Le métier de journaliste recouvre désormais de multiples facettes qui ont évolué au fil des ans. La carte qui donne le droit d’exercer officiellement a beaucoup évoluée au fil des ans. Une guerre comme celle qui est en cours au Moyen-Orient met en évidence la différence qui existe entre l’envoyé spécial et le correspondant. Tous deux ont en charge la couverture dans une ville ou un pays d’une actualité non seulement dangereuse en raison des bombes ou des missiles qui peuvent à tout instant tomber mais surtout par les conséquences des constats effectués et transmis.
Il en est un qui crève les écrans dans les multiples interventions effectuées sur l’évolution du conflit : Siavosh Ghazi ! Un excellent professionnel qui intervient à des dizaines de reprises de Téhéran avec une sobriété, une densité et un sang-froid dans ses propos méritant le respect. Ce Franco-iranien passe sur presque tous les écrans de télévision. Depuis environ trente ans à 63 ans, il narre la situation dans le pays où il réside, normalement en période courante pour RFI puis pour France 24 dont il est le correspondant historique, ou encore, depuis quatre ans, pour TF1 et LCI, Nuit et jour il est sollicité pour fournir des informations solides sur les évènements en Iran et il n’est pas avare d’interventions.
Un authentique journaliste qui évolue en permanence sur une ligne de crête pour évoquer les informations sur les effets de la guerre que l4iran essaie par tous les moyens de dissimuler. Un exercice de funambule dont il s’acquitte avec une honnêteté intellectuelle qui force l’admiration. Il essaie en effet selon lui de rester strictement « factuel ». Un journaliste qui ne parle que de ce qu’il sait et qui n’essaie pas de jouer le scoop à tout prix pour satisfaire des télévisions pourtant avides de sensationnel.
Il est l’un des très rares journalistes travaillant pour des médias étrangers à Téhéran, aux côtés de ceux de l’Agence France-Presse (AFP), de l’agence allemande DPA et de quelques reporters arabes et asiatiques. Sa responsabilité n’en est que plus grande. Contrairement aux envoyés spéciaux à Dubaï ou aux Émirats Arabes Unis ce pro ne recherche absolument pas le cadre « porteur ». Il y a eu des scènes cocasses avec des « commentateurs » assis en bord de mer afin de démontrer leur courageuse appropriation du détroit d’Ormuz. Dans la grande majorité des cas il fallait avoir une solide imagination pour imaginer ce passage clé pour la suite de la guerre. Siavosh Ghazi a une autre crédibilité qui découle de la force de ses synthèses factuelles et plus encore de sa volonté de prudence. Compliqué pour lui.
Jusqu’à quand cet homme pourra-t-il continuer à évoluer au péril de sa vie, en plein aire, dans une ville sur laquelle pleuvent les missiles ou les bombes lâchées à distance par des avions invisibles ? Depuis le 28 février au petit matin, les troupes américano-israéliennes mènent des frappes massives sur l’Iran. Il s’agit d’une des plus grandes opérations aériennes de ces dernières décennies. Des centaines d’avions sont déployés. Des milliers de missiles et de drones sont expédiés de part et d’autre. Il est extrêmement courageux, dans ces conditions, pour un correspondant, d’informer en direct comme il le fait.
D’abord parce qu’il prend le risque d’être tué dans les bombardements qui, même s’ils sont concernés, peuvent toucher des journalistes, d’autant que ceux-ci essaient à chaque fois d’être au plus près des combats. Ensuite son autre défi est de garder une stricte neutralité, dans un pays où toute critique peut avoir de lourdes conséquences. Siavosh Ghazi ne doit pas servir « d’indic », même involontaire, aux troupes de la coalition, car cela pourrait lui coûter cher. À l’antenne, il sait parfaitement faire preuve de la plus grande prudence. Il ne se permet pas d’émettre le moindre avis car il mettrait sa vie et peut-être celle de sa famille en danger.
Quand on constate l’attitude de certains de ses confrères américains accrédités à la « Maison noire » de la liberté d’expression on imagine aisément la différence de conception du métier. Terrible contraste entre deux visons du même métier. La manipulation de l’information est patente en pareille période : diffusion par les armées d’images choisies valorisant leurs actions et oubli manifeste d’autres (massacre des écolières ou des populations civiles) moins glorieuses ; affirmations péremptoires sur des résultats dont on ignore la réalité ; dissimulation de situations défavorables ; interdiction de zones ou de lieux.
Dans le fond et c’est devenue une constante : les vidéos « amateurs » prises à la sauvette constituent les documents les plus authentiques sur le conflit. D’ailleurs à Dubaï on l’a bien compris puisque leur envoi sur les réseaux sociaux ou à des diffuseurs est passible de 45 000 € d’amende et de peines fermes de prison… Pendant ce temps à Téhéran Siavosh Ghazi accomplit imperturbablement sa mission (car s’en est une)… sans que les téléspectateurs en aient conscience.
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