You are currently viewing L’homme du monde sous-marin sort du silence

L’homme du monde sous-marin sort du silence

Alain, enfant de Créon n’a jamais rompu les liens affectifs qu’il entretient avec sa commune d’origine. Bien qu’installé dans le Var il revient de temps à autre vers le cité où il a passé son enfance. En été c’est assez original comme démarche puisque la tendance est plutôt dans le sens inverse. Après des études il y a maintenant plus de soixante ans au Collège d’enseignement technique eysinais de Le Vigean où il a acquis les spécialités d’ajusteur et de tourneur il est parti vers Saint-Mandrier pour choisir une formation complémentaire de plongeur sous-marin.

« Nous étions finalement recrutés après des tests effectués par un médecin. Soumis à des immersions réalisées artificiellement en surface nous étions sous surveillance. Nous étions trois le jour du recrutement. Mes deux voisins atteignirent largement plus de 200 battements cardiaques au plus fort de la simulation de plongée quand moi je restais à 140. Le toubib étonné vérifia les appareils mais j’avais un rythme cardiaque au repos à 40. Comme j’avais réussi les autres épreuves je fus recruté à un peu plus de vingt-deux ans ». Un métier qu’il a vite exercé au sein de la la célèbre entreprise Comex en pleine expansion et qui devint à fin des années soixante-dix la première structure mondiale en matière de travaux délicats dans les mers et les océans du globe.

Devant son café allongé, Alain se remémore les centaines de missions qu’il a accomplies sur quasiment tous les continents et dans tous les milieux aquatiques. « Dans le Golfe persique, le long des côtes africaines occidentales et surtout en Mer du Nord j’ai effectué des plongées de quelques mètres à plus de cent dans des conditions plus ou moins délicates durant cinq ans. La plupart du temps c’était en lien avec l’exploitation du pétrole ou du gaz ou pour des réparations sur des équipements sous-marins ». Alain raconte ce travail très particulier qu’est celui de plongeur chargé des travaux sous-marins. « J’ai vite appris l’humilité et un principe clé : il faut avoir une solide confiance dans ceux qui vous accompagnent ou qui assurent votre sécurité avant , pendant et après une sortie sous l’eau »

Sa première expérience professionnelle lui a en effet enseigné combien ce métier très particulier nécessite sang-froid et calme. Elle ne fut pas de tout repos.  « J’ai été envoyé au marge de Pointe-Noire au Congo pour récupérer une énorme bouée de signalement d’un champ pétrolier qui avait coulé. Elle pesait plusieurs tonnes car elle était amarrée à un bloc de béton par d’énormes chaînes. Tout était sur le fond. Il fallait plonger pour passer une élingue avec une énorme manille. Je demande l’envoi du câble depuis la surface. Il arrive mais éloigné d’une dizaine de mètres de l’endroit où je devais l’attraper. Je vais le récupérer, le met sur mes épaules, j’enlève mes palmes et en marchant dans le sable je tente de le rapprocher au prix de gros efforts ». Il ne peut pas manquer sa première mission. C’est difficile. Il avance.  «J’ai de plus en plus de peine à respirer. Tout à coup je sens que ma bouteille est vide. Je bascule sur le réserve. Deux minutes plus tard elle est vide à son tour. Me voici sans air. En apnée je tente de revenir vers la cloche mais c’est impossible alors je m’accroche au câble et je remonte à la surface sans palier évidemment. » Alain revit intensément cette plongée. Elle a marqué toute sa carrière.

Il s’est évanoui mais parvint à passer la tête au-dessus de l’eau à un mètre du remorqueur. Gros coup de chance. Il fait nuit mais il est vite repéré en détresse. « Je finis totalement inconscient sur le pont avec massage cardiaque, bouche à bouche pour me ranimer. Je suis transféré par hélico à l’hôpital où je suis pris en charge en urgence. Je suis « récupéré » in-extrémis et on découvre ce que l’on appelle une tache d’eau dans les poumons. Traitement de choc et je me remets une dizaine de jours plus tard. Les responsables locaux de la Comex viennent me voir. Ils me proposent un rapatriement vers la France ou alors j’attends sur place de me retaper et je plonge à nouveau sur cette mission ». ajoute le Créonnais« Dans ma tête je me dis que si je rentre je ne suis pas certain de reprendre ce métier alors je choisi la seconde solution avec comme condition que l’opération se déroule techniquement comme je le veux. Affaire conclue. J’ai réussi sans problème. Je peux te dire que à partir de ce jour-là j’ai toujours personnellement vérifié les équipements que l’on me donnait. Celui qui m’avait été attribué n’avait pas été préparé comme il faut ». Il a failli y rester une autre fois lorsqu’en coupant un câble à la place d’un collègue qui n’avait pas pu sortir, un brin d’acier a percé sa combinaison au bras provoquant l’entrée de l’eau jusqu’au cou. Encore un moment où il faut rester calme et confiant dans ses capacités.

Au moment où l’on parle cet été des efforts de Sophie Adenot l’astronaute française chargée de réparation dans l’espace, Alain démontre la similitude entre les sortieS sous l’eau et dans l’apesanteur. « Tout est difficile sous l’eau. La profondeur accentue la pénéibilité du travail. On n’a pas le droit à l’erreur par plus de cent mètres de fond. Le sang est vite saturé. D’ailleurs nous avions des primes variables selon le niveau sous-marin du travail à aliser. La décompression est la même quelle que soit la profondeur. C’est la durée qui change. Parfois je ressentais les bulles qui passaient dans mon genou. Je le signalais et on revenait en arrière pour des paliers plus lents. » Passionnant. La Comex a employé plus d’un millier de plongeurs devenant la spécialiste incontestée des opérations sous-marines. « Nous avons dominé le marché mondial durant des années » confie fièrement Alain. (à suivre)

Ce champ est nécessaire.

En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Cette publication a un commentaire

  1. Philippe Labansat

    J’ai nagé en compétition dans ma jeunesse, avec le beciste Jacques Laboute, un des tout meilleurs spécialistes du 100 m nage libre français dans les années 1970..
    Après sa période de natation, il a été directeur de la piscine de Libourne puis à fait, lui aussi, toute une carrière à la Comex…

Laisser un commentaire