La pluie. On attendait la pluie. Elle est enfin tombée plongeant bien des oisifs, des retraités, des actifs matinaux et des adeptes du week-end profitable dans un espoir frénétique. Son intensité était scrutée et les plus précis décrivaient des millimètres arrivés sur un sol aussi assoiffé que le « gosier à demis » asséché de ceux qui campent au bistrot. Les seules manifestations actuelles qui passionnent une grand part de la ruralité ce sont celles qui viennent du ciel : palombes et cèpes. Les prédictions battent leur plein mais elles sont réservées en quelques mots codés aux vrais amis, ceux qui savent conserver un secret. On ne cause plus ni rugby, ni tiercé mais arrivée des deux mannes automnales !
Flegmatiques, pour éviter d’éveiller l’intérêt des espions toujours présents ou muets pour ne pas avoir à refuser une information à un ami, les vrais profiteurs attendent. C’est dans leurs yeux que l’on découvre des éléments permettant de détecter en milieu de matinée, un soupçon de satisfaction ou de tristesse, offrant un indice sur la situation. L’apparition d’un « bolet » (ils n’emploieront jamais ce mot) déclenche immédiatement une quête similaire à celle du Graal par les chevaliers de la table ronde chez les experts. Ils se réservent pour leur premier jour, celui où selon eux naîtront les plus audacieux des cèpes. Le chercheur ordinaire attendra lui la ruée pour tenter de prendre des kilos.
Il faut savoir que depuis longtemps, les « connaisseurs » ont exercé leur talent de « mycologue-récolteur » et qu’ils ne travaillent pas tous à l’intuition ! Ils sont souvent « licenciés es-cèpes » grâce à leurs facultés de terrain. Énigmatiques ils ne s’expriment qu’avec des mots ou des formules simples : « rien! »… » ; « pas d’indices » ; demain » » ; « ça commence! « ; « trois ou quatre ! » mais jamais un « vas-y ! » franc et massif ! Les rares bistrots des villages vivent alors des heures que l’on pensait oubliées, celles où une indiscrétion pouvait briser une estime ou une amitié. Les ramasseurs médiocres se vantent très vite et lâchent le nombre de leurs trouvailles ou pour les plus inconscients le poids « estimé » de leur sac. Il y en a d’autres qui désormais étalent sur les réseaux sociaux leurs exploits. Les autres résistent à la tentation du paraître.
Tout l’habileté du chercheur émérite réside souvent dans sa capacité à anticiper la venue en ce monde des « têtes » blondes ou brunes qui feront sa légende. Être le ramasseur d’élite à pouvoir opiner du chef à une simple question : « alors il y en a ? » vous donne rapidement une notoriété aussi importante que celle dont a joui l’enchanteur Merlin. N’espérez pas cependant obtenir davantage ! Le véritable chevalier du cèpe disparaît des journées entières et ne réapparaît que quand le filon s’épuise. Il ne s’exprime dans le fond que quand il n’a rien trouvé. Et encore.
Les seuls indics fiables appartiennent en effet au monde restreint des « météorologues-astronomes-géologues » sachant parfaitement accumuler les indices « scientifiques » favorables à l’exercice de leur passion. Les explications assez elliptiques de ces explorateurs de replats tiennent en effet du pronostic avec des codes que seuls les habitués sont en mesure de comprendre.
Les observateurs de cette période faite d’incertitudes savent qu’il existe majoritairement la catégorie des « hommes qui ont vu les hommes ayant vu des hommes ayant réalisé des cueillettes légendaires ». On leur doit souvent les fausses rumeurs ou les approximations territoriales qui désespèrent les non-connaisseurs des principes girondins voulant que dans le domaine du cèpe tout soit secret. Pour eux le cèpe n’a jamais été un « champignon », mot vulgaire s’il en est, mais un objet artistique dont il faut apprécier l’élégance donnée par le grand couturier de la nature. Le coté esthétique de la trouvaille joue un rôle essentiel. « J’en ai trouvé des beaux, des jeunes, des fermes… » Un propos dénué de toute amniguité qui dénote simplement l’appartenance à la noblesse des chercheurs de cèpes. Ce n’est pas le tout d’en trouver il faut aussi qu’ils soeint présentables. A cet égard le vrai amoureux du cèpe n’aime pas les étalages pêle-mêle des marchés à bas prix. Un vrai chercheur a sa fierté de ne pas proposer n’importe quoi.
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J’ai pris pas mal de distance avec le champignon depuis qu' »un » vipère rouge impressionnant m’a passé entre les jambes alors que je m’apprêtais à récolter des « pieds de mouton »(Hydnum repandum).
Je n’étais guère difficile, préférant la variété à la disette (si le cèpe était rare, je savais me contenter de variétés moins prestigieuses, mais savoureuses quand même). D’ailleurs lorsque je rencontrais des champions du noble champignon(hors du cèpe, point de salut, et pas n’importe lequel !), je m’entendais dire :
– » Malheureux ! Vous allez vous empoisonner ! »
Il est vrai que le cryptogame m’intéressait surtout sur le plan botanique (mais il ne fait plus partie depuis quelques années du règne végétal et constitue un nouveau règne, le règne fongique) et j’étais plus enclin à fréquenter les expositions organisées par des sociétés mycologiques (auxquelles j’ai parfois participé). On y rencontre des amateurs et des passionnés aussi « folklo » que les passionnés du cèpe de Bordeaux.
Chacun prend son plaisir où il le trouve.
J’ai pris pas mal de distance avec le champignon depuis qu' »un » vipère rouge impressionnant m’a passé entre les jambes alors que je m’apprêtais à récolter des « pieds de mouton »(Hydnum repandum).
Je n’étais guère difficile, préférant la variété à la disette (si le cèpe était rare, je savais me contenter de variétés moins prestigieuses, mais savoureuses quand même). D’ailleurs lorsque je rencontrais des champions du noble champignon(hors du cèpe, point de salut, et pas n’importe lequel !), je m’entendais dire :
– » Malheureux ! Vous allez vous empoisonner ! »
Il est vrai que le cryptogame m’intéressait surtout sur le plan botanique (mais il ne fait plus partie depuis quelques années du règne végétal et constitue un nouveau règne, le règne fongique) et j’étais plus enclin à fréquenter les expositions organisées par des sociétés mycologiques (auxquelles j’ai parfois participé). On y rencontre des amateurs et des passionnés aussi « folklo » que les passionnés du cèpe de Bordeaux.
Chacun prend son plaisir où il le trouve.