Quel est l’avenir du livre en version papier ? En France la chute des achats si elle persiste met en péril toute une filière. Il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste de l’économie pour le constater. Il faut en effet avoir sacrément le moral pour fréquenter comme auteur un salon consacré aux ouvrages publiés. Plusieurs signes sont inquiétants.
Étonnant paradoxe que celui de voir des auteurs se battre pour trouver un éditeur qui lorsque la publication a eu lieu n’a pas les moyens de promouvoir son « produit ». En fait sur les lieux de partage de l’écrit on n’a plus de présence des « maisons » d’édition invitant les écrivains et mettant les ouvrages sur le marché. Au point que l’on peut se demander parfois pour quelles raisons ils ont accepté le tirage d’œuvres qu’ils se contentent d’expédier chichement sur les points de vente sans effectuer le moindre suivi promotionnel. Trop de titres probablement.
Le second constat est encore plus inquiétant : on sent bien que dans une manifestation où il y de très nombreux livres présentés le budget d’achat n’est plus aussi gonflé qu’antérieurement. Les lectrices et les lecteurs qui ressortent avec une acquisition sont les plus nombreux et depuis peu il existe une clientèle qui vient voir les titres et espère les retrouver en bibliothèque… Posséder un ouvrage n’est plus un acte commun. Le bonheur que l’on a eu d’avoir ses « trouvailles littéraires » comme repères de sa progression culturelle n’existe plus. Le coté immatériel de la vie a transformé les habitudes et les repères. Le papier disparaît lentement mais sûrement.
Le marché français traverse une crise marquée par une forte baisse des ventes en volume et des difficultés financières pour de nombreux acteurs. Sur les quatre premiers mois de 2026 il a reculé de 7,9 % en volume (75,66 millions d’exemplaires vendus) et de 7,2 % en valeur (947,23 millions d’euros) par rapport à la même période en 2025. La comparaison sur deux ans (2024-2026) a vu les ventes perdre plus de 10,4 millions d’exemplaires (-12,1 % en volume) et environ 108 millions d’euros de chiffre d’affaires (-10,2 %).. des statistiques inquiétantes car elles risquent d’être encore plus mauvaises sur la fin de l’année avec le souci des retraités (les plus gros lecteurs) qui craignent pour l’avenir de leur pouvoir d’achat.
Un Français sur trois achète un seul livre par an ou moins pour lui ou pour offrir. C’était moins d’un sur quatre Il y a cinq ans en arrière. Si les éditeurs modestes et n’ayant pas de pseudo-ouvrages attribués à des têtes de gondole politique ou médiatique pour équilibrer leurs comptes, souffrent. Pour la première fois depuis la dernière guerre mondiale, le nombre de fermetures annuelles de librairies (85 fermetures pour 83 ouvertures récemment recensées) a dépassé celui des créations. Les petites librairies indépendantes (notamment celles dont le chiffre d’affaires est inférieur à 300 000 €) subissent des baisses atteignant parfois -10 % ! Leur marge tous frais déduits (les charges courantes ne cessent d’augmenter) se situe autour de 1 % !
L’intrusion polémique de l’Intelligence artificielle dans l’écriture n’arrange pas la situation. Si les remous autour de « C’est ça ou mourir » ont dans le fond favorisé sa notoriété et les achats, il faut s’attendre à des pertes de crédibilité réelle ou supposée lors des prochaines sorties. L’écrit a déjà été dévalué par les techniques modernes de communication et il devient qu’on le veuille ou non de plus en plus élitiste. Il faut les moyens financiers pour y accéder et avoir un niveau culturel suffisant pour en profiter. Ces deux paramètres se raréfient et donc la tendance générale constatée ne s’interrompra pas.
Depuis déjà pas mal de temps une plateforme de distribution mondialement connue propose d’édite elle-même gratuitement les ouvrages qu’on lui propose. Ce système du « producteur-distributeur » avec un minimum d’investissement et sans absolument aucun contrôle éditorial causera des ravages. Je connais une personne qui envoie un « manuscrit » écrit avec l’IA par mois via ce système. Elle a une rentabilité largement supérieure à la publication traditionnelle. Plus aucun intermédiaire. Le prix unique est contourné ainsi que celui de l’envoi majoré. En plus le format spécifique de cette plateforme est automatiquement privilégié.
L’avenir n’est pourtant pas très sombre mais il impliquera des mutations importantes : l’édition risque de se scinder en deux parties. Celle réservée aux ouvrages papier de qualité, soignés, de valeur et celle d’une profusion de livres réputés ordinaires créés artificiellement. L’auteur aura un autre rôle avec une importance accrue à son imagination, à sa notoriété et sa capacité à constituer un public fidèle qu’il alimentera en nouveautés plus souvent et à moindre prix. Je n’en serai pas.
