You are currently viewing La vie associative aborde des turbulences inquiétantes

La vie associative aborde des turbulences inquiétantes

Dans la vie sociale, les associations tiennent un rôle irremplaçable. Elles constituent pour les plus modestes d’entre elles le seul vivier du lien social. Elles entretiennent souvent les valeurs républicaines en cherchant par l’action bénévole de celles et ceux qui y participent à maintenir une véritable liberté de choix, une possible égalité à des services qui restent « publics », un semblant de fraternité dans l’action. Elles essaient par tous les moyens dont elles disposent de résister aux changements des mentalités et aux attaques directes ou plus dissimulés venant d’un système politique ne connaissant que les équilibres budgétaires. Ce n’est pourtant pas que des problèmes financiers qui posent problèmes au fonctionnement des structures relevant de la loi 1901.

La pyramide dans laquelle elles se trouvent prisonnières étouffe en effet les plus fragiles. L’empilage de strates départementales, régionales, fédérales producteur de normes, de réglements complexes, d’exigences techniques, de déploiements de parapluie sécuritaire, d’exigences financières pénalise toujours plus les initiatives de la base. L’État ensevelit sous des contraintes toute la vie collective. Les collectivités locales y rajoutent les leurs. Et à l’arrivée prendre la moindre initiative relève de la marche sur un filin au-dessus du vide. Organiser le moindre concert, la moindre manifestation, le plus modeste moment de partage constitue un risque personnel pris par le bénévole.

Souvent le risque financier paralysait les actions associatives. En 2025 il y aura des effondrements spectaculaires avec la diminution ou même la suppression pure et simple des soutiens antérieurement accordés. La fameuse subvention appartient au passé à plus ou moins long terme. L’action associative n’étant pas considérée comme « obligatoire » dans la vie sociale, tout sera fait pour que la puissance publique se replie sur ses compétences obligatoires. Or le « lien social » n’appartient pas à cette catégorie définie par la loi. Dans cette période de débats d’orientations budgétaires il est aisé de constater que si elles ne sont pas proposées en diminution les aides apportées aux associations ne progressent pas comme l’inflation.

Les bénévoles gestionnaires se retrouvent donc pris entre l’enclume des frais qui augmentent en raison des obligations légales toujours plus pesantes et le marteau des services rendus à leurs adhérents. Le renoncement n’est pas encore une réalités massive car souvent il existait pour certaines structures des « matelas » constitués lors d’exercices antérieurs. Ça ne durera pas ! L’année 2026 verra de multiples « faillites » surtout pour celles qui ont des salariés mettant en œuvre les actions programmées en faveur du public intéressé. La fin de l’année en cours risque d’être difficile pour bien des entités agissant dans le domaine de la solidarité, de la culture ou de l’animation.

L’indifférence d’un monde centré sur les vidéos de leur téléphone mobile, les grands spectacles ou les multiples offres de la télévision achèvera ces secteurs considérés comme superflus. Le renouvellement des conseils municipaux tourneront autour de la sécurité (policiers, caméras…), de la mobilité, de l’urbanisme ou des déchets ménagers mais pas nécessairement autour des apprentissages sportifs ou artistiques, de l’éveil à la citoyenneté, de l’environnement. On se dirige tout droit vers un appauvrissement de l’offre pourtant essentielle des associations. Les conséquences seront immédiates : fracture sociale aggravée, confrontations communautaristes, montées de l’intolérance et fuite du bénévolat essentiellement porté par des retraités.

Au lieu de défendre et de protéger cette richesse extraordinaire que représente seulement en France le 1,3 million d’associations loi 1901, il est subrepticement envisagé de les intégrer pour nombre d’entre elles au secteur marchand. Elles ne paient pas la TVA. Elles concurrencent des entreprises privées ou des auto-entrepreneurs pouvant rendre le même service. Elles agissent dans des domaines parfois jugés comme des contre-pouvoir agaçants ou « dangereux ». Dans le secteur de l’économie sociale et solidaire elles sont 170 000 mettant en évidence que la troisième voie, celle qui ne repose ni sur le profit, ni sur la « fonctionnarisation » des activités offre des atouts solides et efficaces.

Le bénévolat gestionnaire dans la durée s’amenuise. L’allongement de la période d’activité professionnelle risque de raréfier les vocations. Les attaques sur les retraités (suppression de la décote de 10% de leurs revenus) diminueront leur engagement et leur contribution à la vie collective. Tous ces constats seront ceux de 2026…

Ce champ est nécessaire.

