La splendide vasque qui avait illuminé la soirée d’ouverture des jeux olympiques de Paris s’élèvera durant trois ans dans le jardin des Tuileries. Elle est devenue une attraction touristique comme d’autres éléments d’une soirée pluvieuse mais heureuse. Il a fallu que la Cour des Comptes (encore elle) vienne lester de quelques milliards imprévus le bilan d’une compétition ayant enthousiasmé un public brutalement passionné par les épreuves sportives.
Les sages de la rue Cambon sont en désaccord avec les résultats publiés par le comité d’organisateur. Il avait annoncé un excédent de ses propres comptes d’environ 76 millions d’euros, contre 27 millions en décembre 2024. La cour ne le remet pas en cause mais comme elle contrôle l’usage des fonds publics elle a chiffré toutes les dépenses que l’État a engagées pour que les J.O. puissent se dérouler pour gâcher les souvenirs.
Le budget final des Jeux s’établit à 4,494 milliards d’euros pour la partie recettes et 4,418 milliards pour les dépense (dans le dossier de candidature, le budget était estimé à 3,2 milliards et avait été revu à 3,8 milliards en 2018). Les recettes budgétaires du Cojo sont quasi entièrement privées, reposant sur les sponsors, la dotation versée par le Comité international olympique (CIO) et la billetterie. Donc apparemment tout a été pour le mieux dans le monde olympique. N’empêche que l’on est loin de la réalité si l’on compte tout.
Les Jeux olympiques et paralympiques de Paris auront réellement coûté plus de six milliards d’euros de dépenses publiques, annonce la Cour des comptes dans « une première estimation ». Et on ira certainement au-delà. Elle a par exemple évalué « les seules dépenses d’organisation à 2,77 milliards d’euros » dont 1,4 milliard pour la sécurité, et « les dépenses liées aux infrastructures à 3,19 milliards d’euros ». Il faut les ajouter au bilan.
Elle a rassemblé de nombreuses dépenses spécifiques de l’Etat, des collectivités ou d’entreprises publiques: primes aux policiers, construction du village olympique, ou encore le coup d’accélérateur mis sur les travaux de la ligne 14 du métro dans les dernières semaines pour arriver à temps près du village olympique, etc… On arrive donc à plus de 6 milliards auxquels il faudra ajouter les dépenses engagées par les collectivités locales qui ne sont pas encore toutes compilées.
Ce constat provisoire devrait interroger, en un moment où les finances publiques de l’État sont à l’étiage de plus bas sur les futurs JO d’hiver dont la France a pris la charge. Même si le niveau prévu des dépenses est inférieur il va falloir sérieusement serrer la vis pour éviter des dérapages incontrôlés sur la neige.
Deux rapports de l’Inspection Générale des Finances ont déjà prévenu. Le Comité d’organisation seul (hors investissements et sécurité) avait selon IGf “Un budget qui s’annonce lourdement déficitaire (…) La prévision de déficit se révèle optimiste et doit être réévaluée » Deux mois plus tard, elle précisait sa pensées : « Le résultat prévisionnel du COJOP présente d’emblée un déséquilibre, que la mission évalue entre 850 et 900 millions d’euros, à couvrir par les collectivités publiques.” On risque de dépasser le milliard auquel dans le contexte mondial il faudra ajouter d’énormes frais de sécurité.
Encore une fois le système de défense qui a été opposé à la Cour des Comptes tourne autour des « retombées économiques » de ce type de manifestation. La consommation sous toutes ses formes étant taxée, les recettes de l’État bénéficieraient d’un retour sur investissement : hébergement, restauration, achats divers, déplacements ! Bien évidemment il faut l’évaluer car il est difficile de comparer l’écart réel entre une saison estivale ou hivernale normale et celle des J.O.. C’est seulement sur ce delta que l’État peut récupérer ses dépenses spécifiques. On est certainement très éloigné des sommes dépensées.
Pour le moment la polémique porte, comme le veut la tradition française, sur les dépenses. Tony Estanguet a rétorqué à la Cour des Comptes que « les différents choix méthodologiques opérés, qui consistent à maximiser systématiquement les montants retenus et à les imputer intégralement aux Jeux, aboutissent à un total démesuré, qui est en décalage complet avec le niveau des dépenses publiques qui a été réellement nécessaire à l’organisation des Jeux ». La remarque n’est pas inexacte. Le bienfait des J.O. réside dans l’obligation de « faire » et ainsi de débloquer la léthargie habituelle d’un État incapable d’investir.
Le Président du COJO ne remet pas en cause pour autant tous les frais liés à la sécurité ou aux transports… qui eux sont imputables sur le fonctionnement de l’État déjà largement déficitaire. En 2030, qu’en sera-t-il ? Il faudra même payer la neige car il n’y en aura pas !
