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Quand la mémoire de la guerre imprégnait mon village

Lorsque j’assiste à une cérémonies commémoratives je me retrouve devant le monument aux morts en culottes courtes regardant un spectacle bouleversant ma vision quotidienne des personnes qui s’y retrouvaient. Endimanchés, figés et concentrés ces acteurs que je connaissais souvent dans le contexte de leur travail devenaient en ce jour du 11 novembre des « Héros » bardés de médailles dont la signification m’échappait totalement.

Tout le village était imprégné de la Guerre 14-18. Entre ceux qui en étaient revenus avec des séquelles diverses, ceux qui y avaient perdu un père, un mari ou un fils et les soutiens institutionnels à la mémoire collective le conflit envahissaient la vie locale. Le Maire, le Curé et l’Instituteur avaient par exemple tous trois traversé les quatre années avec des fortunes diverses. Je ne comprenais pas les raisons qui poussaient les deux derniers à ne pas rejoindre la manifestation où l’on évoquait surtout les morts alors que le premier ne pensaient qu’à cette date dans son calendrier !

Répondant au nom prédestiné de Langemarie, le prêtre célébrait une messe à la mémoirebdes disparus à laquelle tout ce que Sadirac comptait comme « patriotes » assistait exceptionnellement. Le premier magistrat arborait son écharpe tricolore et se tenait au premier rang sans aucun signe de partage des rites. Ces dames de l’Harmonium laissaient exxceptionnellement une place plus grande à M. Rigal dont la voix de basse réservée souvent pour les enterrements, entonnait un de Profundis dont il avait le secret. Le nombre des enfants de chœur étaient augmenté pour donner un côté un peu plus solennel à l’ office. Le curé après avoir assuré l’essentiel à contre-coeur il assistait de loin au dépôt des gerbes puis s’éclipsait au presbytère. Sa guerre avait été douloureuse au point de lui avoir ait perdre la tête. Il avouait avoir eu peur sous les bombes et la miséricorde divine n’avait pas été très protectrice autour de lui. Des images le hantaient.

L’instituteur retraité originaire du Nord ne participait pas du tout à ce qu’il considérait depuis qu’il ne gérait plus l’école, comme en complet décalage avec ce qu’il avait vécu dans les tranchées. Blessé au front il assumait son pacifisme et ne s’associait plus au monde des anciens combattants qu’il trouvait oublieux de ce qu’avait été la guerre. Très souvent alors que je me rendais auprès de lui pour ma ration de devoirs supplémentaires imposés par ma mère, il me montrait une photo glacée avec plus d’une centaine de jeunes hommes tirés à quatre épingles, celle de sa promotion de l’École Normale d’Arras. Il passait les visages en revue avec son doigt et murmurait « Mort pour la France …  Mort pour la France… Tu vois mon garçon, plus de la moitié de n’est pas revenue devant une classe ! » et il allait ranger le cliché dans le tiroir d’où il le ressortirait quelques jours plus tard. Le massacre d’une jeunesse ayant cru dans l’avenir lui était insupportable. 

Dans le village le Maire, Héros de Verdun, entretenait avec conviction cette ambiance Guerre 14-18. Il avait été des premiers survivants ayant intégré l’association des Camarades de Combat. Il y jouait un rôle important. Son comportement pendant la durée des combats (9 montées à l’assaut sur le ront à Verdun) inspirait respect et admiration. André Lapaillerie connaissait tout le monde politique départemental et national. Il avait été l’un des artisans de l’installation de Jacques Chaban-Delmas à Bordeaux où il exerçait comme banquier rue Esprit des Lois sur l’arrière de la Préfecture de la Gironde. Il magnifiait la commémoration et lui donnait une dimension spectaculaire qui renforçait la notoriété de Sadirac. Des invités bardés de décorations et de titres parsemeient de temps en temps les commémorations. 

Mon père jouait un rôle essentiel dans ces moments de la mémoire. D’abord toute la semaine il « bichonnait » le monument aux Morts. Il le lavait à la brosse en chiendent, ratissait les abords et le bardait de guirlandes tricolores. Ensuite il était préposé dans son costume étriqué de garde champêtre du lever des couleurs, ce qui pour un Italien naturalisé constituait un honneur particulier. Il dressait aussi ce que l’on appelait pas encore un apéro plantureux autour d’un vin blanc liquoreux de Sainte-Croix du Mont que les « visiteurs » appréciaient particulièrement. C’était essentiel pour la réussite de la cérémonie : le blanc d’Eugène était considéré comme une récompense de jour exceptionel. 

Pour « l’animation musicale », l’Harmonie sadiracaise qui portait un nom en complet décalage avec ses prestations jouait la Marseillaise et l’un des clairons devenu célèbre déclinait une sonnerie aux Morts hésitante. Je n’eus jamais le talent nécessaire comme tambour de aire autre chose que de la figuration au sein de cet ensemble dirigé par un ancien militaire d’une exigence démesurée par rapport aux instrumentistes dont il disposait. Dans les grandes circonstances il mobilisait quelques supplétifs de ses connaissances ce qui sauvait les apparences. La volée de canards était moins impresionnante. 

