Vous consultez actuellement La fracture culturelle territoriale s’élargit de jour en jour

La fracture culturelle territoriale s’élargit de jour en jour

La perte d’identité des villages s’accentue inexorablement. Faute de lien social réel le mépris plus ou moins affirmé des initiatives de proximité conduit à oublier l’utilité du partage sur des territoires où l’isolement fait des ravages. La fermeture des bars, la disparition des fameuses fêtes locales dans les salles champêtres, les clivages sociaux et générationnels, les difficultés financières ou la raréfaction du bénévolat sont particulièrement sensibles en milieu rural. La vie associative s’étiole avant de mourir dans l’indifférence générale.

La crise démographique conduira aussi à la fermeture des écoles dans des communes ayant pourtant des tailles raisonnables. La constitution de Regroupement pédagogique intercommunaux avait permis de sauver quelques classes outils indispensables d’intégration des populations. En effet souvent autour de la « communale » se fédère des énergies nouvelles. Enfin c’était le cas puisque on sent bien que la motivation pour l’organisation de manifestations dédiées aux enfants ou aux parents disparaît. Dans quelques jours aura lieu l’élection des représentants des familles au sein des conseils d’école et il est de plus en plus courant qu’il n’y ait plus assez de candidates ou de candidats. Un signe de la chute de la citoyenneté.

La baisse du pouvoir d’achat liée au coût de l’énergie génère un repli sur la maison. En fait l’autarcie que l’on pense culturelle se renforce. On consomme de l’écran, des rencontres en cercles restreints, des loisirs « artificiels » et déshumanisés oblitérant le contact humain. Cette tendance fragilise toutes les propositions de divertissement dans le cadre local. Il faut vraiment un goût du risque pour proposer un rendez-vous nécessitant un budget conséquent. Les concerts, les spectacles vivants ne trouvent plus un public suffisant pour « couvrir les frais ». Et encore souvent les artistes à la recherche d’organisateurs motivés acceptent de diminuer leur cachet.

Cette stérilisation de la vie collective se ressent fortement dans les votes. L’imprégnation via les télés seules intrusions extérieures avec les réseaux sociaux dans les zones rurales se retrouve dans les urnes. Cnews réalise ses meilleurs audiences dans trois régions françaises selon une enquête publiée le 1er octobre 2023 : Auvergne-Rhône-Alpes ; Provence-Alpes-Côte d’Azur et Grand Est. L’essentiel des suiveurs se trouvent dans les campagnes. Dans les Hauts-de-France, si l’on parle du temps moyen passé devant la télévision par personne : le classement publié par TV.fr place cette région en tête, avec 4 h 12 par jour, contre par exemple 3 h 32 en Île-de-France. Il serait intéressant de superposer les votes RN et ces statistiques affinées.

La fracture culturelle s’élargit aussi dans le secteur des apprentissages. Les écoles de musique et de tous les arts n’existent quasiment pas ou dans un périmètre nécessitant des déplacements onéreux. Les tarifs sont également beaucoup plus élevés. Pour les enfants eux-mêmes, une étude de la DREES publiée en 2021 montre que les moins de 18 ans vivant en milieu rural sont plus éloignés des équipements culturels. L’aménagement Peillon des rythmes scolaires avait le mérite de tenter d’ouvrir des possibilités de découverte qui n’existent plus maintenant consacrant une flagrante inégalité territoriale et sociale. On en mesurera les conséquences dans la décennie qui s’ouvre. Elles ont cependant déjà un impact.

En attendant certaines collectivités tentent des initiatives intéressantes avec des cafés associatifs en autogestion ouverts un ou deux soirs par semaine. Il ne faut pas oublier que durant le siècle précédant les « cercles ouvriers » ont été ces creusets d’une vie locale organisée, ouverte et porteuse d’initiatives d’intérêt général. Ils se développent dans le Sud-Ouest et notamment dans les Landes et le Sud-Gironde au XIXᵉ siècle avec l’essor de la forêt de pins et des métiers qui l’entourent : gemmeurs, bûcherons, ouvriers des scieries… Ils constituent encore des lieux de rencontre et de sociabilité populaire.

Bon nombre d’entre eux s’inscrivent toujours dans une tradition républicaine et laïque. On trouve souvent des noms révélateurs comme Cercle de l’Union, des Travailleurs, de la Fraternité ou des Citoyens. Aujourd’hui, ils accueillent des concerts, repas et activités culturelles. Beaucoup sont gérées par des bénévoles ou par une personne intéressée au chiffre d’affaires. Encore une fois il faudrait développer ces initiatives et conforter celles qui existent. Souvent il reste des points d’ancrage d’une vraie citoyenneté agissante. Ce n’est pas dans l’air du temps. Et ce n’est pas prêt de l’être car l’élection présidentielle ne se jouera pas sur l’accès à la culture ou le maintien du lien social.

Ce champ est nécessaire.

En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire