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Je suis vraiment tombé dans les pommes

La pomme a vraiment mauvaise réputation depuis que la Bible et Chirac s’en sont emparé faussement et en ont fait le fameux fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal pour l’une et en emblème électoral pour l’autre ! Une absurdité. La Bible n’a jamais parlé de pomme, mais simplement de fruit ! Or le fruit en latin se dit « pomum » d’où la confusion.

Un raccourci malencontreux de traduction et voilà notre pomme au banc des accusés. Et pour enfoncer le clou, la pomme en latin se dit « malum » d’où probablement ce raisonnement béotien qui qualifie la pomme de fruit du mal. Bref, on retrouve la pomme dans de très nombreux mythes et elle n’a pas bonne réputation. Chirac lui a croqué à belles dents ambitieuses dans le paradis des coups tordus, les pommes de la discorde.

Pourtant depuis des siècles elle a aidé des milliers de personnes à combattre la faim qui les tenaillait. Comme pour tous les autres arbres fruitiers les pommiers ont affiné leur production sous l’influence de la nature et des hommes et les noms d’espèces ont afflué faisant qu’une pomme ne ressemble vraiment à une autre. Il n’y a peut-être pas sous nos latitudes de production plus populaire, plus ancrée dans la vie.  Elle va pourtant disparaître au profit d’assemblages en tous genres.

J’ai toujours eu envie de croquer la pomme en tout bien tout honneur évidemment. Et de mes souvenirs d’écolier, je garde en mémoire le poème de Réné-Guy Cadou sur l’automne dans lequel il évoque « Le vent (qui) souffle sous le préau/Mais je tiens entre paume et pouce/Une rouge pomme à couteau » . Avez-vous en effet ressenti le plaisir subtil d’avoir la possibilité de trancher avec un Opinel affûté le fruit que vous avez choisi ? Il s’agit d’un test à la fois sur la qualité de la pomme désirée et grâce à la finesse de la peau retranchée une fierté pour le couteau que vous avez utilisé. Rien de plus précieux pour un gamin des campagnes. Chaque fois que je le peux je prends mon temps. Méthodiquement je tranche le fruit en deux puis en quatre. Ensuite je la pluche méthodiquement si je n’en connais pas l’origine. Il faut qu’elle soit ferme car j’ai horreur des espèces farineuses ou à la peau fripée par un trop long séjour dans les frigos.

La standardisation de la production (taille, aspect, goût) a totalement détruit le charme des espèces diversifiés considérées désormais comme en voie de disparition ou même totalement disparues. Il n’y a que sur les marchés campagnards authentiques que l’on trouve encore des noms fleurant bon les vergers d’antan. Certaines portent des étiquettes  différentes d’une région à l’autre comme la Sainte Germaine (bizarre pour une pomme à croquer que ce patronyme de sainte) qui devient la pomme de l’Estre en Limousin et d’Auvergne. Elle a un long pouvoir de conservation et apparaît sur des étals comme Reinette de Brive, de Saint Germain, Lombard, Lettre, de Comte, Reinette à Cul Noir…. selon l’histoire locale ! Toutes ont cependant leur emploi et leur spécificité. Impossible de connaître toutes les appellations d’origine plus ou moins contrôlées françaises puisque les belles américaines ont pris le dessus depuis quelques années.

En fait il existe plus de 11 000 d’espèces répertoriées mais certaines restent très confidentielles et peu à peu, les arbres qui les portent disparaissent ! Il ne subsiste plus qu’une vingtaine de « modèles » souvent issus de croisements entre des « créations’ récentes et des bases historiques. Comme dans tous les domaines la rentabilité, la standardisation des goûts et des usages et la perte du repère des saisons a ruiné la diversité et donc le plaisir du choix.

L’amateur qui ne se « pomme » pas dans les rayons « néonisés » des grandes surfaces mais qui sait se pencher sur un panier en osier ou un sac en toile rêche doit savoir distinguer les fameuses « pommes à couteau, » intéressantes pour leur chair crue, ; les « pommes à cidre » qui sont produites pour leur jus et les « pommes à cuire » pour des fours à gourmandise. Certaines variétés répondant aux noms évocateurs comme la « Gros Damelot « ou la « Jambe de Lièvre » sont appelées « pommes à deux fins » et sont aussi intéressantes pour leur chair que pour leur jus. Mais la plupart ne sont dédiées qu’à un usage gustatif.

Entrer dans une pièce où on les conserve ravit les narines. J’aime ce parfum subtil, doux et modeste qui envahit l’air. Un grenier où résistent à l’épreuve du temps des pommes récoltées encore un peu « vertes » devient alors un lieu de régénération par l’odorat. On conserve en mémoire ces effluves qui montent des supports où elles ne doivent surtout pas être étalées la queue en l’air pour mieux se conserver. En récupérer une joufflue, rouge de plaisir d’avoir été choisie, la faire briller sur sa manche avant de la croquer à belles dents appartient aux plaisirs heureux de l’enfance.

Oui je l’avoue sans honte, je préfère la pomme à tous les autres fruits et je m’évertue à pratiquer le jeu de la découverte de leurs spécificités. La Gala me régale avec sa fermeté et son goût sucré. La Reine de Reinettes me courtise par sa chair jaune pâle, fine juteuse, croquante et acidulée très agréable à croquer. Et au hasard des offres toutes celles qui ont authenticité et surtout une vie la plus naturelle possible me comblent. J’en suis persuadé : croquer une pomme chaque jour éloigne le médecin… et réconcilie avec la simplicité.

