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Quand on ne sait plus comment faire on interdit

La succession des canicules ont chamboulé les habitudes estivales. D’annulations précipitées et en reports optimistes, les manifestations qui s’échelonnaient en juillet et en août et appartenaient aux traditions ont disparu du calendrier. On peut craindre que certaines d’entre elles ne se remettent pas de ces décisions plus ou moins concertées. Les équilibres financiers de bon nombre d’entre elles étant fragiles festivals imposants ou rencontres beaucoup plus modestes ne résisteront pas longtemps à ces aléas climatiques et réglementaires. Comme pour la plupart des organisations le soutien public reste indispensable et que les budgets 2027 seront ceux des restrictions, le taux de « mortalité » associative sera proportionnel au niveau de la canicule.

Comme la crise du bénévolat renforce la fragilité de ces rendez-vous, il n’y aura pas de miracle. Les affluences s’étiolent. Les dépenses se restreignent. L’envie de partager se délite. L’été 2026 qui sera considéré dans quelques décennies comme la pierre angulaire du réchauffement climatique marque un basculement en France vers une période totalement imprévisible. Les préoccupations immédiates empêchent d’évoquer médiatiquement les conséquences pour les acteurs culturels (artistes, techniciens, prestataires de services…). Leurs difficultés ne seront pas prises en compte dans un plan social ou couverts par des mesures nationales compensatrices. L’appauvrissement gagne du terrain.

L’arrivée d’une tendance orageuse violente risque de provoquer encore plus de dégâts pour le spectacle vivant qui se donne en plein air. Elle accentuera en fin de mois le désarroi qui pèse sur le monde économique. Tout est à l’arrêt ou presque. Déjà qu’aux alentours du 15 août le dynamisme en dehors du tourisme n’a jamais été très fort, cette année il sera au plus bas depuis longtemps. La fameuse « croissance » sur laquelle repose le financement de l’État ressemble à une peau de chagrin. Chaque jour le déficit s’aggrave et le ciel s’obscurcit. Le système reposant uniquement sur la consommation a atteint ses limites.

Le secteur des feux d’artifice et autres spectacles de ce genre n’a jamais connu un tel désastre. Rien que ce soir les plus prestigieux d’entre eux ne seront pas autorisés. Les drones prennent le relais par exemple à Arcachon mais cette mutation ne sera pas dans les possibilités financières de petites collectivités. Un spectacle de drones coûte au minimum 15 000 à 20 000 euros pour 200 à 300 appareils, quand le budget moyen d’un feu d’artifice communal tourne autour de 1 500 à 3 000 euros» ce qui entraîne le renoncement total les trois quarts des mairies, voire peut-être même 80, 90 %».

Les restrictions sont admissibles et surtout nécessaires. Encore une fois comme on ne parvient pas à résoudre les causes d’un problème l’État pratique sa seule arme sur les effets : l’interdiction. Quand en France depuis très longtemps on a été incapable de modifier des comportements, des événements prévisibles mais négligés, de tenir compte des avertissements maintes fois réitérés on pond illico une norme ou une suppression de la liberté d’action. On en a eu l’illustration parfaite avec la décision du Conseil constitutionnel au creux de cet été.

Comme les réseaux sociaux causent des ravages chez les enfants et les adolescents une loi a été votée pour les interdire au moins de 15 ans. On en arrive à persuader tout le monde qu’une loi inapplicable dans les faits suffira à sauver notre jeunesse de systèmes d’asservissements imaginés par ceux qui deviennent chaque jour davantage les maîtres du monde. Interdire plutôt qu’éduquer ! Interdire plutôt que travailler sur les racines du mal ! Interdire c’est avouer son impuissance à agir. C’est un problème de fond qui n’est jamais abordé.

Il est interdit de jeter des mégots par les fenêtres d’un véhicule. Il est interdit de laisser ses terrains sans débroussaillage. Il est interdit de faire des feux ouverts. Il est interdit de créer des pare-feux sans autorisation. Il est bien entendu interdit d’allumer des incendies.Il est interdit d’arroser sa pelouse. Il est interdit de remplir sa piscine. Il est interdit de se regrouper en période de canicule. Il est même interdit d’être con en ne respectant aucun principe du vivre ensemble. Interdire c’est parfois indispensable mais à la seule condition que la société ait les moyens de faire appliquer le texte qui le prône. En plus les interdictions sont souvent en contradiction avec d’autres interdictions déjà prises. 

Jamais peut-être les effets du réchauffement climatique n’ont été aussi évidents, aussi brutaux, aussi angoissants. Il ne reste plus qu’à voter une loi, écrire une circulaire, prendre un arrêté pour l’interdire et tout sera réglé !

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Cet article a 2 commentaires

  1. J.J.

    Il serait sage en effet, non pas comme en 69 « d’interdire d’interdire », mais d’interdire le réchauffement climatique.
    Personne n’y a pensé ? C’est pourtant simple !
    Une question que tout le monde s’est posée(enfin tous les mauvais esprits) : pourquoi n’a-t-on pas envoyé les véhicules de la police armés de puissants canons à eau combattre les incendies ?
    La réponse cependant semble toute simple : il faut qu’ils restent disponibles et en bon état pour disperser les futures manifestations des sapeurs pompiers mécontents et contestataires.

    1. faconjf

      @JJ cette citation
       » Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer. » Le Barbier de Séville Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais
      Amicalement

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