La campagne pour les élections municipales déjà abrégée par le manque de listes dans beaucoup de communes se terminera ce soir. Il n’y aura dimanche selon les sources officielles que 548 communes dans lesquelles il reste deux listes en présence et 803 triangulaires. Et encore ce n’est que dans de très grandes villes que ces situations sont recensées. Paris, Lyon, Marseille, Lille, Toulouse, Bordeaux ;, Strasbourg… mobiliseront donc l’attention médiatique. Ce sont elles et quelques autres qui permettront tard dans la soirée aux représentants des partis de crier victoire. Tout les reste sera oublié.
Mon grand âge me permet d’évoquer la campagne de 1977. Les idées novelles fusaient de partout. Les Groupes d’action municipale (GAM) avaient établi des plateformes globales de gestion dont se s’étaient inspirées des dizaines d’équipes. Ce mouvement considérait que les partis politiques ne fournissaient pas de réponses adaptées aux besoins sociaux du moment. Ils constituèrent une expérience de démocratie politique à l’échelle locale. En 1971, on comptait environ 150 GAM à travers la France avec des animateurs plus ou moins connus.
Ce travail de fond précédant la période électorale avait été lancé en 1961 à Grenoble par Hubert Dubedout. Il avait réussi à établir une transversalité entre associations diverses, syndicats (CFDT) et citoyens volontaires. Son expérience a essaimé dans bien d’autres villes au cours des années 70 avec des réussites enthousiasmantes. Ainsi resté sans étiquette (il n’adhérera au PS qu’en 1974), le Grenoblois est élu maire de sa ville alors que personne ne s’y attendait en mars 1965 sur une liste « union socialiste et action municipale » (SFIO-PSU-GAM). Dubedout est réélu en 1971 (liste GAM-PSU-PS) et 1977 (liste PS-PC-MRG).
Durant ses mandats, Grenoble a été un modèle, fréquemment cité, de socialisme municipal. Il passe alors pour « le meilleur Maire de France » , et illustre toujours la modernité de politiques publiques urbaines des années 1960 et 1970. Grenoble est référencée alors comme un laboratoire précurseur, défenseur et promoteur de la mixité sociale. Il rejoindra Michel Rocard avec lequel il défendra l’autogestion. Une grande idée aujourd’hui renvoyée aux oubliettes. Il va inspirera la campagne de 1977 quand à Créon en marge du PS qui avait dissous pour insubordination la section créonnaise, une liste s’intitulera « pour un gestion démocratique, sociale et humaine » (1), un pied de nez à l’UGDS qui distribuait des étiquettes.
Il n’existe plus qu’une trentaine de GAM en France fédérés par un secrétariat national. Un signe de la décadence du véritable débat autour de la forme de la gestion des grands thèmes de la vie municipale. Ce n’est pas en effet quand on est élu que l’on « proclame » la concertation. Encore une fois ce n’est pas la création de multiples structures dites de « concertation » ou qualifiées de « citoyennes » qui font progresser le dialogue entre élus et population. Les GAM portaient l’idée qu’en matière de vie communale l’élu n’est que la facilitateur des idées venues de la base et qu’il n’est rien sans l’appui des citoyens.
Le processus fonctionnait sur la notion de « projet » pas seulement matériel mais également « idéologique ». Les phases de cette méthode se déclinaient dans l’ordre : écoute, identification de l’intérêt des idées positives émises, conditions de la mise en œuvre du projet, consensus sur la fonctionnement, mis en œuvre matérielle du projet, sécurisation du projet par convention, cession de la gestion directe aux concepteurs et ceux qui souhaitent y participer. Il ne s’agit que de « construire » au sens le plus large de ce verbe.
La société marchandisée, réglementée, normalisée, aseptisée refuse actuellement ce processus. Elle exige que partout, toutes les communes quelle que soit leur taille, leurs moyens, leurs besoins entrent dans le même moule. Il est évident que ce principe d’unicité légale de la gestion conduit à une stérilisation des initiatives et plus encore à une standardisation des réponses. C’est évident que la campagne 2026 des municipales a été stéréotypée, marquée par des oppositions figées, des propositions de bâtisseurs d’équipements ans se poser la question des modalités de leur fonctionnement.
Le mandat qui s’ouvrira en cette fin de semaine dans les 36 000 communes de France durera certainement 7 ans (2033) en raison de la concomitance avec l’élection présidentielle en 2032. C’est long , très long… Que restera-t-il du système figé dans lequel il n’y a plus de citoyens mais de plus en plus de consommateurs ? La fuite en avant v ers le toujours plus ne conduira qu’au désastre démocratique. Ce soir les lumières s’éteignent dans bien des endroits. L’occasion a été manquée…
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