances où, grâce à la bienveillance de notre oncle Claude Normandin, nous allions avec sa DS 19 de boucher heureux, sur le Bassin d’Arcachon. Le bonheur absolu. Nous déjeunions au restaurant qu’il payait généreusement et nous avions l’impression d’appartenir aux privilégiés. Nous sommes sur ce cliché, avec mon frère Alain en slip de bain en laine tricoté serrée encadrant notre cousin Jean-Louis Normandin (1). Nous étions munis d’une épuisette neuve au manche en bois prolongé par un filet en demi-lune permettant d’attraper des crabes filant sur le sable mouillé ou nichés sous les algues à marée basse. Bien évidemment je ne ne savais pas nager.
Un dimanche où nous jouions sur un matelas pneumatique j’ai fait naître ma haine de l’eau de mer ! Le « radeau » artificiel chavira et je me retrouvai sous l’eau ! J’ai encore en mémoire la panique qui s’empara de moi durant les quelques secondes où j’eus la tête immergée. N’ayant pas pied en me débattant je finis par revenir à la surface et à me cramponner au support flottant. J’abhorre depuis de la plage … et plus encore la baignade qui ne me convient que jusqu’au niveau des cuisses. Ce cliché est le seul existant sur cette journée annuelle passée au Cap-Ferret où je n’ai jamais remis les pieds.
Je me trouve ridicule dans ce maillot de bain avec l’arme anti-crabes au pied. D’ailleurs ça se voit. Quand nous nous baignions dans un trou de l’eau fraîche du ruisseau La Pimpine ou que nous faisons des combats de corsaires juchés sur des radeaux confectionnés avec des planches de récupération et des chambres à air d’automobiles, je n’avais jamais eu la sensation d’être en danger car nous étions dans notre univers, celui que nous avions appris à apprivoiser. Durant tout l’été cette liberté d’enfants des champs, des bois, des étangs ou des cours d’eau n’existait plus dès que nous quittions notre environnement. Je l’ai encore en moi !
Le même sentiment me saisit lorsque je revois un autre cliché : celui où nous sommes tous les quatre, mes parents, mon frère et moi à… Lourdes ! La destination inéluctable pour une famille ayant des racines italiennes n’était pas la même que celle du bassin d’Arcachon mais le résultat était identique sauf que nous avions enfin le bonheur d’être autonomes. L’hôtel « Alsace et Lorraine » était le plus beau des palaces avec son ascenseur qui nous fascinait, les soirées de procession me paraissaient féeriques avec les bougies dans la nuit, les sorties en Dauphine dans le Tourmalet ou l’Aspin que je ne connaissais que par les reportages radiodiffusées du Tour de France, la visite des grottes de Medous ou la montée au Pic du Ger constituaient des moments de « riches » trop courts
Il reste le pire souvenir de de tous. Une photo de groupe. La colonie de vacances religieuse de Le Viger où nous fûmes expédiés pour prendre l’air de la montagne et conforter nos poumons pour l’hiver. Un cauchemar. Révolté, couvert d’impétigo, réfractaire aux us et coutumes imposés par les curés, privé de ma liberté, je fus « sermonné » par mes parents contraints de venir de Sadirac jusque dans les Pyrénées car ils avaient été convoqués par la direction et « priés » de me ramener chez nous. Je finis par accepter de finir la dernière semaine du séjour mais plus personne ne m’imposa quoi que ce soit ! Je fais une de ces gueules « d’enfer » sur le cliché souvenir qui en dit long sur mon appréciation de ce collectivisme religieux ! Les vacances en groupe ne me convienne guère depuis ! D’ailleurs depuis vingt ans je ne pars plus jamais en juillet et août.
(1) Jean-Louis a connu la terrible épreuve d’être otage au Liban de 86 à 88
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Moi non plus, je n’ai pas de souvenirs bien rutilants des vacances d’été.
À part quelques jours passés à Royan dans une location prêtée par des amis qui n’y avaient pas terminé leur « mois », parfois quelques séjours à la campagne où je n’avais pas le droit de franchir la porte non dument accompagné pour me promener dans le village, ou encore parfois invité par des amis dans leur propriété au bord de la Charente.
Là encore, il n’était pas question que je sorte jouer avec les voisins qui « gassouillaient » gaiement dans le fleuve (j’avais pourtant réussi de ma geôle à nouer avec eux des relations amicales), ni que je détache la « plate » dans la quelle j’avais cependant le droit de me promener à longueur de chaîne(vingt mètres en amont et en aval).
« Les enfants s’ennuient le dimanche » chantait alors Charles Trenet, pendant les vacances aussi.
Des périodes mornes occupées par les « devoirs de vacances » et parfois éclaircies par la lecture d’une « bibliothèque verte » dument camouflée, la lecture étant considérée comme une perte de temps.
