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Plonger pour des enjeux financiers considérables

Pour les fidèles de Roue Libre hier je vous ai invités à partager la première plongée mouvementée d’Alain le Créonnais parcourant les univers sous-marins les plus divers sur la planète. Il avait bien failli ne jamais poursuivre sa carrière passion qui le conduisit pourtant par la suite à mener à bien des centaines d’opérations dans des conditions variables de dangerosité. Si ses débuts lui sont restés en tête et l’ont ensuite conduit durant six années à devenir responsable à la Comex de tous les équipements indispensables sur de nombreux chantiers immergés obtenus par l’entreprise. Une mission de confiance car sa qualité conditionnait bel et bien la sécurité de ses collègues.

« Même si ce n’est pas une généralité, les opérations les plus risquées se situaient dans la Mer du Nord avec l’implantation au large de la Norvège des plateformes de recherche ou de puisage du pétrole ou du gaz. Nous avions des soudeurs hautement spécialisés et agréés par les compagnies. Ils étaient très peu nombreux dans le monde ce qui nous donnait un certain avantage sur les autres compétiteurs ». Alain se souvient qu’une fois la Comex fut appelée pour terminer un chantier que les Américains avaient renoncé à poursuivre. Ils avaient abandonné les lieux mais avaient pris soin d’inscrire sur un tuyau « Good Luck ». « Nous y sommes parvenus mais l’ardoise a été salée pour les commanditaires ! » ajoute le Créonnais.

«  Dans la Mer du Nord tout est difficile même en été. Le jour est très court et la nuit tombe très vite. Il fait très froid et au mieux il y a au minimum une houle de quatre à cinq mètres. Toute intervention coûtait à l’époque des dizaines voire des centaines de millions.de Francs mais les enjeux financiers étaient tellement importants que ces factures n’étaient pas exorbitantes. Je suis certain que nous avons effectué des interventions ayant atteint un milliard de Francs ! » La responsabilité de l’équipe d’intervention n’en était que plus lourde.

Il a quitté la plongée sur une dernière opération particulièrement difficile aux enjeux considérables. Lorsqu’un forage est en production en mer il doit être raccordé à un tuyau plus ou moins volumineux d’évacuation vers la terre ferme. « Nous étions à Stravanger lorsque le cadre de la Comex nous a demandé si avant de repartir nous accepterions d’effectuer une jonction soudée entre la colonne de production et un conduit de transport avec la Norvège. Le matériel, les plongeurs et les soudeurs étaient sur place et plutôt que d’appeler une nouvelle équipe il souhaitait nous confier ce travail très délicat » raconte Alain. C’était en grande profondeur et dans des conditions climatiques difficiles, mais comme le conduit d’évacuation soudé à l’air libre puis immergé arrivait sur site, chaque jour devenait important. Il fallait aller vite.

« Les soudeurs acceptèrent négociants aux alentours de 100 000 Francs chacun pour effectuer leur travail. Accepté. Moi je demandais à diriger l’ensemble depuis la cloche de plongée mais je n’en sortirais pas. Accepté. Nous avons collectivement prolongé notre séjour pour effectuer l’un des plus gros boulots qui nous ait été confié. » Il fallut déployer des moyens considérables, rester sous l’eau entre dix et douze heures, se relayer sans interruption. « Par étapes en travaillant avec des techniques très sophistiquées et minutieuses sur des masses considérables, avec les meilleurs appareils nous sommes parvenus à réaliser la liaison ». Le travail devait être parfait. La soudure était en effet radiographiée sur toutes les coutures et ne devait pas révéler la moindre imperfection. La solidité devait en être garantie pour que le chantier soit terminé. « Ce fut un stress considérable. J’étais épuisé. En rentrant à Créon la première chose que j’ai faite, j’ai posté ma lettre de démission que j’avais préparée explique Alain. Ce fut ma dernière mission sous l’eau. J’ai compris qu’il ne fallait pas tenter le diable. Durant tous les jours suivants des télégrammes sont arrivés de la Comex me demandant de revenir sur ma décision de ne plus être opérationnel. Je ne suis allé les chercher que plus tard à La Poste. Je ne voulais plus plonger. Ils ont accepté de me confier la responsabilité de préparation, d’installation et de suivi du matériel que j’ai gardée durant six ans ».

Alain goûte au café sur la terrasse du P’Tit Bar créonnais en évoquant avec les uns et les autres ses souvenirs d’enfance. Il ne parle guère de son parcours. Sa carrière est derrière lui. Il sait que plus grand monde vivra ce qu’il a vécu puisque désormais les forages sont dans les grandes profondeurs. « Tout est robotisé et automatisé avec des technologies de pointe. L’homme a de moins en moins sa place sous l’eau ». Lui le tourneur passé par un CET comme il n’en existe plus, a vécu l’âge d’or de la plongée avec la sensation d’avoir partagé des aventures exceptionnelles. Il replonge dans le silence.

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