L’indignation est de rigueur. Dans les pays où il reste encore des médias pratiquant une réflexion salvatrice pour la citoyenneté les annonces du Schtrumpf arbitraire ont eu un effet inquiétant. Pas un tsunami de protestations, pas d’éditoriaux fracassants, pas de « J’accuse » sur la largeur de la une mais quelques propos ou papiers assez discrets. En interdisant les chaînes de télévision qui ne le traitent pas avec les égards dus à sa mégalomanie destructrice il a pourtant démontré que le grand basculement de la démocratie américaine est engagé. L’exclusion de CNN, MS NOW et Politico de la Maison Blanche a généré une réaction les chaînes de télévision ABC, CBS, NBC et Fox ont décidé de suspendre la couverture des déplacements de Donald Trump. Les médias bannis ont porté l’affaire en justice. On en est là…
Cette situation dénote la manière dont le système du capitalisme exacerbé considère la presse. Elle met en évidence que tout pouvoir autoritaire cherche à faire disparaître celles et ceux qui peuvent non pas le contester mais seulement mettre en évidence ses errements. Si vous prétendez que c’est une spécificité US c’est que vous ne vivez pas les réalités françaises. La vraie différence c’est que c’est plus discret mais de moins en moins. Le rêve de domination intégrale par les représentants de ce monde du profit et des idées les plus rétrogrades est en cours de réalisation. Ils y travaillent patiemment et méthodiquement.
Quels que soient ses défauts le service public français constitue une base encore solide de résistance. Son avenir s’assombrit chaque jour un peu plus. Le lancement d’une pétition pour sa privatisation par le RN et ses affidés préfigure un démantèlement qui serait plus dangereux que les interdictions schtrumpfistes de retransmettre les séquences psychédéliques à la Maison Blanche. Le texte comporte trois demandes ahurissantes consistant à ouvrir le chantier de la vente des chaînes des télés étranglées au préalable par une réduction drastique de leurs crédits de fonctionnement. Les justifications sont sans équivoque : « mettre fin à un bastion idéologique financé par nos impôts » et « restaurer un paysage médiatique réellement pluraliste ». C’est on ne peut plus clair pour l’après 2027.
La récente grève des syndicats de France Inter sur la venue à l’antenne d’un chantre des valeurs de la Droite extrême n’arrangera pas la perception que peut avoir l’électorat RN du « bastion idéologique ». Ces gens s’émeuvent pas du délire partisan de Cnews ou de la dérive des journaux du groupe Bolloré. Le délitement de l’esprit critique non entretenu par un système éducatif tétanisé depuis la mort de Samuel Paty et marqué par un désintérêt croissant pour les analyses raisonnables accentuent le rejet pour une information construite, vérifiée, pluraliste et libératrice. Le Schtrumpf a annoncé la création avec tout le fric qu’il a récupéré dans ses combines personnelles ou familiales avec le monde des « affaires » entre amis d’une télé portant son nom.
Chez nous ses émules sont plus prudents. Ils se contentent de tirer les ficelles. Les consignes existent. Les stratégies se mettent en œuvre. Les compromissions fleurissent. Les commanditaires connus et reconnus restent en retrait cherchant à détruire tout ce qui ressemble à un journalisme de référence. Les stratégies de manipulation se construisent. Tout le monde a la trouille. La pression monte. On voit bien le petit jeu des refus de se prêter au débat ou simplement à une participation physique sur certains plateaux. Il est vrai que les méthodes de quelques médias n’offrent aucune garantie de respect de la déontologie journalistique.
Schtrumpf ouvre la voie à un principe simpliste : « tous ceux qui ne sont pas d’accord avec mes inepties sont contre moi ! ». Pourquoi donc ne pas mettre en œuvre avec les moyens de l’État ce qui ne relève plus de l’information mais de la propagande. La Maison Blanche a annoncé lundi le lancement d’une chaîne YouTube promettant une diffusion 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 « avec les meilleurs moments passés, les annonces, et le meilleur de l’actualité de l’administration, réuni au même endroit ». C’est parti.