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bonjour,
lors de mon dernier voyage en train j’ai fait une petite visite au Relay qui appartient à Lagardère Travel Retail, une filiale du groupe Lagardère, lui-même contrôlé par le groupe Bolloré (via Louis Hachette Group). Résultat pas grand chose sur le linéaire des livres sauf la pile de bouquins de l’eurodéputée Reconquête ! Sarah Knafo. En un mois, elle a vendu le nombre inhabituel de 200 000 exemplaires de son premier livre, Le Casse du siècle. Le résultat d’un cocktail mêlant diatribe antifiscale, marketing bien huilé et force de frappe de l’écosystème Bolloré.
Je préfère vous dire que j’ai gardé mes 19.90€ en évitant pareil investissement. Le livre est d’abord un produit porté par le marketing, puis il se dépose bien en vue dans nos maisons et parfois sans même avoir été ouvert il part en déchetterie. Environ 25 000 tonnes de livres par an (et jusqu’à 26 300 tonnes selon les études de référence) soit environ 19 % à 22 % des livres expédiés vers les points de vente reviennent chez les distributeurs pour finir au pilon.
Bénévole dans une ressourcerie je vois la quantité phénoménale de livres, que nous ne sommes pas en mesure de valoriser, partir en recyclage, certains sont si neuf que le regard des lecteurs ne les a pas usés.
Tout cela c’est avant tout du business, soit pour la filière, soit au service des idées de certains!!
Bonne journée
Bonjour Jean-Marie !
J’avais décidé de ne pas commenter ce magnifique édito sur la mort programmée de la trouvaille de Gutenberg : « Pas grave, me dis tu, avec Mac-Ronds, tout est mis à mort ! ». Surtout, je craignais que mes arguments ne m’attirent les « fourches caudines » de nos amis instituteurs, retraités ou en poste … qui, pour x raisons ( manque de temps, rengaines auditives, autres disciplines imposées, manuels peu attrayants et surtout forte concurrence pratique d’Internet), ont réduit la lecture à haute voix, commentée, voire théâtralisée depuis trente – quarante ans. Chacun peut comptabiliser les dégâts à TOUS les niveaux ; collèges, lycées, universités et … professionnels. Vous pensez que j’exagère ? Regardez et écoutez autour de vous !
C’est notre ami @faconjf qui a réveillé mon clavier ! Non ! Je ne vous confierai pas de lien instructif mais, plutôt, je vais vous conter mon aventure récente puisque close hier !
Chineur dominical, un lien amical s’est tissé avec un « videur de maison après décès » motivant des visites tri-hebdomadaires à son dépôt. Dans cette caverne d’Ali Baba de la chine, un tas de livres (2 m³!) a vite attiré mon attention par son inventaire « à la Prévert » : Pascal, Balzac, Pagnol, St Ex, Diderot côtoyaient Bouvard, Montagné, Desproges ainsi que des livres de Droits, quelques scolaires, des dicos (6), des encyclopédies (médical, Larousse du XX siècle en 6 et 8 volumes éd. 1928, les animaux du Monde (2 x 6 vol.), du tourisme français et international, le tout agrémenté de cuisine, bricolage, sport, mode …bref la bibliothèque d’un féru de lectures qui, vu l’état impeccable des ouvrages, inspirait le respect.
Au bout d’un bon mois d’observations de la pagaille ignorée par la clientèle, le brocanteur me glisse :
– Ça t’intéresse ?
– C’est à trier mais ça sera long.
– Attrape ta remorque et emmène TOUT ! Gratos car demain c’est la déchetterie !
Je m’exécute : deux jours à trier, ranger en cartonS … sous les sarcasmes de mon épouse !
Fier de ma récolte à distribuer gratuitement, j’avertis les collégiens et lycéens du village … lesquels, outrés par le dérangement, me tancent d’un « On a tout ça dans le smartphone » ! Et vlan, attrape ça Papy !
Après cet échec, remplissage des boîtes et cabanes à lire (1) mais la saturation fut vite atteinte.
Un article dans S-O m’indique une exposition – vente de livres d’occase à La Réole 33 par une asso pour l’insertion : refus de la responsable qui a à peine observé mon chargement :
– Mais je vous les donne !
-Merci mais non ! Déchetterie ! Je vous prête ma carte ?
Hier, ce fut St Léon et son bac à livres … destinés au recyclage ! !
Tu vois, J-M, l’avenir des auteurs, même les célèbres est aussi triste que celui des viticulteurs … même anonymes.
Si la lecture des livres fut un excellent moyen de transmission de la connaissance, nous allons nous avouer vaincus par les moyens modernes …et la bombe atomique nommée IA !
La lutte est disproportionnée ! !
Rappelle toi ce qu’écrit M. Brighelli dans « La fabrique du crétin » à savoir 5% d’élites et 95 % de dociles moutons ignares sauf que les élites sortent souvent du même moule scolaire ! !
Près de moi, une magnifique encyclopédie «Tout l’Univers »en 22 volumes, rescapée du naufrage me murmure sur un air chagrin :
«- Dis moi, François, mon voyage à St Léon, c’est pour quand ? »
Amicalement
(1) ancienne cabane de vignes qui offre de la lecture dans la nature (devenue friche viticole) ou à emporter.