Un forte partie de la France survit grâce à une économie parallèle plus ou moins légale. La tendance est en augmentation. Ainsi tout à coup sont apparus sur les sites des entreprises de vente en ligne tous les butins des pillages effectués dans les magasins le 17 octobre. Certains annonceurs dimanche effectuaient même de la pub en annonçant que leurs ventes provenaient des vols effectués dans les boutiques.
Une sorte de « label » qui a alerté les modérateurs de ces plateformes qui ont tenté de les supprimer avant que les acheteurs se manifestent. Un signe évident du fonctionnement d’une société où le fric compte plus que tout. Des lots de rouge à lèvres neufs, des maillots de foot sur lesquels l’antivol est encore présent, des sacs entiers de produits cosmétiques se sont retrouvés exposés cyniquement en ligne.
Ce phénomène est la partie visible de trafics « légaux » qui se multiplient en marge du commerce traditionnel. Bien qu’elles soient surveillées ces opérations permettent d’écouler des quantités de marchandises plus ou moins « propres ». Des familles survivent grâce à cette activité consistant à récupérer ce qui peut être « vendable » et de le mettre valorisé en ligne. C’est plus facile et plus productif que les expositions dans les vide-greniers ou les brocantes. Il y a aussi des « acheteurs » qui flairent le bon coup et revendent aussitôt pour tenter de réaliser un joli bénéfice.
Ainsi le chiffre d’affaires officiel de LBC France, la société qui exploite le site Leboncoin, s’élève à 469 millions d’euros l’an passé. Il était seulement de 332 millions d’euros en 2022 ce qui représente une progression de 41 % sur quatre exercices. La France constitue aussi et de loin de loin le premier marché mondial de la plateforme lituanienne, regroupant plus de 23 millions d’utilisateurs. À l’échelle globale du groupe, le chiffre d’affaires total a franchi le cap symbolique du milliard pour atteindre 1,1 milliard d’euros. Le dernier chiffre spécifique à notre pays approche les 814 millions d’euros ! Un record.
Sur Vinted une personne ne peut pas réaliser plus de 20 transactions pour un montant ne pouvant être supérieur à 2 000 €. La plateforme doit au-dessus de ces limites signaler vos coordonnées à l’administration fiscale. Sauf que pour beaucoup la famille sert de couverture à la multiplication des ventes. L’astuce étant d’acheter sur un site et revendre sur un autre. Ce sont au total donc des milliards qui échappent de fait à toutes les taxes d’autant que les ventes se réalisent souvent en Europe. Il faudrait y ajouter toutes les autres formes de commerce « souterrain » qui prospèrent..
La Banque de France estime à 11 % du PIB ce qu’elle appelle « l’économie de l’ombre » (sic) soit environ 340 milliards ! On y retrouve toutes les activités non déclarées, délictuelles ou même criminelles. Les autres estimations européennes sont supérieures avec une moyenne de 350 milliards ! Malgré ces montants élevés, la France se situe dans la moyenne basse des pays de l’Union européenne. Elle affiche un taux d’économie « informelle » inférieur à celui des pays d’Europe du Sud (Italie, Espagne ou Grèce, où elle dépasse parfois les 20 %), mais supérieur à celui des pays anglo-saxons ou scandinaves
Les pillages qui ont eu lieu traduisent cet appât pour l’argent facile. Plus aucun repère. Plus aucune retenue. Il faut pour certains jeunes ou moins jeunes d’ailleurs gagner du fric vite. Jamais avec eux le principe voulant que le profit n’ait pas d’odeur n’a été plus vrai. Divers reportages ont permis de mieux comprendre cette amoralité liée à des profits permettant d’exister. « Je ne fais que reprendre toute ce que je donne le reste de l’année à l’État ! » lançait un pilleur au visage masqué pour justifier son acte. « Au final, on économise de l’argent en pillant« avoue un autre. Un autre a déclaré devant le tribunal « Tout le monde est entré alors pourquoi pas nous ! » Eux ont été pris mais combien d’autres auront la sensation de cette impunité qui flatte leur égo.
Ces phénomènes qui ont pris une ampleur exceptionnelle les 17 et 18 octobre dernier traduisent une mutation sociale désastreuse. Pour certains d’entre eux alors que l’on prétend qu’ils sont engagés dans un rigorisme religieux qui les conduirait à l’extrémisme l’absence de repères devient inquiétante. Pour d’autres c’est une autre approche qui leur permet d’exister dans la violence et la transgression.
La bêtise politique a conduit les tenants du pouvoir à affirmer encore une fois que les meneurs casseurs étaient tous issus de l’ultra-gauche. Or la procureure de la République de Paris a assuré qu’elle ne « peut absolument pas confirmer » que les auteurs de violences à Paris sont « des personnes politisées vers l’ultragauche ». Dommage. Il faudrait connaître les notes confidentielles sur la possibilité que certaines d’entre eux aient été « pilotées » par des services voulant du bien à la France. Les pilleurs ont profité de leur action mais ce sont eux que l’ont a arrêtés facilement. les autres ils sont repartis vers leur base. Et là c’est silence radio !
