Dans toutes les élections, en dehors de la soirée sur les plateaux télé, il y a des battus et des élus. C’est ainsi. Comme me le confiait un vieux maire de mes amis, « si tu ne veux jamais être battu, tu laisses les autres se présenter ». Avec la système des listes à la proportionnelle les premiers sont quasiment certains d’avoir une place autour de la table.du conseil mais les autres devront se contenter d’avoir particpé. Or à peine le dépouillement terminé les élus d’opposition démissionnent comme si seule la victoire les intéressait. La tendance s’accélère. Rien que la semaine dernière des centaines de départs ont été enregistrés.
Leur passion pour l’action publique locale s’arrête très vite démontrant ainsi qu’elle n’était pas très solide. C’st le reflet d’une société dans laquelle cette paraphrase du fameux constat de Bertold Brecht prend toute son actualité : « Puisque le peuple vote contre moi, il faut dissoudre le peuple. ». Bon nombre des « défaits » de ce scrutin cherchent illico des boucs-émissaires à leur désillusion. Bien entendu il n’y sont pour rien. Il en est même qui se victimise ou sont « victimisés » par leurs supporters ou par celles et ceux qui les ont conseillés. Ils ne « méritaient pas de perdre! »
L’ex-ministre de la Culture à Paris a par exemple illustré de belle manière cette attitude. Largement distancée elle a vite rejeté la responsabilité de son score désastreux sur ses alliés qui n’auraient pas mobilisé leur électorat en sa faveur. Les médias bolloresques invoquent la sociologie parisienne comme raison principale de cette « déculottée ». Les plus hauts responsables de l’État qui l’ont soutenue l’ignorent totalement. Bref c’est une injustice que le « peuple » ne l’ait pas reconnue à sa juste valeur. Epouvantable.
Le pire s’est produit dans des villes ayant basculé dimanche dernier dans le camp de l’extrême gauche ou des apparentés avec des attitudes collectives impensables dans une démocratie. Conspués, raillés, conspués, malmenés les « battus » ont ajouté à leur déception une vindicte populiste que l’on pensait aux oubliettes de l’Histoire. Ces images sont terribles car elles accréditent l’idée d’une France de la haine et de la violence. Du racisme anti-élus non-conformes!
Ce décalage entre la très grande majorité des moments similaires marqués par la dignité, le respect et les quelques exceptions montrées en boucle sur les médias restera dans l’histoire républicaine. Il renforce la fracture entre des « mondes » qui n’ont plus rien de commun. La vie politique tourne de plus en plus à la vengeance ou à l’affrontement exacerbé. La « force tranquille » des arguments ne résiste pas à ce vent de haine sourde ou tonitruante qui déferle dans certains secteurs urbains. Le climat des municipales a oscillé entre réglements de comptes et indifférence à dose plus ou moins forte. Les deux étant aussi dangereux l’un que l’autre.
Il serait très intéressant de ramener tous les scores des vainqueurs affichés sur la base des suffrages exprimés, au nombre d’inscrits sur les listes électorales. Certaines victoires prendraient alors une tout autre dimension. La véritable « outrance » quelques jours après le second tout c’est le niveau de l’abstention. Y-aura-t-il un vrai débat sur ses causes ? Que proposent les partis actuels sur la lutte contre ce mal qui ronge la démocratie ? Quel maire élu osera se pencher sur la réalité de son score ? Il est vrai que les agissements signalés ci-dessus n’inciteront pas ces abstentionnistes à se mobiliser pas plus que le déballage politicien actuel.
Il faut ajouter à ces 43 % d’électrices et d’électeurs (21,7 millions de personnes) restés chez eux ou partis vers d’autres horizons que celui limité d’un isoloir, les milliers d’autres adultes en âge de voter qui ne sont même pas inscrits sur les listes. On estime leur nombre à près de 10 millions. Des chiffres hallucinants. Un pays qui tourne ainsi le dos au principal geste de la citoyenneté court à sa perte. Le mépris, la rancoeur, la violence, la médiocrité n’arrangeront certainement pas cette situation.
D’élection en élection le basculement s’impose. Il ne sera donc pas nécessaire comme le prône avec gravité et humour Bertolt Brecht de « dissoudre le peuple » car il se dissout tout seul. Il serait intéressant de publier une carte de France de l’abstention et de la corréler aux scores des extrêmes. C’est affolant. Les boites à gifles sont ouvertes partout. Les querelles se poursuivent. Encore une fois on se dépêchera d’oublier la réalité.