Je voyais arriver la rentrée avec appréhension, certes, mais aussi avec un certain plaisir, les trajets aller retour au lycée(sur un itinéraire à respecter strictement sans fantaisie) étaient des moments de liberté et de partage avec mes camarades.
Étonnez vous s’il m’arrivait par hasard d’avoir « la bride sur le cou » que je devienne un abominable chahuteur incontrôlable .
Bonjour,
Ah ben ça alors! votre billet du jour fait remonter des souvenirs plein de nostalgie et comme chacun le sait la nostalgie n’est plus ce qu’elle était. Le souvenir des vacances chez mes grands-parents maternels remonte tout doucement.C’était une échappée dans ma jeunesse de « fils du vacher » qui bourdait les vaches avec son petit vélo et son drapeau rouge. Une parenthèse à cette douleur de l’exclusion et du mépris pour ce gamin » qui sentait la vache » pauvrement habillé avec peu d’amis.
Je retrouvais alors le confort de la maison neuve de ces petits commerçants, retraités depuis peu, l’eau courante chaude et froide, les wc à l’intérieur, la salle de bain, une chambre rien que pour moi et la télé au salon. Et aussi je retrouvais mes anciens copains du temps où le chômage et la faillite du petit commerce de maman ne nous avait pas contraints à un exil de 80km. Le luxe absolu de se baigner dans les étangs aux eaux douteuses et fraîches entre les pêcheurs qui maudissaient notre tapage. C’est là que j’ai appris à nager tout seul en barbotant pour faire comme les copains. Les grandes balades dans le bocage chouan dans ce village à la frontière de plusieurs régions ( Bretagne, Vendée, Anjou, Mayenne ) pas de vélo juste nos godasses. Et parfois durant mon séjour mes grands parents m’emmenaient à la piscine de saint Mars la jaille une expédition de moins de 30 km à l’arrière de la coccinelle fierté de mon grand-papa. Et puis après 2 à 3 semaines c’était le retour vers la réalité de mon quotidien … Mon regard s’embue en faisant revivre le souvenir de mes grands parents chéris qui parlaient entre eux le patois ch’timi mais seulement en privé par respect pour ceux qui les entouraient. Une éducation à l’ancienne pour eux qui vouvoyaient leurs parents et ponctuaient chaque moment sortant un peu de l’ordinaire de dictons ou de sentences hérités de leurs parents. La résilience et l’amour de ce couple hors du commun ayant connu deux guerres mondiales, entrepreneurs autodidactes ont été le phare de toute ma vie. Partis de rien, ils vivaient à leur mariage dans un garage en tôle en demi-lune partagé en deux avec mon arrière grand-mère dans ce Nord ravagé par la guerre de 14/18. Travaillant sans relâche, malgré la crise des années trente, le retour de la guerre en 39 économisant sou à sou, par précaution, ils étaient parvenus à une certaine aisance à leur retraite.
Beaucoup de nos concitoyens qui dépassent les années septante ont eu des anciens formidables de courage et d’abnégation, dommage leur goût de l’effort s’est estompé dans nos générations et les suivantes.
La nostalgie n’est plus ce qu’elle était puisque son sens originel a dévié. Ainsi à l’origine, la mélancolie est l’apanage de l’intellectuel, de l’être cultivé, un mal «noble». La nostalgie, en revanche, est clairement dès le début une maladie qui s’attaque au peuple (des soldats, souvent issus de paysans, des travailleurs migrants, des colons qui partent travailler la terre ailleurs et aussi des esclaves). Ce sont des catégories arrachées sous contrainte, avec cette idée de coupure définitive ou quasi définitive. Le chanteur Serge Reggiani a écrit une chanson intitulée Madame Nostalgie, dans lequel il s’adressait à elle : «Tu confonds, pauvre imbécile, l’amour et la géographie…». Au fil du temps, il y a eu tout un tas de tentatives pour clarifier cette notion. On pense aujourd’hui que la nostalgie est dans le temps ce que le mal du pays est dans l’espace.
« La nostalgie est une émotion qui assoit l’identité, donne un sentiment d’appartenance et même recentre le sujet. Elle a une fonction positive dans un monde en perte de repères » a écrit Thomas Dodman (histoire d’une émotion mortelle )
Nous avons aussi besoin de la nostalgie.
Bon repos de fin de semaine
̀Je n’ai pas la nostalgie de mon enfance et de ma jeunesse qui furent surtout faites de mauvais moments de solitude et d’enfermement, entrecoupés de rares éclairs, pas forcément de joie mais du plaisir du travail réalisé. Car faute d’y trouver quelque liberté ou de la joie, j’ai fuit très tôt la maison pour travailler, chez les maraîchers d’abord, puis en ville, vendeur en librairie pendant les vacances, mes meilleures vacances.
Ah!, le slip de bain en laine qui pendouillait lorsque nous sortions de l’eau. Et le maillot Tarzan!