You are currently viewing Les députés et les influenceurs : échanges en toc

Les députés et les influenceurs : échanges en toc

S’il fallait une illustration du décalage existant entre le monde politique et celui du monde parallèle des réseaux sociaux, elle a été fournie par l’audition en cours des « influenceurs » par une commission de l’Assemblée nationale. Désireux de s’enquérir des effets de TikTok sur les adolescents les députés avaient convoqué les plus célèbres fournisseurs de contenus discutables ou carrément dangereux Le résultat a démontré combien ces nouveaux gourous de la vie sociale se moquaient des états d’âme des représentants nationaux. Durant toutes les auditions, forts de leur « patrimoine » de centaines de milliers de suiveuses ou de suiveurs de leurs vidéos, ces animateurs de sites ont accumulé les provocations orales, les réponses dédaigneuses ou même le refus de répondre.

L’instance d’enquête qui n’avait pas fait le plein de ses membres n’a guère avancé sur l’un de ses objectifs : « examiner les risques liés à l’exposition des jeunes utilisateurs aux contenus dangereux et à l’addiction numérique sur la plateforme ». Les auditionnés se voient comme au-dessus de ces considérations avec un argument massue se résumant « nous n’obligeons personne à nous suivre, à nous soutenir et à nous aimer ». Les parlementaires sûrs d’eux et se voulant offensifs se sont heurtés à l’indifférence des « influenceurs ». Ce qu’ils produisent intéressent (et c’est le plus désespérant) et donc ils n’ont aucune responsabilité dans les dégâts causés.

Le la avait été donné par un certain Isac Mayembo plus connu sous le pseudonyme d’Alex Hitchen. L’ancien basketteur d ‘Antibes a en effet claqué la porte au nez du Président de la Commission coupant le lien de la visioconférence. Quelques minutes auparavant il jugeait TikTok « néfaste », car son format court permettait a-t-il déclaré, de « manipuler l’information » et il a accusé Arthur Delaporte de « tomber dans le piège », après que ce dernier a énuméré plusieurs propos sexistes de l’influenceur. 

« Vous avez pris dix secondes de mon propos, vous l’avez isolé, et vous venez de me le balancer à la gueule. C’est le problème de TikTok. » Le ton est monté jusqu’à ce que le député menace de couper le son de la visioconférence, le temps de poser sa question, choquant l’influenceur. Celui-ci est alors parti… Il sait bien qu’au plus niveau de l’État d’autres avant lui ont refusé de témoigner sous serment et que rien ne leur est arrivé ! Ce camouflet a permis de comprendre que les personnes convoquées n’avaient que peu d’estime pour ces politiques qui s’érigent en censeurs. Il s’en moque car il sait que son pouvoir est actuellement largement supérieur dans les faits à celui d’un occupant d’un siège au palais Bourbon.

Défilèrent ensuite « AD Laurent », « Nasdas », « Julien Tanti et son épouse femme Manoi. Des noms qui pèsent des millions de jeunes et de moins jeunes qui leur accordent leur confiance et qui ne savent même pas quel est le rôle d’un député. Ils devaient être questionné sur leurs contenus parfois « sexistes et violents » susceptibles d’influencer les plus faibles, comme c’est le cas pour AD Laurent et Alex Hitchens. Ils furent également questionné sur leur modèle économique, leurs relations para sociales parfois poussées à l’extrême, comme avec Nasdas. L’exposition de jeunes enfants sur les plateformes, une pratique courante pour le couple Tanti, a été également au cœur des débats. Ils furent tous mis en accusation pour un sujet ou autre mais rarement interpellés sur le support qu’ils utilisent et qui les diffuse.

