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Les vies parallèles des autoroutes

Le long ruban noir de l’autoroute reliant Paris à Bordeaux paraît interminable en cet après-midi où se préparent des records de température. Un espace réduit où l’on retrouve toutes les facettes de la vraie vie sociale actuelle. Au fil des kilomètres il est aisé de vérifier les composantes d’une indiscutable mutation tant le trafic diversifié a évolué. La seule constante des utilisateurs reste la vitesse, obsession d’une époque où le temps prend une importance démesurée.

Pour le camionneur qui file plein pot vers le sud pour rentrer chez lui ou pour le vacancier qui rêve de récupérer quelques minutes d’évasion supplémentaire le périple ne souffre pas le moindre retard. Tout le monde tire le maximum des possibilités de son véhicule en tentant de ne pas se mettre hors des limites légales. Les poids de plus en plus lourds roulent en convoi avec des permutations dans l’ordre de conduite afin de profiter de l’aspiration pour économiser des consommations colossales de carburant. Les autres roulent sur le seconde file avec la même tendance à constituer des lignes d’automobiles très proches les unes que les autres. Gare aux « impudents » qui ne se rangent pas assez vite, ils se sentiront vite considérés comme des gêneurs devant dégager la piste aux étoiles de la conduite !

Même s’il n’y a plus de lutte des classes il y a bel et bien une conduite de classe. De puissantes berlines dont il est aisée de deviner la marque ne se préoccupent guère des pépères qui cherchent à rester dans les clous de la limitation à 130. Eux ils tracent. Eux ils ont le sentiment de cette toute puissance que donne la bagnole qui en a sous le capot. Eux possèdent les détecteurs utiles à ralentir au bon moment. Sur cette autoroute l’appel du soleil ne souffre pas que des lambins ralentissent sa satisfaction. Il n’est pas question de ne pas utiliser les capacités des engins que l’on a payés plein pot. Deux d’entre eux étaient immatriculés en Ukraine… ce qui a de quoi ouvrir quelques supputations.

Faute de constater que la mondialisation ne roule pas sur les chaussées françaises l’internationalisation du transport routier occupe une place croissante. Le plus difficile reste en effet de détecter une plaque minéralogique portant le « F » national. A peine selon les statistiques faites en conduisant un camion sur une dizaine de ceux qui empruntent cet axe est immatriculé en France. Un continuel trafic de transit nord-sud emprunte les chaussées de Vinci. Le trafic des poids lourds n’a pas augmenté globalement mais  leur aux frontières a sensiblement augmenté. A Hendaye par exemple le trafic journalier de PL est passé de 8 600 à 9 600 véhicules en 10 ans. La vraie différence repose sur leurs origines.

6,4 millions d’utilitaires et de camions circulent dans l’Union européenne. La Pologne arrive en tête avec un parc de 1,2 millions de véhicules, devançant ainsi l’Allemagne (964 696) et l’Italie (960 284). Le parc français atteint les 616 467 utilitaires et poids lourds. Il faut surveiller de près la Roumanie qui a enregistré un bond de 26% en un an de son parc Véhicules Industriels. La hausse est plus importante en 4 ans. Le pays est passé de 281 708 en 2017 à 437 267 véhicules sur ce segment. 714 008 bus sont en service dans l’Union européenne, dont près de la moitié dans trois pays : la Pologne (126 547), l’Italie (100 199) et la France (94 523). Pour la main d’oeuvre l’UE suit le même chemin.

Des chauffeurs recrutés en Europe de l’Est conduisent des poids lourds en Europe occidentale pour un salaire horaire d’à peine 1,70 €, devant dormir toutes les nuits dans la cabine de leur camion pendant parfois huit mois d’affilée et se laver et cuisiner sur des parkings sans toilettes dignes de ce nom, et se voient remettre de faux papiers pour échapper aux contrôles. Tout cela alors qu’ils transportent les marchandises de certaines des multinationales les plus renommées et les plus riches au monde.

Les grandes entreprises de transport ont créé des filiales dans certains pays européens et font conduire leurs poids lourds en continu sur les routes ou autoroutes françaises en changeant parfois de chauffeur sur les longs trajets. Ils restent des mois sans rentrer chez eux enchaînant les heures de conduite puisque les législations changent d’un pays à l’autre. Ils mangent et dorment dans leur véhicule. sous contrat d’un pays de l’Europe de l’Est, alors qu’ils conduisent exclusivement en Europe occidentale, ces hommes reçoivent des salaires en vigueur chez eux au nom du principe de libre circulation des travailleurs au sein de l’UE.

Sur l’autoroute hier en doublant ces poids lourds je n’ai pu m’empêcher de penser à ces mondes qui roulent en parallèle et qui s’ignorent. C’est ainsi sur les autoroutes de la vie ordinaire. A chacun sa file où il est essentiel de passer devant l’autre.

