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L’amorce insidieuse d’une guerre de religions

L’importance de la religion dans les exactions du pouvoir iranien est indiscutable. Elle fait qualifier le régime des mollahs de théocratie puisque les références constantes tant sur le plan des règles de vie que pour les appréciations sur les événements constituent la base de ce qu’ailleurs on appelle la politique. Au nom de leur dieu les dirigeants briment leur peuple, imposent leur vision sociétale et même conduisent des guerres. Ils y font référence dans leurs discours.

Les médias de Téhéran diffusent des informations « officielles » imprégnées par les principes dictés par les textes religieux. Les références permanentes aux codes de l’islam alimentent les allocutions destinées au peuple. Une surveillance policière omniprésente le contraint à renoncer à ses envies profondes de liberté de conscience. Difficile d’accepter en humaniste laïque une telle situation d’asservissement par la croyance imposée. Les dénonciations de ces pratiques pleuvent depuis des décennies et elles justifient même des bombardements, des destructions, des centaines de morts.

Le vrai problème c’est qu’il faudrait que les États qui stigmatisent de telles pratiques soient exemplaires. Or si l’on se réfère aux actions et aux déclarations récentes de leurs dirigeants on a le sentiment que dieu interfère de plus en plus avec les actions qu’il mène. Lors de la conférence de presse du Schtrumpf belliqueux une demi-douzaine de références religieuses ont émaillé ses propos et ceux de ses affidés. Une association entre la période pascale et le sauvetage du colonel américain a soigneusement été bâtie devant les caméras des télévision du monde entier. Des millions de téléspectateurs ont été invités à considérer que si l’opération militaire avait réussie c’était par la grâce divine.

Le patron du Pentagone, Pete Hegseth, grand maître du Pentagone a délibérément comparé cette action US au triduum pascal, les trois jours célébrés par les chrétiens, du vendredi saint au dimanche de Pâques, afin de rendre hommage à cette mission. « Abattu un vendredi : le vendredi saint. Caché dans une grotte, une crevasse, tout au long du samedi. Et secouru le dimanche. Évacué d’Iran alors que le soleil se levait le dimanche de Pâques, un pilote renaissant. Tout le monde est rentré sain et sauf, une nation en liesse. Dieu est bon. » Cette récupération religieuse n’a pas semble-t-il soulevé la moindre critique médiatique.

Le Schtrumpf a largement aussi effectué du prosélytisme religieux. Il a vanté les mérites du colonel ayant été récupéré par les forces spéciales louant les mérités d’un « fervent croyant » qui en s’éjectant aurait hurlé « Dieu est bon » sur sa radio après s’être éjecté. Il aurait repris cette formule dans un message envoyé ultérieurement ce qui a posé selon certains journalistes à la CIA qui a douté de son authenticité car il aurait ou être dicté sous la contrainte par les Iraniens. Cette séquence décrite comme historique a été conclue par celui qui aurait été inspiré par le ciel : « Dieu était avec nous c’était Pâques ».

Les deux « guides suprêmes » qui siègent à la Maison Blanche ou dans une cachette sécrète quelque par en Iran ont en commun la volonté de mettre « dieu » pour le premier et « Allah » pour le second de leur côté. Une tendance que Voltaire dénonçait dans Candide, mon livre de référence. Quand il évoque le conflit entre les Abares et les Bulgares, il prête à Candide ce constat qu’il faut prendre en référence pour la situation actuelle  : « Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum, chacun dans son camp, il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d’abord un village voisin ; il était en cendres : c’était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public (…). Candide s’enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait à des Bulgares, et les héros abares l’avaient traité de même (…) »

Le conflit avec l’Iran n’a encore pas les allures d’une guerre de religion mais depuis Hier elle a pris des accents bibliques, au point de sembler invoquer une mission quasi divine. La dimension chrétienne a encore été accentuée dans la communication du gouvernement américain qui de facto implique les trois grandes confessions chrétienne, juive et musulmane.  La notion de « croisade » est sous-jacente. Elle l’était dans le camp adverse depuis toujours, à l’égard d’Israël. La guerre en cours implique de fait les trois grandes confessions chrétienne, juive et musulmane. Une tournure dangereuse mais que personne ne souhaite vraiment souligner.

A Téhéran les prières sont destinées à exhorter le peuple à supporter les affres de la guerre. A Washington elles doivent aider les GI à vaincre. On prépare au cas où la journée du 17 mai où le Président invitera à un rassemblement de prières pour « consacrer à nouveau l’Amérique à Dieu ».

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Cet article a 3 commentaires

  1. J.J.

    Lorsque j’étais enfant, on voulait nous faire croire que les cloches parties à Rome le vendredi saint (Pour qu’y faire ? C’est un mystère, tu es trop curieux) revenaient le matin du dimanche de Pâques). Cette année elles sont revenues d’Iran. Cela me rappelle les irrespectueuses paroles d’une sonnerie militaire et une chanson de Bobby Lapointe ( Ta Katy t’a quitté).
    Ceci dit, on pourra me traiter d’iconoclaste et de blasphémateur, ce dont je moque, mais au train où c’est parti sera-ce possible longtemps sans risquer de se faire retailler ?

  2. François

    Bonjour Jean-Marie !
    Aujourd’hui, ton texte, au demeurant interrogatif sur la Conscience de nos gouvernants, m’oblige à te … poser une question:
    En 2026, au delà des vues commerciales (pétrole, terres rares, terres agricoles avec main d’œuvre pas chère, etc ) mais au nom de la Politique ou des religions (c’est la même chose !!), les peuples dit civilisés doivent-ils aider les peuples sous joug politique ou religieux à se libérer … ou regarder ailleurs en chantonnant ?
    Ta réponse souhaitée éclairera nos consciences sans complotisme de service matinal, n’est-ce pas @J.J. ?
    Amicalement

  3. faconjf

    Bonjour,
    petite nouvelle qui décoiffe un tout petit peu, Colette Avital, 86 ans, ex ambassadrice d’israël au Portugal, ex députée à la Knesset, présidente du centre des organisations des survivants de la Shoah, tabassée par la milice de Netanyahu lors de la manifestation contre la guerre… Comme c’est arrivé en Israël, difficile de dire si cet acte est anti-sémite, pro ou anti-sioniste, que nous dis à ce sujet la dépitée Yadan ? Mystère opaque.
    Vous écrivez au sujet de l’Iran  » Difficile d’accepter en humaniste laïque une telle situation d’asservissement par la croyance imposée. Les dénonciations de ces pratiques pleuvent depuis des décennies et elles justifient même des bombardements, des destructions, des centaines de morts.  » La tournure de cette citation de votre cru me laisse perplexe, soutiendriez vous les bombardements subits par les populations Iraniennes ??? Doit-on en déduire que vous pensez que libérer les croyants- ou non- Iraniens doit se faire au risque d’assassiner des milliers d’innocents comme au Liban ou à Gaza. L’histoire regorge de massacres d’innocents dont le seul tort était de ne pas être de la « bonne » religion.
    J’aimerais bien que les religions (toutes!) appliquent à elles même les principes d’amour et de fraternité et principalement à ceux qui à leurs yeux  » sont dans l’erreur du mauvais dieu ».
    Bonne journée

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