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Cet article a 2 commentaires

  1. J.J.

    « La Bible n’a jamais parlé de pomme, mais simplement de fruit ! » En effet on penserait plutôt à la figue et sa forme évocatrice…
    « Avez-vous en effet ressenti le plaisir subtil d’avoir la possibilité de trancher avec un Opinel affûté le fruit que vous avez choisi ? » J’ai, personnellement, fidèle à mes ancêtres, un faible pour le Laguiole, mais peu importe !
    Comme je consomme ma récolte, j’ai le choix entre un vieux Golden, pas terrible mais bon quand même, les fruits d’un vénérable et généreux pommier centenaire (il me permet des trocs amicaux avec les voisins qui, en échange, me fournissent prunes, coings, raisins, haricots, etc., une vraie coopérative). Beaucoup finissent également en compotes, confitures et gâteaux divers.
    Je n’ai pu faire identifier la variété de cet ancêtre par les « Croqueurs de pommes ». Mais ma préférée, bien sûr, c’est la « Belle de Boskoop », qui n’est pas de première jeunesse, aussi bonne crue, fondante et aigrelette que cuite au four, « nature » ou enrichie d’un peu de cannelle, où elle éclate en une belle et délicieuse boule mousseuse.
    Mais quand la bise et venue et que les réserves se sont épuisées, je pioche au rayon des fruits des variétés nouvelles qui ne ma satisfont pas toujours pleinement, la plupart n’ont pas la « tendresse » et la douceur de mes « ancêtres ».

  2. faconjf

    Bonjour,
    Une pomme par jour éloigne le médecin ou (pour conserver la rime) Une pomme chaque matin éloigne le médecin (en anglais an apple a day keeps the doctor away) est un proverbe anglais apparu au XIXe siècle, prônant la consommation de pommes et, par extension, d’une alimentation saine. Winston Churchill n’en pensait pas moins dans une de ses saillies dont il avait le secret : « Une pomme par jour éloigne le médecin, pourvu que l’on vise bien ! »
    La conservation des pommes industrielles et les déboires des consommateurs amortissent les coûts sur une plus grande durée de conservation et donc de ventes.
    Les principales techniques des coopératives, gérées par les centrales d’achat, sont principalement:
    – Le froid frigorifique : Les pommes sont stockées dans de grandes chambres froides à une température comprise entre 0 °C et 3 °C. Le froid limite la respiration du fruit et évite son flétrissement.
    – L’atmosphère contrôlée (AC) : le taux d’oxygène (O₂) de la chambre est abaissé (souvent entre 0,5 % et 3 %) grâce à l’injection d’azote, tandis que le dioxyde de carbone (CO₂) est régulé. Le fruit est ainsi mis en « sommeil ».
    – L’humidité relative : elle est maintenue entre 90 % et 95 % pour empêcher la déshydratation et la perte de poids des pommes. Les pommes se vendent au poids donc la déshydratation c’est de la perte.
    – Et la cerise sur le cageot c’est le traitement au 1-MCP (1-méthylcyclopropène) : Ce gaz bloque les récepteurs d’éthylène des fruits. Appliqué en chambre hermétique peu après la récolte, il stoppe la maturation et préserve la fermeté des variétés sur une longue période. Super d’autant que la toxicité par ingestion est considérée comme substantiellement négligeable ou extrêmement basse. Le 1-MCP étant de nature gazeuse et très volatile, les résidus laissés sur la peau ou dans la chair des fruits après aération sont quasiment indétectables.
    Quoique! Les agences sanitaires (comme l’EFSA européenne) surveillent de près la pureté de la fabrication du 1MCP, car certaines impuretés de synthèse ou sous-produits potentiels (comme le 1-chloro-2-methylpropene) peuvent présenter des risques génotoxiques s’ils ne sont pas strictement limités. Et aussi, bien qu’il soit jugé sans danger pour l’environnement dans les conditions normales d’utilisation, des données de laboratoire indiquent une toxicité intrinsèque modérée pour certains organismes aquatiques (poissons, algues) et plus élevée pour les vers de terre en cas de contact direct.
    Que pèsent les vers de terre par rapport aux profits?
    Les impuretés du gaz qui sont des composés chlorés produisent des métabolites urinaires, substances issues de la dégradation (le catabolisme) ou de la transformation chimique d’un composé (médicament, toxique, aliment ou micro-organisme) éliminée par les reins dans les urines.
    Que pèsent quelques cancers des voies urinaires, dont l’origine sera contestée, par rapport aux profits?
    Reste que le consommateur trouve des pommes de France jusqu’à la fin août sur les étals et il est fortement déçu si il les consomme à domicile plusieurs jours plus tard. Le fruit ayant subit les atmosphères oxy-prive se corrompt par l’intérieur ( l’oxygène rentre par le trognon) et le fruit qui présente bien est en réalité pourrit.
    Que pèsent quelques consommateurs déçus par rapport aux quantités de pommes bonnes à la décharge qui représentent une perte pour les centrales d’achat?
    Bof! il faudra bien mourir un jour et se nourrir chaque jour …
    Bon repos de fin de semaine et mangez des pommes… Quand c’est la saison!

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