Signe indubitable de l’époque actuelle : quand il ne sait pas résoudre un problème sur le fond le pouvoir centralisé décide de l’effacer par une mesure financière. Il en va de tout pareil. Les crises de vocation dans la fonction publique ou les conflits sur les conditions de travail sont compensées par des primes; les difficultés structurelles de bouclage des budget des établissements médico-sociaux sont occultées par ce que l’on appelle des crédits non reconductibles; les agriculteurs ne vendent pas ou mal leur production on lâche des aides de trésorerie récupérables. Tout dans notre société se règle par le pognon.
Ainsi pour pallier la défection putative des candidatures aux élections municipales qui se profile, les dépités de la République ont décidé d’augmenter les indemnités que le commun des mortels baptise aisément « salaire ». Une mesure qui plaira aux associations d’élus qui savent pourtant bien que les racines du mal sont ailleurs. Ainsi au Palais Bourbon, un amendement du gouvernement, légèrement modifié par la commission des lois, prévoit une augmentation dégressive en fonction de la taille des communes.
La mesure permet de revaloriser avant tout les élus des petites collectivités. Comme la très grande majorité des communes ont moins de 500 habitants (près de 50%) ce sont elles qui seront les plus concernées. Cette revalorisation dégressive, allant de 7,84 % pour les communes de moins de 500 habitants, à 1,38 % pour celles de plus de 100 000. Cette solution divisera par deux le coût de la mesure (34,5 millions d’euros) et atténuera légèrement le rapport entre les indemnités les plus basses et les plus élevées. Le budget de l’Etat devra trouver les sommes nécessaires puisqu’il les compense par des…dotation spécifiques. Dans les plus petites collectivités le delta serait de 81 euros mensuels desquels il faudra déduire les cotisations sociales obligatoires pour l’IRCANTEC.
Les dépités ont donc ajusté la grille des indemnités maximum mais il faut savoir que bon nombre d’élus locaux ne prennent pas cette somme dont le barème est fixé annuellement pas la Loi des Finances. En effet il faut faire voter le montant exact par le conseil municipal ce qui n’est jamais facile dans le climat réprobateur à l’égard des gestionnaires locaux. Un pourcentage variable du dédommagement officiel est souvent adopté et des répartitions internes sont effectuées au sein d’une enveloppe globale. C’est l’une des rares libertés qu’il leur reste : se diminuer la compensation de leur activité bénévole au service de la population pâr peur d’être accusé de vivre sur le dos des propriétaires contribuables puisque les locataires ne payent plus rien.
Dans les plus importantes collectivités les « avantages » matériels s’ajoutent à des indemnités plus élevés : déplacements assurés par du personnel ou remboursés, repas de travail pris en charge ou remboursé, garantie de sécurité, L’inégalité est aussi là. L’élu de base se déplace avec son véhicule personnel et il est contraint de solliciter s’il travaille des autorisations d’absence, il finance ses moyens de communication ou ses repas s’il en a, il contribue souvent localement au financement de la vie associative et met la main à la poche au quotidien. La France étant le pays champion du monde de la réunionite les élus d’une petite commune doivent répondre au minimum à une trentaine de convocations obligatoires et une autre trentaine de manifestations diverses qui sont incontournables. L’intercommunalité nécessite maintenant une disponibilité accrue même de la part de ceux qui sont non dédommagés. Elle a rajouté de la complexité et un besoin de disponibilité pénalisant les premiers magistrats communaux.
La vraie différence dans la fonction repose donc sur les moyens dont dispose chaque élu pour résoudre… Il sont au niveau de zéro dans bon nombre de communes et donc il place le Maire en permanence face des difficultés individuelles ou collectives qui le dépassent ou qu’il ne sait pas ou ne peut pas résoudre. Comme le veut une formule réaliste : « le Maire est le premier représentant d’un République décadente à portée de baffe ». Et il en prend régulièrement et de plus en plus souvent. Normal disent de plus en plus de gens il est payé pour ça !
L’augmentation de l’indemnité ne changera rien aux injures, agressions, attaques aux biens ou aux personnes qui augmentent sans cesse ! Les élus sont principalement victimes de menaces, outrages ou propos injurieux (68 % des cas). Des violences verbales qui s’exercent de plus en plus en ligne : 24 % des attaques sont commises par internet, traduisant une montée des cybers incivilités envers les élus.
Le bilan 2024 recense aussi 250 agressions physiques contre les élus, en hausse de 6 % par rapport à 2023. Les actes de dégradations ou destructions de biens représentent, quant à eux, 8 % des cas. Le bilan relève 101 dégradations de biens publics, en baisse de 40 % sur un an, et 48 dégradations de permanence, en baisse de 69 % par rapport à 2023. Sur les réseaux sociaux la bêtise citoyenne atteint des sommets car elles s’exprime anonymement et n’est que le reflet d’une acculturation citoyenne dramatique !
Dans l’état actuel du fonctionnement de la cellule républicaine de base le montant de ces défraiements n’est pas obligatoirement le problème essentiel des maires. Leur lassitude vient du fait que quelle que soit la taille des collectivités les normes, les textes, les règlements, les contraintes institutionnelles sont les mêmes et que tout élu, à quelque niveau qu’il soit est un justiciable potentiel.
C’est toute la démocratie locale qui est en jeu car tout le fonctionnement social qui se délite, tout l’environnement des services se dégrade, tout le lien social et la confiance réciproque s’estompent et ça c’est beaucoup plus difficile à remettre à flots que de changer un barème financier aussi bénéfique soit-il. La crise des vocations touche les « ex-instituteurs », les curés et les maires… Le fameux triptyque de la III° république se barre en quenouille. Pas que pour des problèmes de fric. l’estime et le respect ne s’achètent pas.
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Encourager le désordre pour faire régner un ordre « à la botte », voilà les réflexions que cette situation m’inspire.
Une situation bien entretenue à tous les niveaux afin de bien distinguer très arbitrairement les « bons » et les « mauvais.
Avec toujours des forces répressives encouragées à matraquer ou gazer, sinon plus « si affinités » avec beaucoup de zèle et d’application les originaux qui ne veulent pas comprendre dans quel sens le vent doit souffler.
Il est d’ailleurs inquiétant de constater que certains représentants d’idéologies agressives, malsaines, intolérantes, scélérates, ont droit à la clémence, voire la protection des pouvoirs publics.