Que reste-t-il d’une scolarité dans nos mémoires ? La question posée aux « boomers » serait très contrastée entre ceux qui ont réussi grâce à l’école à prendre l’ascenseur social et les autres laissés au rez-de-chaussée si ce n’est à la cave. En tous cas nous avions (car j’appartiens à cette génération) des moments privilégiés avec un instituteur ou une institutrice ayant officié face à nous. En zone rurale, les couples d’enseignants envoyés en mission ont souvent forgé l’âme des villages. Dans les bâtiments « mairie-école » symbole de la renaissance de la République la fusion éducation gestion locale était total. L’instit « secrétaire-de-mairie » qui jusque dans les années 70 a participé à la vie sociale et citoyenne locale n’est plus imaginable à notre époque.
Sortis du « moule » des monastères laïques qu’étaient les Écoles Normales ils ne possédaient pas nécessairement un bagage universitaire mais on peut s’interroger sur le niveau réel de cette exigence actuelle par rapport à la leur. Leur ambition était de prendre en compte la totalité des enfants qui leur étaient confiés pour les emmener au destin d’adulte le plus haut possible. Le Certificat de fin d’études primaires appartenait aux objectifs de ces maîtres lucides sur les capacités de leurs ouailles.
Compte-tenu du nombre réduit des départs vers les classes de sixième du lycée urbain ou vers celles plus tard des Cours complémentaires ou des Collèges d’enseignement général, il consacrait la majorité de leurs efforts à ceux qui restaient. Le Certif’ représentait vraiment une référence des connaissances essentielles et il finit par ouvrir l’intégration des meilleurs éléments en classe de cinquième. L’effort constituait la clé de la réussite. Issus la plupart du temps des « classes » populaires ces fonctionnaires à qui les notables locaux ont longtemps reproché d’être progressistes ou seulement républicain avaient une envie de redonner aux autres ce que l’école leur avait donné.
Quel souvenir en garde-t-on ? Je ne le sais pas vraiment. Probablement pas des faits précis sauf s’ils sont douloureux (punitions, sentiment de rejet, impossibilité à s’intégrer) mais une imprégnation quotidienne de principes qui étaient ceux de la vie d’interne à l’École Normale. Je demeure persuadé que le « régime strict et un tantinet provocateur » des cadres de l’EN était destiné à forger une esprit de corps, de résistance, de solidarité. Il se retrouvait sur le terrain et il demeure des décennies plus tard. C’est probablement l’une des raisons principales de la disparition de ce creuset d’une formation avant tout concrète et pratique.
Lorsque j’ai croisé sur les chemins de la vie publique des normaliens engagés dans l’action j’ai vite mesuré les points communs qui avaient traversé les promotions. Inutile de se parler longtemps car les raisonnements étaient les mêmes. La notion de transmission de valeurs était omniprésente. Elle passait avant toutes les autres. C’était ce qui dominait tout le reste et conditionnait la pédagogie. Un engagement constant dans et hors l’école contribuait à installer leur légitimité dans des communes où la vie sociale n’était jamais très développée. Ils parvenaient à mettre « l’école au centre du village » parfois en rivalité (mais c’est aussi du folklore) avec l’église.
J’ai toujours eu envie qu’une étude soit faite sur une classe de cours moyen 2 de ces années-là par un sociologue. Elle évoluerait l’impact de l’école sur les parcours de vie de ce qui sont à la retraite. Elle mesurerait le lien entre leur parcours professionnel et les méthodes employées à l’école. On serait au-delà des « souvenirs » mais ce travail permettrait de dialoguer sur le système scolaire actuel. J’affirme que ce n’était probablement pas mieux avant mais je voudrais en avoir la certitude.
Est-ce vraiment une question de calendrier scolaire ? Est-ce seulement une carence en moyens matériels ? Doit-on revoir les programmes pour la énième fois ? Les salaires des enseignants agissent-ils défavorablement sur le fonctionnement des écoles ? Doit-on mettre en cause la qualité des locaux ? La gouvernance générale du système doit-elle être remise en cause ? Quelles seront les conséquences de la baisse démographique qui s’annonce autres que statistiques ? Autant de questions qui agitent les différentes composantes de la communauté éducative à tous les niveaux.
On ne saurait vivre avec seulement des souvenirs. Et pourtant ils permettent souvent de survivre dans un monde où les repères ressemblent au sort des traces de pas sur une plage à marée montante. Je pense souvent à la lettre qu’Albert Camus avait adressée lors de l’attribution qui lui fut faite du Prix Nobel à son instituteur. Le résumé d’une vie professionnelle réussie comme je le souhaite pour n’importe quel enseignant de la période actuelle. Pour l’instant on est aux coups de carabine et de couteaux !
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Un engagement constant dans et hors l’école contribuait à installer leur légitimité dans des communes où la vie sociale n’était jamais très développée.