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Excellente analyse mais je crois qu’il est contreproductif de dire « Un signe évident du fonctionnement d’une société où le fric compte plus que tout » car évidemment tout le monde veut « gagner » plus mais pour vivre mieux et les plus modestes notamment ne comprennent pas qu’on les stigmatise lorsqu’ils veulent avoir plus d’argent. Seul doit être jugé les méthodes pour obtenir cet argent. J’ai conscience d’enfoncer des portes ouvertes mais j’entends trop autour de moi des adolescents qui ne veulent pas participer à certaines activités ( de défense, finance, etc.) tout en exigeant d’être pris en charge par la société! et trop de politiques qui justifient les pillages par les inégalités d’argent ainsi « que représente un vol de bijou par rapport au vol des milliardaires » on entend cela à l’extrême gauche et ca participe au climat actuel…qui ne présage rien de bon pour l’avenir.
Naïf de nature, je découvre que ce ne sont pas les seuls milliardaires qui truandent le fisc. Moi je ne peux pas, quand je vais acheter mon pain et mon camembert, et faire le plein de ma Rossinante. Comment échapper à la TVA ?
Lapouyade @…on entend cela à l’extrême gauche Je dois être un peu dur d’oreille, car je n’ai pas encore entendu cela de la part de ce que vous désignez probablement comme l’extrême gauche.
Bonjour,
l’économie parallèle est aussi vieille que le monde. Sous l’Ancien Régime, l’impôt sur le sel (la gabelle) et les taxes de douane intérieures (les « aides » ou les traites) provoquent un vaste réseau de contrebande organisé. Les « faux-sauniers »fraudent massivement le monopole royal pour revendre du sel moins cher. Et ça se poursuit pendant le XIXe siècle et l’industrialisation (Travail dissimulé et exode rural). Et ça explose pendant la Seconde Guerre mondiale avec l’apogée du marché noir (1939–1945).
Aujourd’hui à l’heure de l’IA qui laisse penser que l’État contrôle tout, les chiffres de l’économie parallèle fluctuent entre 6.7 et 11.1% du PIB. Dans certaines régions du monde, notamment en Afrique subsaharienne, l’économie informelle représente entre 60 % et 90 % de l’emploi. Elle compense l’absence d’indemnisation chômage institutionnelle. L’économie parallèle fonctionne souvent comme un amortisseur social informel et spontané, en particulier en période de crise économique ou dans les régions où les systèmes de protection de l’État sont défaillants ou insuffisants. En offrant des moyens de subsistance immédiats à ceux qui sont exclus du marché du travail formel, elle limite la pauvreté extrême, même si elle comporte des risques majeurs de précarité. L’économie informelle « de survie » ou d’appoint se compose de petits travaux, services entre particuliers et des circuits criminels ou mafieux (trafics de stupéfiants, contrebande de tabac, fraude à la TVA, recel et revente d’objets … ).
Le pillage des magasins n’est en fait que le prolongement de l’abandon des zones défavorisées se traduisant par des zones de non-droit où les gangs mafieux ont pris le pouvoir. Les systèmes maffieux sont des cancers dont la tendance est d’occuper tous les terrains où ils peuvent prospérer en profitant de la disparition des représentations de l’État. A ce titre toute disparition des services publics ( police, santé, enseignement…) se traduit par une occupation de l’espace disponible par les « bons » offices des maffias.
Les gouvernements successifs ont laissé faire cet envahissement et l’économie souterraine s’est substituée aux services de l’État. Bien avant les épisodes de pillages, la police a été débordée, incapable d’enrayer les règlements de comptes qui maintenant débordent des zones de non-droit pour envahir les villes et les villages.
L’économie souterraine a de beaux jours devant elle, ce ne sont pas les mesures du type – « Le gouvernement français a exigé des plateformes de revente en ligne qu’elles retirent sans délai les annonces suspectes de biens volés après les pillages survenus en marge des manifestations. » – qui régleront le problème des zones de non-droit…
Bonne journée
Bonjour JF
Pendant l’occupation existait également le « marché gris » qui était exercé par des personnes utilisant le troc pour subvenir à leurs besoins, et surtout pratiquer une sorte d’entraide. C’est ainsi qu’avec ma famille, j’ai participé (très modestement vu mon âge à cette époque) à des vendanges chez des cultivateurs qui recherchaient de la main d’œuvre. Payés en principe en nature, nous n’avons pas reçu le vin qui devait être le salaire, mais en échange, on nous a livré du bois, des fagots, de l’alcool à brûler et diverses denrées fort utiles en ces temps de pénurie.
Les pratiquants de ces agissements avaient souvent vergogne, en imaginant que l’on pouvait assimiler leurs activités à du « marché noir », ce qui était en fait inexact.