Canal + diffuse actuellement une série autour de la vie de Michel Platini. J’ai « avalé » à la suite les six épisodes qui retrace son enfance, son ascension dans le monde du football avec en point d’orgue sa candidature à la tête de la Fédération Internationale de Football dont on connaît le Président actuel copain de Trump et de ses affidés. Je suis un hérétique car si j’ai admiré le joueur je n’ai jamais eu une estime particulière pour l’homme. Ce petit-fils de Piémontais ayant posé sœurs sabots en Lorraine possède en effet un caractère qui irrite plus qu’il rassemble. On le dit « chambreur » permanent et ce que certains prétendent être de la franchise confine parfois au mépris.
Je l’ai rencontré une fois en tête à tête alors qu’il venait de s‘installer dans la fonction de sélectionneur de l’équipe de France de football après ses trois ballons d’or et sa formidable carrière en Italie.C’était le 19 août 1990 dans l’arrière salle d’un restaurant de Royan. Il était venu pour participer au jubilé de Dominique Rocheteau. L’ange vert totalement différent de son ancien co équipier stéphanois avait concocté une plateau de choix pour deux rencontres de gala. J’avais été envoyé par Sud-ouest afin de couvrir l’événement mais surtout pour obtenir un entretien avec celui qui ne nourrissait pas une grande estime pour les journalistes. Mon modeste statut de pigiste dans un quotidien régional ne plaidait pas pour la réussite de ma mission.
En préparant le déplacement j’avais réussi à gratter l’information selon laquelle les joueurs se réuniraient pour le déjeuner dans un restaurant discret de Royan. Il me fallait y aller au culot. Je m’installais devant le lieu du rendez-vous en espérant voir arriver le sélectionneur auréolé de débuts époustouflants avec 19 victoires consécutives. Je vis défiler toutes les grands noms de l’épopée des Verts ce qui pour moi correspondait à un rêve éveillé. Tous courtois, affables et prêts à échanger avec un plumitif de passage. Michel Platini finit par débouler. Je l’interpellais en lui demandant quelques minutes de son temps pour le journal Sud-Ouest. Il me regarda comme un importun mais devant mon insistance finit par me lâcher : « je vais d’abord déjeuner et si j’ai un moment avant d’aller au stade je vous verrais ! Mais vous savez je n’ai rien à vous dire ! » Je n’étais pas plus avancé.
Je m’installais sur les marches du restaurant et j’attendis patiemment que les agapes que je supposais joyeuses compte tenu des rires, des bribes de conversations qui en émanaient. Vers 15 heures le groupe qui avait bien festoyé commença à se désagréger. Comme je rappelais à Platini sa demi-acceptation d’un entretien il manifesta son étonnement : « vous avez vu l’heure. J’ai un match moi ! « . Il me fallut lui expliquer que moi-aussi puisque je couvrais le jubilé. Il en parut étonné. Visiblement à contre cœur il n’osa pas me repousser mais je sentis que je l’agaçais. Il trouva une table dans une salle annexe s’assit à moitié sur une chaise signifiant son peu d’empressement à me confier quoi que ce soit. Je tentais d’obtenir quelques réponses à la dizaine de questions que je lui posais et qui manifestement ne lui convenaient guère.
En regardant la série j’ai retrouvé ses idées essentielles. « le football est une philosophie moi j’aime simplement le ballon. Le patron d’une équipe se dégage tout seul et ce n’est ni au staff ni à l’entraîneur de le décider » Toute sa carrière il a imposé sa loi et plusieurs témoignages fiables m’ont assuré qu’il imposait sa loi et ses options partout où il est passé.
Quand je lui demandais avant les matchs France-Pologne et surtout Islande-France s’il comptait modifier sa sélection il me décocha : « Je fais avec ce que j’ai ! » sur un ton ironique et un tantinet désabusé. Il m’expédia encore quelques vacheries que je transformais en « vérités ». Trois ou quatre minutes pas plus et il se levait et disparut. Sur le terrain il participa numéro 10 sur le dos à un match durant lequel il retrouva ses habitudes guidant du pied et de le voix le jeu de son équipe qui ne pouvait que gagner. J’expédiais mon papier sur le match insistant sur l’amitié qui liait la bande à Rocheteau allant de ses amis de Lycée aux « vedettes » qui affrontèrent les Girondins de Bordeaux.
Michel Platini joue toujours au modeste, au joueur sans ambition, au gars qui refuse tout pour finalement accepter. Il a du caractère c’est une certitude. Au fil des épisodes de la série il ne bronche pas d’un iota. Il est lui-même. L’un des chevaliers servants de la balle ronde les plus prestigieux a régalé une génération. Je garde certains de ses souvenirs dans ma propre besace. L’inoubliable soirée de Séville du 8 juillet 1982 ; l’inoubliable Bordeaux-Juventus du 24 avril 1984 et la dramatique tragédie du Heysel quelques semaines plus tard appartiennent à mon « patrimoine » immatériel. La nostalgie reste un puissant narcotique. Au point que j’ai fini par apprécier l’Homme chez le magicien du ballon.
En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Je te rejoins Jean Marie c’était un magicien!J’allais quelques fois voir jouer le Girondins dans les années 70 ,même si je préférerais le rugby et le cyclisme que je pratique encore.
En 1979 j’étais en formation avec quelques camarades sur la base aérienne de Toul Rosières.
Avec l’un d’eux, qui jouait au football nous sommes allés voir le match Nancy Bastia du 15 mai 1979.
Et là nous avons découvert un génie du ballon.Associé à Olivier Rouyer,excellent footballeur aussi,ce fût un match magnifique que le score de 5 à 1 reflète parfaitement.C’est dommage ce match est introuvable sur YouTube
Y a t il encore de tels joueurs Français en ligue 1?