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Je n’aime vraiment pas être malade car les autres me manquent

Avez-vous, une fois au moins, ressenti le désarroi de l’homme actif malade ? Ce soir, je suis prostré dans mon fauteuil, enveloppé dans une couverture, incapable de penser, avec une tête ressemblant à une  » coucourde  » d’Halloween pleine de sorcières turbulentes. Rien de bien grave, mais un moral en berne, une soirée qui s’éternise, durant laquelle tout paraît inutile. Et des idées noires qui me traversent l’esprit. Par les temps qui courent, toute alerte bénigne génère la peur d’un mal plus implacable. Même si la raison l’emporte, on pense à des lendemains qui déchanteraient, on craint que l’ordinaire dissimule en fait une épreuve que l’on n’est pas prêt à affronter.

Samedi je suis allé à Saint-Pierre de Mont pour poursuivre mes actions totalement gratuites de passeur de mémoire autour des cimentiers et des adeptes du béton armé de Postua. Un régal. Le soir à mes frais j’avais réservé une chambre dans une chaîne hôtelière de moyenne gamme. La clim, ce fléau des temps modernes a eue raison dans la nuit de ma résistance. J’ai donc ramené un crève pas possible avec une fièvre déraisonnable. Je suis dans le coltard avec maux de gorge, toussotements répétés et nez ressemblant à une fontaine.

L’homme public haït la maladie ordinaire. Il ne comprend pas les raisons qui font que, de temps à autres, il se retrouve en situation de faiblesse. Lui qui doit sans cesse donner le change, effacer ses propres problèmes derrière un dynamisme permanent, absorber les tourments des autres, il ne supporte pas d’être obligé d’annoncer qu’il baisse pavillon devant un  » bobo  » commun. La peur d’être accusé d’être un tire au flanc, un  » faible « , un  » fragile  » perce inévitablement dans les pensées me hante. Elle conditionne ma volonté de répondre aux engagements pris et la décuple. J’ai la trouille d’annoncer que je ne peux pas répondre à l’attente des autres.

L’élu ou en l’occurrence l’ancien élu,véhicule une certaine idée sociale. Il se doit de résister à tout. D’ailleurs, c’est ce que François Mitterrand a démontré, avec une force tranquille exceptionnelle, durant ses deux mandats. Il a su, au prix d’efforts dont j’imagine aisément l’exigence, ne jamais craquer. Il a donné le change. Il a apprivoisé la douleur. Il a résisté à la tentation de l’abandon.

Je me suis souvent posé la question de savoir comment il avait pu, chaque jour, ou presque, puiser dans un corps rongé par le cancer, l’énergie nécessaire pour tenir dans toutes les tempêtes. Un goût immodéré du pouvoir, un désir d’entrer dans l’Histoire, une farouche obsession de ne pas donner à ses adversaires un occasion de le croire en position de faiblesse, l’ont sûrement aidé. Quel que soit l’opinion que l’on ait sur le Chef de l’État qu’il fut, il faut reconnaître le caractère exceptionnel du bonhomme..

Je suis là, inutile, cerné pas les couvertures amoncelées par mon épouse. Je n’aurais pas l’indigne prétention de me comparer à François Mitterrand car ce serait d’une vanité sans nom, mais je suis obligé de constater combien il est difficile d’être à la hauteur quand vous n’avez pas l’intégralité de vos moyens physiques. Les responsabilités, quel que soit leur niveau, ne souffrent plus la moindre faiblesse. Il est indispensable de donner le change.

La vie personnelle devient accessoire pour celles et ceux qui prennent leur engagement à coeur. Elle meurt dès qu’apparaît la notion d’engagement souscrit auprès des autres. En voulant parfois la mettre en avant, certains hommes politiques se brûlent les ailes. Ils apprennent, à leurs dépens, que si elle véhicule la proximité populaire elle peut aussi causer des ravages dans l’exercice de fonctions décisionnelles.

Je suis banalement malade. Je suis certain que vous n’en avez rien à cirer. Ce matin en ouvrant les yeux je chercherai à savoir si je suis en mesure de faire face aux rendez-vous inscrits sur mon agenda. Si tel est le cas, je m’efforcerai de ne rien montrer. Si je suis obligé de rester blotti dans mes couvertures, j’irai voir mon toubib favori.  » C’est un virus. Attends que ça passe me dira-t-il. Prends du recul? Apprends à dire non, et pense un peu aux tiens?  » Son ordonnance ne variera guère. Elle tentera de me détourner de ce que je considère comme un devoir. Je l’écouterai, désolé qu’il n’ait pas un médicament miracle contre la culpabilité de ne pas en faire assez.