Cet article a 4 commentaires

  1. J.J.

    Cette route nous donne une image d’un microcosme (tout relatif) du macrocosme mondial. On y trouve toutes les criantes différences sociales qui se sont instaurées dans l’espèce humaine depuis la fin du paléolithique. Exemple d’une désolante actualité, la situation difficile et délicate des Restos du Cœur qui, dans uns société juste et égalitaire n’auraient pas lieu d’exister.
    L’esclavage, que les livres d’histoire cantonnent à l’antiquité ou à sa résurgence visible avec la traite négrière, a toujours cours sous diverses variantes.
    Quant aux chrétiens qui, parmi leurs arguments de propagande, vantent les effets de leur religion qui aurait éradiqué l’esclavage, ils peuvent toujours le croire, la réalité dément malheureusement leurs assertions (comme beaucoup d’autres).

  2. Ménière Jean-Marie

    « Savoir regarder les choses de la vie, par des références immédiates à l’intelligence, au bien, au beau, à la vérité, à la foi. Enrichir sans complexe et fortifier le présent par l’enracinement dans l’Histoire. Comment avons-nous permis que la « culture du déchet (humain) », dans laquelle des millions d’hommes et de femmes ne valent rien face aux bénéfices économiques, domine nos vies ? Cessons de rendre invisibles ceux qui sont en marge de la société, que ce soit pour des raisons de pauvreté, de dépendance, de maladie mentale ou de handicap ! » François 1er pape.

    1. J.J.

      Ce pape m’étonnera toujours(favorablement) !

  3. JAF FACON

    Bonjour,
     » Ils restent des mois sans rentrer chez eux enchaînant les heures de conduite puisque les législations changent d’un pays à l’autre. Ils mangent et dorment dans leur véhicule. sous contrat d’un pays de l’Europe de l’Est, alors qu’ils conduisent exclusivement en Europe occidentale, ces hommes reçoivent des salaires en vigueur chez eux au nom du principe de libre circulation des travailleurs au sein de l’UE. »
    Vive l’UE ( RSS ) avec sa concurrence libre et non faussée.
    La famille de Bernard Arnaud donne 10 millions aux restos du cœur .Victimes de l’inflation et à la chute des dons après la suppression de ISF. Cette année, Bernard Arnault, le nouvel homme le plus riche du monde, a vu son patrimoine augmenter de 27 milliards d’euros. Soit 75 millions d’euros par jour. 50 000 euros par minute ! Vous imaginez ? Votre salaire annuel gagné en… une petite minute. 860 euros par seconde !
    Ce généreux don représente moins de 3h et demie de son revenu annuel … Le mystère plane toujours sur l’économie “ISF” de Bernard sans doute depuis 2017 de nombreuses fois plus que ce don prodigieux. L’enquête sur les « Paradise Papers » publiée par Le Monde et par une centaine de médias partenaires, en novembre 2017, a également montré que le patron français avait en partie placé sa fortune dans des paradis fiscaux.
    La question suivante est combien de déduction fiscale ce don va générer pour la famille Arnault ? Sachant que cette réduction sera financée avec nos impôts!
    Vive l’UE (RSS) qui maintient ouverte l’autoroute qui mène aux paradis fiscaux internes à la même UE ( Hollande, Luxembourg, Irlande …).
    Vive l’UE (RSS) qui vient de couper l’autoroute de la libre expression sur les réseaux sociaux. Depuis le 25 août, un règlement du Parlement européen et du Conseil est désormais applicable à l’ensemble de l’Union. Composé de 82 articles et de 155 considérants, ce texte interminable et particulièrement confus ne poursuit en fait qu’un seul objectif, celui de doter les institutions des pays de l’UE d’un pouvoir de censure a priori sur les réseaux sociaux.
    Thierry Breton a d’ailleurs annoncé la couleur lors d’une interview télévisée expliquant clairement sa volonté de criminaliser, certes, les « contenus haineux », mais aussi et surtout « les appels à la révolte ».
    Il était plus que temps de réintroduire la loi “ AVIA” ( votée par les LR + Mac-ronnistes) annulée par le conseil constitutionnel. Heureusement le non-élu Thierry Breton à réussi en passant par la bretelle UE à contourner le bouchon démocratique.
    Et voila enfin que la première loi anti-GJ va franchir la barrière de l’autoroute sous vos applaudissements.
    L’objectif est bel et bien d’étouffer les appels à la révolte que certains gueux pourraient formuler sur les réseaux sociaux, mais chuttt! ne le répétez pas ça pourrait réveiller les députés Européens.

    bonne journée (Commentaire envoyé par JT Faconon)

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