A aucun moment, ces « créateurs de contenus » comme ils aiment à se qualifier ont témoigné d’une considération morale. « Ce qui fonctionne le mieux, c’est le contenu qui choque. Tout se base sur les premières secondes », assure Alex Hitchens. « Plus c’est cash, plus c’est clair, plus ça fonctionne. » Est-ce vraiment différent en politique ? « Je bosse avec une équipe surencadrée, c’est quand même un boulot que je fais, et je demande aux gens de respecter ma liberté de création artistique, » dénonce de son coté AD Laurent. Le couple Tanti cumule plus de 2 millions de suiveurs. La mari affirme regretter être considéré comme un influenceur: « Je ne me vois pas comme un influenceur, je fais de la télé-réalité. Je n’influence personne. » La commission n’a eu aucun impact. Eux ne font rien de mal et ce n’est pas de leur faute s’ils ont du succès. Mieux ils ne vivent pas de leurs publication sur TikTok mais de dérivés divers plus liucratifs.

D’ailleurs après plus d’une heure d’audition le célèbre Nasdas a lâché : . « J’aurais aimé qu’on parle plus de l’algorithme de Tiktok. Je m’étais préparé, a-t-il souligné mais apparemment ce sujet ne vous intéresse pas ». En fait face à ces vedettes, dans des questions trop longues et inutiles la majorité des membres de la commission a cherché à « briller » et à faire son numéro (souvent raté). Certains ne connaissaient absolument rien aux rites et au fonctionnement de la plateforme et leurs interlocuteurs étaient bien loin des états d’âme et des règles du milieu parlementaire. Résultat : un revue de deux mondes pas si éloignés l’un de l’autre que l’on peut le croire, dans l’utilisation des réseaux sociaux.

Ce champ est nécessaire.

En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Cet article a 8 commentaires

  1. J.J.

    Influenceur. Dès son apparition, le mot m’avait disons, choqué, intrigué défavorablement. Tout est d’ailleurs dans le mot. Quand j’entends le mot influenceur la lampe rouge du danger s’allume.

    Agir sur quelque chose ou quelqu’un en suscitant des modifications d’ordre matériel ou physique.
    Agir sur les dispositions psychiques, la volonté, le comportement de telle personne.
    Agir sur les opinions morales, intellectuelles, artistiques de telle personne ou sur ses modes d’expression.
    Influencé : -Qui subit ou a subi une influence (notamment morale ou intellectuelle).-
    Définitions données dans le TLFI : Trésor de la langue française informatisé.
    Je pense que tout est dit, il n’aurait jamais fallu laisser ces individus développer ce système pernicieux, au service d’organisations niant les valeurs sociales, prendre une place dans notre société.