L’Humanisme ne reposant que sur le doute permanent de soi, je tenterai, une fois encore, de concilier, par tâtonnement, mes aspirations de service des autres, et les limites de ma forme physique. En plein doute sur la validité de ma démarche, j’attendrai des jours meilleurs.

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Cet article a 3 commentaires

  1. François

    Bonjour Jean-Marie !
    Et voilà notre écrivain transformé en « Malade … pas imaginaire » !
    Par ces belles nuits de fin de printemps (24° C le matin dans mes vieux murs ! ), tu aurais invité la canadienne de ta jeunesse ou la Quechua de ton petit fils : une nuit avec des souvenirs de jeune trappeur plein de santé à l’ombre relative des grands pins des Landes sans impact carbone et, pire, ni participation au trou de la Sécu ! ! ! Allons, Jean-Marie, La Classe, on veut jouer les vedettes de Cannes ? ? ? ?
    Pour ton gros rhume, @J.J. me souffle « tisane des trois chapeaux au couugnac, bien sûr ! ! »
    Pour ta « fontaine de Trévi », grande amie du rouleau d’essuie-tout (conseillé version maxi !), un truc de grand mère très efficace même si pas agréable : rinçage des fosses nasales … à l’eau de mer ! !
    En principe, une semaine avec le toubib et son listing, sinon huit jours et c’est guéri ! ! !
    Bon ! Remonte les coussins, double les couvertures en laine des Pyrénées bien sûr et tope un bon livre : je t’en connais un excellent, très en vogue, d’un auteur en général en bonne santé : Les 9 vies d’Ézio d’un certain J-M Darmian !
    Courage … surtout pour Madame !
    Amicalement.

  2. J.J.

    Vieil ermite, je n’ai plus aucune vie publique. En octobre, quand après une séance de tonte dans le jardin j’ai senti un petit picotement dans la gorge, j’ai eu l’impression que ça n’allait pas se passer tout seul. En effet, je me suis retrouvé avec une « belle » fièvre, le nez en « cassotte », puis ça m’est descendu sur la poitrine, une bronchite dont je suis coutumier, donc recours au médecin : la tisane des « trois chapias »(désolé François..) est un peu faiblarde, pas d’autres solution que les antibiotiques.
    Et dans la foulée, je me suis fait vacciner contre les pneumocoques attendu la fragilité de mes « éponges ».
    Depuis octobre, donc, je n’ai pas mis les pieds au jardin, mon épouse sur ces entrefaites ayant subi plusieurs passages à Haut Lévêque…Longue convalescence encore en cours, donc la maison à organiser, voire un peu à tout, en particulier des activités pour lesquelles je n’ai pas grande compétence, mais ça va mieux avec quand même avec cependant de temps en temps des « coups de mou »…
    Pour le jardin, nous avons de bons voisins qui prennent la peine de faire de l’entretien afin que ça ne devienne pas une jungle, mais il va falloir régler cette affaire car pour moi, le jardin, et quoi qu’il m’en coûte, je sais que c’est fini…
    Bref la vie n’est pas (et n’a jamais été) un long fleuve tranquille.
    Ça a dû être dur pour toi ces journées de quasi canicule.
    On ne peut que te souhaiter d’aller mieux le plus vite possible.
    Bon courage à toi et à ta dame(il parait que ce terme n’est pas correct, mais je le trouve un peu naïf peut être, mais plus amical et agréable qu’une formule solennelle.

  3. Maria LAVIGNE

    Bonjour Jean Marie !
    Un peu d’accord avec François sur les médications à utiliser contre le rhume. J’ajouterais des gouttes aux essences, produit naturel et ancien que l’on achète en pharmacie sans ordonnance et qui est très efficace.
    L’aide précieuse de Marie Claude t’aidera à retrouver la santé.
    L’émission dédiée à Edgar Morin hier soir nous a montré qu’avec de la volonté on surmonte bien des obstacles, alors le jeune que tu es retrouvera bien vite l’envie de continuer tes activités préférées . Quant à nous, quelques plantations nous occuperont si la pluie cesse.
    Prompt rétablissement donc, amitiés à vous deux.

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