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La glorieuse incertitude des courses de Craon

Des grappes de spectateurs affluent vers les tribunes de l’hippodrome de Craon dans le sud de la Mayenne. Elles déferlent en ce début d’après-midi rès ensoleillé comme attirées par un événement hors du commun, une sorte de rendez-vous mystique, les fameuses « Trois Glorieuses », ces journées de ce premier long week-end de septembre entièrement consacré aux couses hippiques avaient d’habitude leur point culminant le dimanche. On s’y rend depuis 178 ans à la grand-messe du trot, du galop ou des courses d’obstacles pour retrouver les racines d’un territoire fusionnel avec le cheval.

La tradition a la vie dure et elle perdurera quand on voit la forte proportion de familles avec enfants ou de jeunes qui se pressent sur de superbes installations. Le lieu devient en une heure une immense « lessiveuse sociale » gommant en apparence toutes les classes. On vient se montrer ou simplement montrer que l’on existe, mais on vient ! Il est cependant aisé de distinguer les tenants du concept social des courses d’antan réservées à une élite sociale du peuple qui vient ici avec des rêves de gains myriiques.

L’après-midi autour des pistes constitue un événement que des dizaines de milliers de personnes ne connaissant pas grand chose à la race chevaline, ne manquerait sous aucun prétexte. Il faut être au rendez-vous sans fastes et sans tenues ostentatoires sur ce lieu dédié au cheval de course qui est probablement le plus fonctionnel et le plus accueillant du genre en province. Deux gigantesques tribunes surélevées que ne renieraient pas des stades de sport collectif bruissent vite des exclamations enthousiastes ou dépitées des parieurs avides de sensations fortes. Une ambiance particulière monte dans les derniers mètres des tribunes ou le long de la lice avec des encouragements sonores à destination de chevaux porteurs de tous les espoirs. Ils résonnent sur le vaste espace d’un vert « nargueur » de la sécheresse régnant ailleurs. Des exclamations de déception lorsque l’un des concurrents tombe à la réception d’un saut d’obstacles.

« Il y a certes du monde confiel’une des vacataires de la société chargée par le PMU de collecter les paris mais incontestablement les gens jouent beaucoup moins que les années antérieures. Et le nombre très réduit de partants dans certaines épreuves de galop n’aident pas. Nous avons même cette année réduit tous les lieux de pariscar nous n’avons pas retrouvé le volume desjoueurs des années avant la Covid. La crise est vraiment là.».

Les spécialistes s’inquiètent. Les courses de cevaux sont en crise. Le nombre d’épreuves diminuera drastiquement dans le galop la saison prochaine. Il n’y aurait trop d’épreuves et les comptes du PMU sont dans le rouge. La télé avant tout le reste en raison des jeux en ligne qui maintenant mondialisent les courses . Une réalité que le monde du football ou du rugby vit régulièrement avec des rencontres décalées à des heures impossibles pour satisfaire les exigences de retransmissions. Lundi à Craon le quinté était par exemple positionné pour des raisons stratégiques en début de réunion ce qui rend toutes les autres épreuves sans grand intérêt. Les grandes courses historiques n’avaient pas plus de six partants ce qui n’intéressent pas les gens avides de gros gains. Le PMU se dirige vers une crise sévère dans les prochains mois.

 «  Je n’ai jamais vu quelqu’un faire fortune avec les paris commente Alain . Les gros gains son ’arrêter dès que l’on a un gain substantiel on est toujours finalement perdant. Il n’y ceux des paris automatisés et relèvent du pur hasard. Si ce n’est pas un passe-temps, une manière de tenter de lutter contre le hasard en s’évertuant à dénicher la perle rare, les paris sont des pièges à fric. »

A Craon en se glissant ce week-end dans l’une des maigres files se plaçant devant les guichets ou les machines, on perçoit cette soif de rationalité qui anime les prétendants aux bons coups. A voix aussi basse que possible ils annoncent à la guichetière impassible ce qu’ils pensent être la solution miracle. Les vrais turfistes cachent aussi leurs succès pour ne pas susciter des convoitises et se plaignent tous de leurs échecs. Si la France compte autant de sélectionneurs des Bleus que d’habitants, le monde des courses hippiques possède un nombre conséquent de techniciens des courses hippiques aux analyses infaillibles.

Lorsque vient en fin de journée la clou du spectacle qu’est le grand steeple-chase se disputant sur six kilomètres de montées, de sauts redoublés d’obstacles et de folles cavalcades sur des chemins poussiéreux, les tribunes grondent de plaisir. On se croirait dans une arène où se dérouleraient les jeux du cirque; L’épreuve terriblement exigeante appartient à l’histoire des courses en France.  Là-bas au loin sur le flanc des collines un peloton s’étire en minuscules silhouettes. Des centaures décrivent des arabesques à bride abattue dans la campagne, traversant même une route départementale neutralisée durant l’épreuve.  Les tribunes et le parterre rugissent de plaisir, applaudissant à tout rompre un lointain passage d’une haie ou d’un obstacle inventé pour tenter de précipiter la chute du cheval de son cavalier. L’arrivée tonitruante plonge dans l’extase une foule ravie de constater qu’un enfant du pays ou presque, a  devancé les « étrangers ».

Les fourmis « parieuses » quittent lentement les lieux, des images plein la tête et surtout avec ce qui manque le plus dans leur monde : l’espoir d’être à leur manière des vainqueurs grâce à ces chevaux fiers qui ne savent pas pourquoi ils se courent après… Les propriétaires d’un vainqueur indifférents mais heureux de la douche qu’on lui offre sous la canicule, exultent et remercient la terre entière des exploits de leur cheval. Ils paradent avec jockey et entraîneur sur le podium au milieu des perdants. Là aussi tout le monde ne peut pas gagner !

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Cette publication a un commentaire

  1. J.J.

    Je ne connais rien aux courses de chevaux, pourtant dans mon enfance, tous les ans nous étions invités par un ami, président du comité des course (je ne sais plus le nom de son titre en réalité) au courses de printemps et d’automne. Ce dont je me souviens c’est que je m’y suis fort ennuyé, ne connaissant personne dans ce monde d’adulte : voir courir les chevaux, c’est joli, mais entre deux course, qu’est ce qu’on s’….
    Pour moi Craonne, c’est une variété de poule assez originale, en réalité de son vrai nom, Araucana, originaire d’Amérique du sud(Chili, Araucanie, pays des amérindiens Mapuche).
    Craonne, c’est aussi le titre de la sinistre et désespérée chanson des Poilus, interdite car parait il, sapant le moral des troupes en évoquant une sinistre bataille (offensive Nivelle avril 1917.
    « C’est à Craonne sur le plateau.
    Qu’on doit laisser sa peau.. »
    Bon, j’arrête, ça me fait mal… Avec mes excuses.

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