  2. faconjf

    Bonjour,
    voici mis sur la place publique la déconnexion du « monde » politique avec la réalité d’une sous-réalité du monde virtuel. D’un coté de la table les tenants surpayés d’un monde qui n’existe pas et de l’autre coté les défenseurs d’un monde oui-oui pleurnichard qui s’engraissent de manière honteuse au frais de l’État . Aucune pudeur, aucun scrupule n’encombrent la salle totalement plongée dans un univers virtuel mortifère où les feux se braquent sur les RS ( Réseaux a-Sociaux) en oubliant volontairement le cœur du problème. Le problème , vu de la fenêtre d’un vieux c.n, c’est la société  » Jacques Martin » où tout le monde est beau et gentil et tout le monde gagne sans aucun effort. L’argent magique coule à flot dans l’univers feutré de nos chères têtes blondes, la foudre s’abat désormais sur le parent qui ose dire non à son rejeton infect, totalement ingrat et souvent violent à l’égard de ses géniteurs. L’enfer est promis au parent qui utilise le bon vieil électrochoc du pauvre ( coup de pied au cul) qui a fait ses preuves durant des millénaires. Nous assistons scotché dans nos certitudes au délitement de notre société par la « doltoïsation » de l’enfant roi que rien ne doit perturber dans sa vie. Ainsi la nounou télé a été remplacée par le smartphone de maman laissant à autrui la nécessaire éducation de sa propre descendance.
    L’enfant roi n’a plus aucun devoir seulement des droits, il passe son temps entre les RS et des jeux informatiques d’une violence insensée où l’hémoglobine coule à flots sur fond de musique décervelante ponctuée d’applaudissements à chaque exploit du joueur. La violence envahi les cerveaux dès le plus jeune âge détruisant les concepts moraux indispensables au vivre ensemble incluant le respect de la vie. L’enfermement volontaire des ados dans ces mondes virtuels où les pires horreurs sont effacées de l’écran avec le  » game over » mais imprègnent l’inconscient du joueur. L’aspect addictif de ces jeux ( du cirque) est ignoré par les parents et nombre de leurs enfants passent les précieuses heures de sommeil devant la lumière bleue des écrans.
    C’est cela la réalité, ignorée et méprisée par une classe politique qui se ridiculise en interdisant la vente des couteaux aux mineurs. Une mesure débile qui discrédite un gouvernement de nuls qui n’avait nul besoin de cela pour le démontrer encore et encore. Nos Z’élites qui ne mettent jamais les pieds dans leur cuisine puisque visiblement ils ignorent même où est le tiroir à couteaux. Un sinistre de l’intérieur qui explique comment contourner les portiques pour faire entrer les couteaux en céramique dans les enceintes protégées. Au concours Lépine de la connerie, nous tenons enfin un grand maître, bientôt il va nous faire un tuto pour confectionner des explosifs dans l’atelier de papa et un peu plus tard comment transformer un pistolet d’alarme en arme réelle et pourquoi pas la parfaite mallette du petit chimiste pour réaliser des amphétamines maison.
    Tous ces gens sont dangereux et totalement hors sol.
    Il faut arrêter de construire des autoroutes et se concentrer sur les hôpitaux psychiatriques.
    Bonne journée

    1. J.J.

      Bonjour faconjf. J’estime, peut être à tort que les « spécialistes »qui nient l’effet néfaste des jeux informatiques, qui en plus de la violence banalisent l’irresponsabilité sont de doux rêveurs(ou des imbéciles) .
      À propos d’électrochoc du pauvre, une de mes collègues nous racontait que le pédiatre qu’elle avait consulté à propos du comportement de son fils, et dont elle reconnaissait la pertinence, avait déclaré que :  » La thérapie du coup de pied au cul n’est pas à écarter à priori ».
      Je suppose que maintenant il serait poursuivi par le Conseil de l’Ordre saisi par des parents scandalisés par de tels propos.

      1. François

        Bonjour @J.J. !
        Concernant « l’électrochoc du pauvre », Patrick (voir ref.d’hier) avait aussi remarquer des effets très positifs de la podopostophilie (méthode du coup de pied au cul ). Il y voyait un effet suppositoire qui dégageait instantanément les méninges !
        C’était bien avant l’arrivée de la dernière vague ministérielle (le summum de la Création de Jupiter ): vous avez peut-être vu le débat récent auquel participaient la ministre de la ville Méadel (ENA !)et M. Robert Ménart, maire. Ce dernier invoquait les bienfaits de la paire de gifles appliquée à bon escient. Mme la ministre évaporée s’est emportée : » Pas de châtiment corporel ! ! » face à un Robert Ménart qui voyait là un retour de l’autorité abandonnée. Cette ministre a réitéré … avant de faire la gueule le reste du débat ! !
        Amicalement.