Dans un an il y aura un pourcentage d’absentéisme dans les conseils municipaux et un nombre de démissions correspondant à la conscience citoyenne actuelle. Aucune campagne de communication n’est prévue sur la vote. Une mission parlementaire sur ce sujet n’est pas à l’ordre du jour pour faire des propositions afin de tenter de diminuer l’abstention. Heureusement il y aura les sondages à répétition pour compenser le manque d’intérêt pour les présidentielles qui se profile. On votera par sondages interposés. La France « politique » n’aime ni les évaluations objectives, ni les bilans instructifs. Il vaut mieux crier au loup au dernier moment.
En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Certains se complaisent à fustiger cette violence directe qui a fait son apparition à l’occasion de ces élections municipales, mais on ne parle jamais de cette violence discrète et papelarde, que Jaurès décrit si bien, et dont nous avons eu de subliminaux exemples dans quelques récents débats à l’Assemblée Nationale, assemblée qui fut un temps la représentation du peuple. Il suffit de changer quelques substantifs pour l’actualiser.
Jean Jaurès, discours à la chambre des députés (19 juin 1906)
« La violence, c’est chose grossière, palpable, saisissable chez les ouvriers : un geste de menace. Il est venu, il est noté. Un acte de brutalité, il est venu, il est retenu. (…) Le patronat n’a pas besoin, lui pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis-clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclats de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident. (…) Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparait toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »
Jean Jaurès
Bonjour,
l’effondrement du taux de participation marqueur précis du désintérêt des Français pour la politique, en fait un juste retour de bâton à une classe politique hégémonique et méprisante pour le bas peuple. Comment se mobiliser pour une liste ou pour une autre alors que l’on sait pertinemment que notre avis ne sera « ausculté » que dans 6 ans. L’électeur muselé, tout comme l’opposition au sein des conseils, observe stupéfait le banquet des élus auquel ils ne sont pas conviés bien que la note leur soit présentée. Grands profiteurs des cumuls de mandats municipaux et des comcoms, le gratin des élus profite des indemnités en délégant les tâches ingrates aux conseillers bénévoles. Très souvent, une communauté est présidée par le maire d’une commune membre, qui peut alors cumuler deux rémunérations… sous conditions. Dans ces EPCI comme dans les communes, il existe des plafonds à ces émoluments – qui sont indexés sur l’indice de salaire de la fonction publique – fixés selon le nombre d’habitants en leur sein. Au 1er janvier 2026, l’indemnité maximale s’élevait à 1 695,69 € brut mensuels pour le président d’une petite communauté de communes de 3 500 à 9 999 habitants (678,24 € pour les vice-présidents). Enfin, les conseillers communautaires qui ne sont ni Président ni Vice-président ont une indemnité plafonnée à 246,63 €/mois (1 150,95 € dans les EPCI de plus de 400 000 habitants). Pour les Présidents et vice-présidents les indemnités sont confortables 38 500,44 € et15 402,00 €/an pour un Epci avec plus de 50 000 habitants qui se cumulent avec les indemnités de maire ou d’adjoint. Pour info la fourchette de rémunération annuelle après revalorisation du 24 décembre dernier se situe à 13 860€/an pour 500h à 28 757€/an pour les communes de 3500 à 9.900h/an. Si les indemnités de maire me semblent justifiées au regard de l’investissement énormément chronophages et envahissants, il n’en est pas de même pour les activités communautaires fortement épaulées par un administratif nombreux.
La répartition en sièges au sein des conseils municipaux pose aussi un problème de démocratie, par exemple une ville de 5000 à 9999 h doit élire les 29 conseiller la liste A au premier tour avec 52 % des exprimés obtient 22 sièges et la liste B avec 48% 7 sièges. Une répartition qui permet à la liste A de mépriser 48% des électeurs !!
A l’heure où les caisses sont vides je m’interroge sur la structure intermédiaire des Comcoms qui cumulent maintenant les compétences précédemment détenues par les communes. Pourquoi éloigner les décideurs des usagers? Comment faire une péréquation tarifaire pour les services de l’eau avec des problématiques différentes en fonction de la géographie? Quel citoyen peut éplucher les appels d’offres pour les services regroupés ? Tout cela ne sent pas bien bon … Pourquoi la France à mis en place ces structures intermédiaires très coûteuses, alors que tous les pays voisins ont choisi les regroupements de communes?
L’excuse de la mutualisation des moyens pour faire des économies n’a aucun sens économique, par contre embrouiller et mettre à distance les décideurs ouvre un boulevard aux petites et grosses combines .
Tout est à repenser, mais ça c’est pas possible mon bon monsieur il faut bien entretenir des petits barons aux frais des contribuables, alors ce sera sans moi.
bonne journée