En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Cet article a 2 commentaires

  1. Vincent FELD

    Triste comme toi Jean-Marie de voir que ce modèle qui répond à un besoin de lien social, est mis à mal, saccagé à la tronçonneuse par des politiques publiques qui n’ont aucune vision à long terme. La baisse des dotations aux collectivités qui va avoir un impact immédiat sur les finances associatives ; les suppressions demandées d’instances consultatives garantes d’un dialogue entre structures (fin demandée des CRESS, de ESS France, des CESER…) ; toutes ces actions sont absolument contre-productives et vont à l’encontre des besoins des habitants.
    Pourtant le modèle associatif répond réellement à une nécessité de faire ensemble sur les territoires. Aujourd’hui, comme chaque jour de l’année, 200 associations seront créées. Cela montre l’intérêt de ce modèle. Les associations pèsent 5% du PIB national, 10% des emplois salariés… De plus en plus de jeunes sont bénévoles dans une association (25% des 15-34 ans soit autant que les plus de 65 ans).
    Faire grimper les peurs pour entrer dans une économie de guerre ne semble pas poser de problème (ni financier ni de conscience). Alors que faire nation, c’est avant tout le vivre ensemble et se donner les moyens de consolider et développer toutes les actions de terrain portées notamment par nos associations.

  2. faconjf

    Bonjour,
    Triste perspective pour les assoces matraquées par des politiques déconnectés des réalités du quotidien, méprisées par les grands mamamouchis qui croient gouverner, jetées à la vindicte populaire par des merdias avides de tirage et de clics vengeurs, étranglées par les directives de l’U€ visant sans relâche le libéralisme de la concurrence libre et non faussée, corsetées par les autorités préfectorales, sacrifiées sur l’autel des restrictions budgétaires et pour finir dénigrées par les  » usagés » inconscients qu’ils sont du découragement que provoquent leurs propos fielleux.
    Oui la volonté des sphères d’influences c’est de voir disparaître ces îlots de résistance. Ces gueux qui se rassemblent en faisant fonctionner une économie parallèle, mais quelle horreur !! Un énorme gâteau dont les vautours du libéralisme sont écartés, mais quelle aberration !! Un gisement d’emplois rémunérés occupé par des bénévoles qui travaillent en échange d’un merci ou d’un sourire, mais il faut que cela cesse !! Et en plus tout ces va-nu-pieds se rassemblent et parfois défient l’autorité en place et pire que tout l’ordre économique!! Au diable ces contestataires qui par leurs actes et leurs paroles démontrent chaque jour que l’humain peut améliorer la qualité de vie, secourir les personnes en détresse financière, morale, isolées,oubliées, laminées par le système fou de l’individualisme et de la jalousie.
    L’épisode des GJ a effrayé les tenants du pouvoir, pensez donc des gueux qui se rassemblent sur la voie publique endossant la chasuble fluo couleur du soleil pour discuter d’un système à bout de souffle. Des moins que rien qui s’emparent de LEURS problèmes et échafaudent des stratégies pour mettre en échec les pouvoirs absolus. La réponse a été à la hauteur de l’enjeu, discrédit et violences se sont déchaînées, puis quand les choses ont échappé à l’autorité traditionnelle une caricature de concertation manipulée. Un saupoudrage de mesures populistes pour éteindre la contestation, sans rien résoudre sur le fond, le quoiqu’il en coûte était né. Au fond, la classe dirigeante se contrefout des conséquences puisque au bout du bout ce sont les gueux qui payent … L’objectif suprême c’est de faire durer un système épuisé pour enrichir toujours les mêmes.
    Détruire tout lien social, reste le moyen ultime pour pérenniser le tout pour les plus riches qui peuvent tout acheter, tout pourrir, tout polluer …
    Le bénévolat est un trésor qui enrichi les plus pauvres en leur permettant de franchir les portes cadenassées du vivre ensemble. Laisserons nous les puissants nous dépouiller sans rien dire ?
    « Pareillement les tyrans, plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur baille, plus on les sert, de tant plus ils se fortifient et deviennent toujours plus forts et plus frais pour anéantir et détruire tout ; et si on ne leur baille rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits et ne sont plus rien, sinon que comme la racine, n’ayant plus d’humeur ou aliment, la branche devient sèche et morte. » extrait du Discours de la servitude volontaire ou le Contr’un ouvrage rédigé par Étienne de La Boétie. Publié en latin, par fragments en 1574, puis intégralement en français en 1576, il a été écrit par La Boétie probablement à l’âge de 16 ou 18 ans. *
    Dommage que l’enseignement des philosophes soit abandonné.
    Bonne journée
    * « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ». cette citation attribuée à La Boétie, n’est semble-t-il pas de lui. En réalité, elle provient de Pierre Victurnien Vergniaud, célèbre avocat, homme politique et révolutionnaire français.

Laisser un commentaire