    2. François

      Bonjour @ faconjf !
      ENFIN ! ! UN qui se RÉVEILLE ! ! !
      Standing ovation pour vos propos réalistes …même si bien des lecteurs vont présenter des signes de gêne, … offusqués ! Comme pour « Danette », il faut tous se lever.
      Je suis toujours surpris quand, dans le lointain de la Silicon Valley, les ingénieurs, créateurs de ces merveilles de l’abêtissement qui, par l’addiction, gomment le discernement donc la réflexion, interdisent à leurs enfants (!) l’usage de ces petites boites … venimeuses:  » Bizarre … Bizarre… Bizarre, n’est-ce pas ?  » en paraphrasant la célèbre citation !
      Vous voulez peut-être d’autres preuves des dégâts des petites boites dangereuses ?
      -Faites une pause dans une grande rue (même les petites !) de votre bonne ville et observez la foule des trottoirs: nooon , pas d’appât sexy, mais 98 % des paires d’yeux rivées sur leur écran « manu-greffé » ! Attention aux obstacles !
      – Pépère, vous « circulez » en auto et approchez un passage clouté: attention à l’abruti.e du trottoir qui traverse sur sa lancée sidérale … sans regarder ! ! !
      Encore un grand bravo et continuez à parler-vrai ; ça nous fait beaucoup de bien ! !
      Solidairement

  3. J.J.

    J’ai pris longtemps le bus pour aller travailler, c’était un lieu convivial. Souvent, seul en tête de ligne, je discutais avec le chauffeur jusqu’à l’arrivée de passagers plus nombreux qui s’entretenaient avec leur voisin, nous finissions par tous pratiquement nous connaitre.
    Maintenant, quand je prends le bus (moyen le plus sûr et le plus pratique pour aller en ville), à de rares exceptions, c’est la petite boîte plate qui règne, sur laquelle on tapote en ignorant superbement les autres passagers.
    Je dois être un des seuls qui observe les fauves en cage.

  4. Alain.e

    Donc , si les gens sont à cran , ce serait à cause des écrans , je dois faire exception ,malgré un téléphone et une montre connectée , je suis plutôt zen .
    La violence est inhérente a l’ homme depuis toujours , combien de crimes , bagarres , harcèlements avant les écrans , combien de guerres …
    Certains utilisent le couteau au nom de leur dieu , d’ autres en cuisine …
    Les ados qui vrillent sont nombreux , c’ est une période difficile de la vie , ont se sent tout puissant et invulnérable .
    Les parents ne font pas le boulot éducatif , l’ usage des écrans ça doit être limité dans le temps , et d’ autres alternatives doivent être proposées .
    Le tik tok chinois ne produit pas du tout le même genre de contenu que le notre, ou le futile , l’ imbécile fait loi .
    La déliquescence est à tout les niveaux , bravo à Hugo Clément pour sa question à Macron sur le fait qu’ un ancien de ses ministre , bosse pour Shein , la chine , alors que lui critique la fast fashion .
    Il faut voir sa réaction , ces gens ne sont pas crédible .

    1. François

      Bonjour @Alain.e !
      Ce n’est point sur le blog de L’Instit’ que l’on peut ignorer que chaque règle comporte des exceptions ( voir Bled) ! Pour les écrans et montres connectées, je suis pire que vous car, ayant horreur des chaînes (à maillons !), je ne possède aucun de ces objets … et je VIS TRÈS BIEN: Merci ! Mes déplacements, que j’adore, sont libres dans la limite de la liberté des autres ! Seul, un petit APN me permet de prolonger mon rêve quand le retour s’annonce …et encore …! Égoïste ? Loin sans faut (! ! ) : 70 ans au service des autres et ça continue ! !
      Certes, pour le boulot éducatif, il y a une énorme défaillance des parents. Toutefois, l’éducation entraînant l’éducation (ici, on doit parler de mimétisme !), il faut aussi reconnaître (quitte à déplaire à mon épouse ! !) que ces « barbares » ne sont que les descendants des élèves d’après 1968 confortés par 1981 avec l’avènement progressif de l’enfant-roi et des jeux et écrans ! La frustration, le goût de l’effort qui construit la personnalité (effort scolaire, associatif, sportif et même religieux malgré les derniers événements qui sont malheureusement sociétaux ! !) et le RESPECT de TOUS et TOUT doivent réapparaître très vite avant le déclin toboggan !
      Pour le reste, relisez mes propos: vous y trouverez matière ! !
      Bonne soirée.
      Amicalement

Laisser un commentaire