En évoquant dans le livre « La Belle Époque du crime » la période de la vie locale entre 1879 et 1911 je souhaitais à travers la reconstitution de cinq enquêtes mesurer l’écart existant avec les comportements actuels. Nous vivons en effet dans une « insécurité » supposée omniprésente dans notre quotidien. Depuis quelques jours le meurtre du jeune marseillais Mehdi Kessaci, frère du militant écologiste engagé contre le narcotrafic Amine Kessaci mobilise les médias, le gouvernement et une part assez faible de l’opinion publique.
Il a été abattu en plein jour par un commando de tueurs à moto dans le quatrième arrondissement de la cité phocéenne. Un acte destiné à intimider toutes celles et tous ceux à l’image de son frère qui tente de se mettre en travers du business lucratif du trafic de drogue.
Quel rapport avec la séquence évoquée à la fin du XIX° et au début du XX° siècle ? Tout simplement c’est que si les narcotiques n’existent pas au niveau actuel dans la société d’alors, un autre fléau est à l’origine des violences recensées : l’alcool. Dans quasiment tous les crimes ou délits relatés dans la presse d’alors, on trouve cette « drogue » d’alors à l’origine des pires exactions. Sous l’influence de passages dans les auberges où la chopine était individualisée et répétitive les meurtriers se livrent aux pires horreurs. On boit beaucoup et régulièrement ce qui influe sur les comportements.
S’il est un souvenir que les moins de soixante-dix ans ne peuvent avoir c’est bien celui des planches didactiques sur les effets de l’alcool sur le corps humain. Dans toutes les classes, les instituteurs le samedi après-midi en général mais parfois le matin en leçon de morale, évoquaient les dangers de trop boire. J’ai en mémoire le dessin du foie du buveur et la description du delirium tremens lié au sevrage d’un alcoolisme élevé.
J’ai acquis la conviction qu’il n’y a guère de différence entre la « Belle Epoque » (sic) et celle que nous vivons. En France, au XIX° siècle, la consommation de vin et d’alcool connut en effet un spectaculaire accroissement. Les produits consommés étaient souvent d’exécrable qualité, falsifiés ou colorés à l’aide de divers produits naturels ou de synthèse. Par ailleurs, dans le cadre de sa politique sur les libertés publiques, la Troisième République triomphante facilita à l’extrême l’ouverture des débits de boissons (loi du 17 juillet 1880). Dans certains quartiers populaires, on compta en moyenne près de trois débits pour cinq immeubles. La vraie différence c’est que cette consommation abusive était depuis légale et elle le reste sauf si on prend le volant. Lorsqu’elle ne le fut plus aux USA on sait bien qu’un trafic lucratif avait émergé et provoqué les mêms effets que le narcotrafic.
Né dès la première moitié du XIX° siècle le discours hygiéniste des philanthropes et des médecins tendit à décrire les classes populaires comme rongées par le fléau de l’alcoolisme. Les leaders ouvriers, socialistes de la première génération, reçurent mal ces considérations moralisatrices. Puis, dans les années 1890, le ton changea. L’alcoolisme et la fréquentation des débits furent désormais considérés comme des obstacles à la cause révolutionnaire, et un mouvement antialcoolique, syndicaliste et socialiste prit naissance. Cependant, l’alcoolisme ouvrier reste une inconnue, aucune statistique ne permettant de cerner la consommation alcoolique des classes sociales.
La situation du narcotrafic est donc basée sur le coté occulte des ventes, des consommation et donc l’absence de contrôle de l’État sur ces consommations de plus en plus répandues sur le territoire national. On ne va plus au bistrot, au bougnat, au café, à l’auberge ou au bar pour se ruiner la santé mais à la maison, dans des instants collectifs privés ou des rassemblements festifs et hors de toute contrainte officielle. L’alcoolisme reste présent et reste un fléau social. Rien. Pas un mot. Si ce n’est la loi Evin qui a formalisé des conseils de prudence dans la consommation.
Avec 11,7 litres d’alcool par an et par personne de 15 ans et plus la France se distingue en Europe. Si on ajoute 41 000 décès attribuables à l’alcool par an, dont 30 000 chez les hommes et 11 000 chez les femmes on a une idée de ce que représentent les conséquences de cette consommation « officielle ». 13,4% des 18-24 ans déclarent au moins 10 ivresses par an et 10% des 18-75 ans consomment à eux seuls 58% de l’alcool consommé !
Le narcotrafic préoccupe les pouvoirs publics car ils ne le contrôlent absolument pas. Les conducteurs sous emprise de stupéfiants ou même de médicaments altérant leur capacité à conduire sont désormais plus nombreux que ceux qui dépassent les limites légales des alcootests. Qui applique vraiment la loi sur l’ivresse sur la voie publique qui date du 23 janvier… 1873 à l’initiative de Théophile Rousser ? Cette infraction ne sanctionne pas un niveau d’alcool, mais un état alcoolique qui représente un risque pour d’autres personnes ou pour la personne ivre elle-même, et qui crée un trouble à l’ordre public. Rien d’autre. Ah ! Si on taxe l’alcool pas le shit !
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Il fut un temps également où, probablement à l’initiative des « pinardiers » la publicité pour les diverses boissons alcoolisées était non seulement permise mais même encouragée.
Bien sûr il y eut en 1915 l’interdiction de l’absinthe, la « fée verte » à l’origines de nombreux drames, mais probablement pas plus que le « trois six » et autres tords boyaux.
Si l’alcool a été le drame médico-social du 19ème et du 20ème siècle, (10% de nos concitoyens sont alcooliques) la drogue sera bien l’ennemi n°1 du 21ème siècle.
Le pire, si j’ose dire, c’est qu’elle conduit beaucoup de CSP + , comme on dit, à se shooter pour travailler ou exister à travers ces divers produits toxiques. Et ils gèrent souvent des milliers de gens…
Combien de politiques se droguent?
Cela serait très intéressant de le savoir.
Non, vraiment, ce monde fou de l’IA , de l’artificiel et du virtuel ne me dit rien de bon!
Allez, bonne journée quand même…