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L’inquiétante déviance associative

La vie associative demeure extrêmement fragile. Elle n’a pas besoin d’être sabotée pour s’effondrer tant elle repose sur la sincérité des engagements. La valeur essentielle de son fonctionnement reste la confiance, la solidarité et la participation effective à le mesure de ses moyens aux objectifs fixés par les statuts. Depuis quelques temps, la raréfaction du bénévole dirigeant ne permet plus de maintenir un niveau d’exigence dans l’engagement. Les « petites » structures Loi 1901 tentent souvent de survivre avec des piliers qui se comptent sur les doigts alors que le problème des plus fournies devient celui des appétits que provoquent les moyens dont elles disposent.

Les responsables politiques veillent de plus en plus au contrôle indirect de ces associations dispensatrices de services ou compensatrices des défaillances de l’État ou des collectivités locales. D’abord car ils en ont de plus en plus besoin dans la société perdant peu à peu ses repères habituels en matières d’organismes publics et ensuite pour pouvoir diminuer grâce à l’action bénévole le coût de ce qui est proposé. Jamais le bénévolat sincère et actif n’a été autant nécessaire. Les récentes études prétendent qu’il n’y a pas de crise mais que les engagements ont évolué. Ils deviennent beaucoup plus ponctuels, occasionnels, événementiels mais plus sur une responsabilité directe sur la durée. C’est dans ce domaine que la bât blesse.

Les données sur le bénévolat doivent être interprétées avec beaucoup de prudence, comme le souligne l’auteur de l’enquête du Centre de recherche sur les associations : « Peut-on appeler du même nom de bénévole le participant qui donne cinq heures par an, très ponctuellement, et celui qui consacre cinq heures par semaine pendant toute l’année à ses activités volontaires non rémunérées ? ».  L’activité bénévole reflète en effet des investissements très différents : 52 % des personnes déclarent ainsi une participation « occasionnelle » dans l’enquête du Centre de recherche sur les associations.

La durée moyenne effectuée par un bénévole est d’une centaine d’heures par an, mais la moitié des bénévoles s’investissent moins de 45 heures. Un tiers des bénévoles réalisent près des 80 % de l’ensemble du travail bénévole, souligne l’étude. Les jeunes s’investissent pour défendre des « causes » mais ne souhaitent pas se passionner pour la gestion. Souvent c’est l’affaire des « retraités » ayant eu la possibilité de partir à 60 ou 62 ans !

Malgré les apparences la vie associative travers une crise que peu d’analyses ont mis en lumière. Devant la pression mise par une Europe ne reconnaissant pas le statut Loi 1901 à la Française, les contraintes (concurrence faussée car il y a souvent intervention de soutien public) sur la marche de la vie associative deviennent lourdes. La chasse aux structures ayant «  un intérêt général économique » plus ou moins avéré a été entamée par l’administration fiscale. Dans cette situation la gestion se complique et donc les « administratifs » ont pris le contrôle de l’association qui les emploie. Il n’y aura bientôt plus de dimension « politique » réelle puisque la techno-structure a pris le pouvoir.

De plus en plus la retraite venue, bon nombre d’anciens cadres ou employés deviennent dirigeants pour apporter « leur expertise ». Les « bénévoles » ravis cèdent volontiers la place en affirmant qu’ils ont accompli leur mission et s’affichent heureux de pouvoir se décharger sur des « personnes compétentes ». Cette déviation de l’action collective ne préoccupe pas grand monde sauf que l’état d’esprit de bien des associations s’en trouvent modifié. Les manipulations soutenues par des comportements prédateurs sont aisées.

On augmente discrètement le nombre des adhérents permettant de tailler un conseil d’administration conforme aux volontés de récupération, un pilotage discret des candidatures potentielles et ainsi s’assurer d’une majorité conforme aux souhaits des responsables gestionnaires, un pseudo-langage sur les valeurs indispensables à la survie de l’asso et une promesse d’amélioration du sort de quelques « bénévoles » soucieux de leur image et le tour est joué. Rien de pire pour moi que la main-mise des techniciens sur ce qui doit rester du niveau des choix politiques.

Le système politique a depuis longtemps franchi ces barrières de la séparation entre les rôles. On ne sait plus dans bien des cas qui est le plus puissant de l’élu et de l’administratif. Ce dernier doit toujours rester au service des orientations politiques. La vie associative en prend le chemin dans bien des domaines (sport, culture, social, environnement…) et la citoyenneté agissante effective se délite chaque jour davantage avec des justifications plus ou moins hasardeuse. Le danger pour l’esprit et la lettre de la Loi 1901 s’affirme. Pour ma part je trouve cette situation intolérable et j’ai démissionné d’une association dans laquelle le constat de ce mix politico-administratif me paraissait bien loin des finalités et des valeurs énoncées lors de mon admission.  C’est un dévoiement inadmissible pour moi de l’action désintéressée. 

Cette publication a un commentaire

  1. Vincent FELD

    « On ne sait plus dans bien des cas qui est le plus puissant de l’élu et de l’administratif »… cette très juste analyse peut également pour moi, s’appliquer aux Collectivités territoriales… notamment le plus grosses (comme un département par exemple 😉 où les techniciens tiennent souvent un rôle qui doit revenir aux politiques.
    Ton analyse de l’évolution de la vie associative, je la partage en partie.
    Il faut pour moi distinguer les grosses associations des petites. Et notamment dans le secteur médico-social, la volonté politique des ARS et départements est de regrouper les structures (je ne veux voir qu’une seule tête!) et donc de favoriser la création de mastodontes purement « gestionnaires » et dont le projet politique initial est dilué dans la masse et la nécessité de survie. J’en veux pour preuve l’AGREA à Créon, dont j’ai été 15 ans trésorier, et qui vient d’être absorbé, sous la forte pression de l’ARS, par un mastodonte du territoire… Bien que gérant 2 ITEP, 4 SESSAD, 80 salariés, cette association locale, historique sur le territoire n’a pas fait le poids face aux exigences des financeurs, trop petit ! Alors, cette technicisation de la gestion associative devient une obligation face aux politiques publiques mises en place.
    Il est également vrai que l’association « militante » devient une exception dans ce nouveau paysage qui se dessine et je le regrette avec toi.
    Mais je redis ce que j’ai mis en commentaire dans ton post d’hier, je reste invariablement optimiste quand je vois l’engagement actuel de la jeunesse dans la vie associative. Certes, ce n’est pas un engagement au long cours, mais c’est aux associations de s’adapter et de faire toute leur place à ces jeunes avides d’engagement…

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