Nous avions eu en France l’ORTF avec son ministre de tutelle aux grandes oreilles. C’est oublié. Dans l’avenir on s’oriente vers une autre solution : confier aux « amis » ayant les moyens financiers de les acheter la manipulation de cette opinion dominante qui se repaît de poncifs, d’idées toutes faites, de fausses infos, d’outrances en tous genres, de discrédit de tout ce qui est intelligent, d’acculturation massive. Selon une formule célèbre d’Alfred Sauvy : « Bien informés, les hommes sont des citoyens ; mal informés, ils deviennent des sujets ». J’ajouterai même qu’ils se transforment en fanatiques (fans en abrégé) irréductibles, en « croyants » crédules ou en partisans soumis.
Cherchez bien et vous trouverez chez nous des exemples en cours de comportements schtrumpistes identiques ou proches de celui qui débute à la Maison pas si blanche que ça !
En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Écoutez « Radio Nova » fréquence pour Bordeaux : 94.9-DAB+
Bonjour,
« Le langage politique est destiné à rendre vraisemblable les mensonges, respectables les meurtres et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent. » George Orwell – 1903-1950
L’histoire de notre pays se souvient. Inconsolable depuis la mort de son épouse en mai 1935 et durement éprouvé par les accusations de désertion lancées par des journaux de droite nationaliste (en particulier Gringoire), Roger Salengro est au bout du rouleau. Au soir de ce 17 novembre 1936, il se calfeutre dans sa cuisine et ouvre le gaz.
« Je ne suis ni un traître, ni un déserteur », » écrit-il avant de se donner la mort. D’ailleurs, depuis des années, la lumière avait été faite sur cette affaire et une commission venait tout juste de confirmer ses conclusions. Le soldat Salengro n’avait pas déserté pendant la Grande Guerre mais avait été fait prisonnier alors qu’il tentait, avec l’accord de son lieutenant, de récupérer dans le no man’s land, le corps d’un ami tué la veille.
Le pays de tromp ne fait pas exception. Lors de l’attentat du parc du Centenaire le 27 juillet 1996 lors des Jeux olympiques d’été à Atlanta, aux États-Unis le FBI a manipulé l’opinion publique à travers des journalopes avides de scoop. Les faits : une bombe artisanale remplie de clous a explosé au milieu de la nuit (à 1 h 20) dans le parc olympique bondé qui accueillait un concert. L’attentat a fait 2 morts (une femme tuée sur le coup par l’explosion et un cadreur turc mort d’une crise cardiaque en courant pour filmer la scène) ainsi que 111 blessés. Le FBI sous la pression des politiques cherche à boucler le coupable au plus vite. Richard Jewell, un agent de sécurité du site, a repéré le sac à dos suspect avant l’explosion et a aidé à évacuer une partie de la foule, sauvant de nombreuses vies. D’abord salué en héros, il a rapidement été soupçonné et harcelé à tort par le FBI et les médias, qui ont fait de lui un suspect idéal pendant des mois avant de l’innocenter totalement. L’auteur de l’attentat est Eric Rudolph, un militant extrémiste anti-avortement et anti-gouvernemental. Après avoir commis d’autres attentats (notamment contre des cliniques pratiquant l’avortement et un bar gay), il a pris la fuite et a été arrêté 7 ans plus tard en 2003. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.Rudolph est d’abord identifié comme suspect dans l’attentat des Jeux olympiques par le département de la Justice le 14 février 1998. Durant plus d’un an et demi Richard Jewell, l’agent de sécurité du site des JO, à vécu l’enfer sous les yeux du FBI qui laissait les justiciers de la rue l’agresser en toute impunité et la presse encourager ces pratiques.
La combinaison gagnante FBI+merdias a permis à l’auteur du premier attentat d’en commettre 3 autres. Dans le film « Le Cas Richard Jewell » réalisé par Clint Eastwood et sorti en 2019. il est montré que la journaliste Kathy Scruggs de l’Atlanta Journal-Constitution (AJC) ,décédée en 2001, aurait proposé des rapports sexuels à un membre du FBI pour obtenir des informations sur l’enquête.
C’est pas chez nous que la police ou les magistrats toléreraient qu’un coffre-fort soit déménagé du logement d’un protégé de Mac-ronds en brisant les scellés… C’est pas chez nous non-plus que des propos mensongers prononcés par des ministres ne seraient pas dénoncés par les merdias… C’est pas chez nous que des violences policières largement documentées ne seraient pas dénoncées par la presse.
« La liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas. » annonçait fièrement le canard enchaîné, mais ça c’était avant… de devenir « Un délicieux canard laquais du Mac-ronnisme ».
bonne journée