J’ai eu la chance de vivre quelques années cette possibilité d’engagement dans divers domaines, que ce soit la coopération avec les organisation locales qui organisaient une vie sociale dans les communes en offrant fêtes et divertissements, la collaboration avec diverses structures : Fédération des Œuvres Laïques, Francas, Donneurs de sang, Croix Rouge, Service de l’Inventaire du Ministère de la Culture, et j’en passe (tout ce qui touche aux charges que pouvait avoir un instit de campagne en plus de ses fonctions pédagogiques). Et mes élèves ont malgré tout passé plus ou moins brillamment, selon leurs capacités, leur « Certif », ou sont entrés en sixième.
Evidemment l’exode rural qui a été aussi celui des enseignants m’a privé d’une bonne partie de ces activités et j’ai du m’orienter et m’adapter vers d’autres centres d’intérêt, avec toujours le même esprit acquis dans ce que tu appelles un « séminaire laïc ».
Je n’ai par contre jamais eu (suis-je naïf ?)pendant ma formation professionnelle l’impression que l’on m’imposait plus ou moins consciemment une forme de pensée et d’action que j’approuvais, ayant connu peu de temps, certes, mais suffisamment pour me faire une idée, un début de conversion à des dogmes des des croyances irrationnelles.
Humanisme contre dogme.
Erratum
…un début de conversion à des dogmes « des des » croyances irrationnelles…
.. un début de conversion à des dogmes « et » des croyances irrationnelles…
C’est toujours après qu’on les voit…
S’il y a une famille qui doit énormément à l’école c’est bien la mienne.
Mon grand-père paternel abandonné par ses parents et élevé par ses grands-parents, petits ouvriers agricoles, à pu s’extraire (et extraire sa famille) de la misère crasse, grâce à l’école.
Ce qui n’est pas banal, c’est qu’il a bénéficié, à Lodève, du mécénat de Monsieur Joseph Galtier (personnalité locale ayant tiré sa fortune de sa plume de journaliste et chroniqueur) et, grâce à lui, a pu suivre des études qui l’ont amené jusqu’à professeur agrégé d’espagnol (ce dont il était très fier, à juste titre, selon moi).
Ensuite, le grand-père maternel, qui a fait l’école Normale à La Sauve avant d’être détourné par l’armée, pour raison alimentaire, de sa vraie vocation (comme pas mal de ses copains). Il fallait des officiers pour la future guerre de 1914, et la solde permettait de piller les rangs des futurs instituteurs.
Devenu papy retraité, sa plus grande joie à été de faire l’école, chez lui, avec comme élèves, ses petits-enfants.
Il ne faut pas chercher plus loin les causes de l’atavisme familial (auquel j’ai échappé ), et qui à vu une immense partie de la famille tourner autour de l’école et de l’enseignement : père, mère, sœur, oncle, cousins, nièces…
Avec tout cela, je mesure la chance d’avoir baigné dans un environnement culturel, d’avoir été encouragé et guidé dans mes lectures (mon épouse me rappelle souvent, qu’elle n’a pas eu cette chance).
Alors oui, j’ai engrangé plein de connaissances.
Mais, c’est là que j’aurais quelques reproches à faire à l’école (dans le sens de l’enseignement en général). Selon moi, les études n’ont pas pour but principal d’acquérir un « métier », ou alors c’est le « chômdu », c’est ce que l’on entend partout à longueur de temps (j’ai le souvenir d’un instituteur qui nous avait parlé en CM1 des concours professionnels, et cela m’avait terrifié).
Toujours selon moi, l’éducation est un outil d’émancipation, de compréhension, de plus grande maîtise de sa vie. C’est la clef vers la liberté et, qui sait, vers la sagesse ?
Je trouve que c’est ce que je n’ai pas assez entendu que l’on entend pas, ou pas assez.
Quelle merveille que de savoir lire, écrire compter… s’exprimer !
Cependant, trop longtemps, je suis resté sans savoir quoi faire de ce que j’avais reçu.
Et là aussi j’aurais eu tendance à en faire le reproche au système éducatif (pardon ma sœur, ancienne conseillère d’orientation). Mais je me dis que beaucoup de mon errance, vient essentiellement de moi, qu’elle existe chez beaucoup de gamins et que la société est bien exigeante de vouloir nous faire rentrer si tôt dans des cases…
« Le Certif’ représentait vraiment une référence des connaissances essentielles et il finit par ouvrir l’intégration des meilleurs éléments en classe de cinquième. »
Effectivement Jean-Marie après le certificat d’études (nous pouvions) et j’ai intégré une 5 éme technique.Je me souviens de notre merveilleux professeur de français qui nous a passionnés en étudiant le Cid.
A cette époque nous avions un niveau suffisant pour tenter l’examen d’accès en 4 éme technique du lycée cours de la Marne,ou passer les concours pour accéder à des centres d’apprentissage (SNCF,TEOB,Port autonome,Chantiers de la Gironde,….).
Et je peux vous assurer que la formation assurée était d’un excellent niveau,le déroulement de carrière assuré pour qui voulait continuer à se former.
Et maintenant que peut offrir cette société décadente à ces jeunes qui feront la France de demain,il n’y a plus d’industrie qui apporte de la richesse au pays par son activité de production.
Alors que faire, le BAC en attendant des jours meilleurs et ensuite??