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Bonjour,
ah! Les zeujolympiques que personne ne voulait et dont nous nous sommes emparés avidement. Une occasion rêvée de faire étinceler le savoir faire de notre beau pays dans l’organisation des manifestations populaires. Un véritable tour de force comparé aux anciens jeux du cirque Romain dont tout est copié à commencer par la dimension politique. A partir de la dictature de César et par la suite, les empereurs romains vont prendre un pouvoir de type monarchique « dissimulé ». En effet, ils cumulent tous les pouvoirs mais se cachent de l’absolutisme par le soutien total du Sénat. Ce fait est du à la haine profonde que voue le peuple romain à la royauté et au pouvoir monarchique des débuts de Rome. Toutes les similitudes avec l’époque actuelle sont purement fortuites.
Comment les empereurs font-ils alors pour tenir sous leur joug le peuple d’habitude si contestateur ?
La réponse est simple et nous est donnée de façon sarcastique par Juvénal, poète de la fin du premier siècle, qui dit que tout ce dont le peuple a besoin ce sont « du pain et des jeux » (« panem et circenses »). Selon lui, pour soumettre le peuple décadent de Rome à sa volonté, il suffit de lui offrir de quoi manger (du pain) et de beaux spectacles (des Jeux) qui le satisferont amplement. C’est pour cette raison que l’on distribuait gratuitement du pain dans la ville et que l’entrée aux Jeux était elle aussi gratuite. On peut constater que le consentement bien travaillé par la propagande qui envahit les merdias a permis de TOUT faire payer contrairement aux Romains. On arrête pas le progrès!!
Un certain nombre de personnages politiques ont fait exécuter de somptueux Jeux dans le but de distraire et de plaire au peuple pour gagner plus de pouvoir par l’évergétisme* et le patronat**. Plus les Jeux étaient longs et impressionnants, plus le personnage qui en était à l’origine était puissant et reconnu. César lui-même, qui avait compris l’intérêt du peuple pour ces spectacles, en fait donner des spectaculaires, qu’il finance avec son immense fortune et qui lui ont permis de connaitre la gloire qu’il a connu auprès du peuple lors des élections par exemple. Quant à Auguste, il financera 26 jeux impériaux par an durant son règne. Les empereurs qui suivirent en firent de même, car le maintient de cette tradition leur permettait d’avoir la mainmise sur le peuple sans avoir recours à la force.
Encore une fois toutes les similitudes avec l’époque actuelle sont purement fortuites.
Les Jeux du Cirque sont dès leur origine, et ce phénomène s’amplifie avec l’arrivée de l’Empire, une manifestation religieuse et, de plus, en lien étroit avec une notion de pouvoir que César et les empereurs qui l’on suivit ont su utiliser avec habileté.
Cette notion du pouvoir et de la religion se retrouve surtout dans la procession qui précédait les jeux du Cirque (pompa circensis), c’est une procession rituelle qui partait du temple de Jupiter Capitolin sur le Capitole et rejoignait le Circus Maximus.
Rien à voir avec le parcours de la flamme Olympique !
La procession partait donc du Capitole, et plus particulièrement du temple de Jupiter Capitolin, traversait le forum romanum par la Via Sacra et entrait dans le Circus Maximus par la Porta Pompae. Le cortège effectuait ensuite un tour d’honneur dans le cirque lui-même. Cette procession se composait de jeunes, de danseurs, de musiciens, des athlètes, de victimes sacrificielles, de l’editor (magistrat qui organisait les Jeux) et de tout un défilé de fercula (brancard) et de tensae (chariots) qui transportaient les statues des esprits et des dieux. Lors de la procession ces statues et l’editor étaient honorés par le peuple qui assistait et participait aux festivités.
Nous pouvons constater de nos jours que les victimes sacrificielles ont disparu et que les statues des esprits et des dieux ont été remplacées par les sponsors.
En fait, les zeujolympiques modernes ne sont qu’une pâle copie des jeux du cirque, sauf que la facture elle a été très largement actualisée et la décadence se fait également ressentir.
bonne journée
* évergétisme (du verbe grec εὐεργετέω / euergetéô signifiant « faire du bien ») est la bienfaisance ostentatoire d’un riche notable (appelé évergète) en faveur d’une communauté envers laquelle il manifeste une générosité intéressée par des dons et des bienfaits (appelés évergésies).
** patronat Étymologie : du lation patronatus, condition de patron, patronat, venant de patronus, patron, protecteur, ancien maître d’un affranchi. Dans l’Antiquité romaine, le terme patronat désignait les droits de l’ancien maître sur l’affranchi.