Abel, mon grand-père réfractaire à toute manifestation officiell, dont le beau-père, un frère, un beau-frère étaient morts pour une France qu’il avait quittée puisque envoyé en 1918 après avoir été fait prisonnier dans une mine de sel silésienne, me disait le plus grand mal de ces rendez-vous. « Tu verras certains ne viennent que pour se montrer alors qu’ils n’ont pas participé réellement à la guerre et d’autres que pour le vin d’honneur…et pour boire gratis. Tu enlèves les m’as-tu-vu et les pique-assiettes et tu n’as plus grand monde. » Une vision synthétique dont j’ai pu vérifier le réalisme partiel bien des années plus tard. Je n’en ai manqué aucun depuis des décennies. J’y vais pour eux. 

N’empêche plus que les commémorations m’émeuvent sincèrement. Je continue à aller devant le Monument aux Morts de Sadirac. Je pense à Abel avec tendresse. Je me souviens du Maire, du Curé et de l’instituteur qui ont sculpté à leur manière mon avenir avec leurs évocations du passé.

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Cette publication a un commentaire

  1. faconjf

    Bonjour,
    le 8 mai bien morne en France et le 9 pour les Ruskoffs sous tension sont dans le rétroviseur; je vous colle ici le billet d’humeur de Natacha Polony que je trouve intéressant.
    « Le 8 mai 1945, l’humanité était libérée d’un régime infâme, qui avait condamné à mort des êtres humains en raison de leur naissance, qu’ils soient juifs ou tziganes, en fonction de leur orientation sexuelle ou parce qu’ils étaient handicapés. Le sacrifice consenti pour venir à bout du nazisme avait fini par apparaître à tous comme évident et nécessaire. En perpétuer la mémoire, c’est expliquer aux jeunes générations que plus jamais nous ne devons tolérer que des êtres humains vivent ce qu’a décrit Primo Levi dans Si c’est un homme, et puissent le vivre par la volonté d’un régime politique. C’est également leur expliquer ce qu’est la guerre. Quelles horreurs elle charrie. Et comment elle confronte chacun à des choix tragiques.
    L’erreur serait en revanche de plaquer ce modèle sur l’époque contemporaine pour effacer toute forme de complexité. L’abjection du nazisme s’imposait comme une évidence. Et ce serait une insulte à ses victimes que de banaliser cette abjection pour mieux entraîner les peuples d’aujourd’hui dans des guerres que l’on prétend « justes ». L’analogie permanente avec Hitler et le nazisme pour désigner les ennemis d’aujourd’hui sert à entraîner des peuples réticents dans les conflits et à en interdire tout règlement diplomatique. Si dangereux que soient nos ennemis, si urgent que soit notre réarmement, l’Histoire se joue différemment.
    Honorons la mémoire des héros qui ont donné leur vie pour notre liberté. Transmettons ce récit aux jeunes générations. Et œuvrons à donner à la Nation les moyens de défendre ses intérêts vitaux tout en étant résolument, et en tant que puissance, du côté de la paix.  »
    Et nous voici 45 ans après un autre 10 mai avec une belle gueule de bois. Un an plus tard en 1982, la France entendait Jean-Marie Le Pen, le fondateur du Front national, se plaindre de ne pas être invité dans les médias. Et François Mitterrand, fraîchement élu, annonce lancer un appel au pluralisme.
    Le fondateur du Front national se retrouve ainsi sur les plateaux de TF1 et d’Antenne 2. En 1985, le président socialiste affirme qu’il « infusera », « à des degrés divers », de la proportionnelle dans la plupart des nouveaux modes de scrutin. Une nouvelle loi électorale met ainsi en place, officiellement pour davantage de représentativité, la proportionnelle lors des élections législatives de mars 1986. 35 députés FN sont élus.
    « Cela faisait partie de la tactique politique (expliquait Roland Dumas des années plus tard, l’ancien ministre de François Mitterrand, sur France 2). Avec pour idée de trouver un moyen de diviser l’opposition de droite. Le moyen de les diviser a été la loi électorale, c’est-à-dire la loi proportionnelle. »
    Nous contemplons aujourd’hui la dérive des idées politiques vers les thèses défendues jadis par le parti fondé par le borgne avec des anciens Kolabos voire même pire – Le parti est fondé notamment par Jean-Marie Le Pen, les anciens Waffen-SS Pierre Bousquet et Léon Gaultier, des sympathisants néonazis tels que François Duprat et des nostalgiques de l’Algérie française, tels que Roger Holeindre, membre de l’Organisation de l’armée secrète (OAS).- Ainsi ce 8 mai 2026 on a eu la chance, dans au moins deux communes tenues par les héritiers du borgne, d’entendre « Maréchal nous voila devant toi le sauveur… ». La réhabilitation de Pétain reste un objectif du RN ( air haine) qui se défausse sur les soit-disant sous-traitants qu’ils ont soigneusement choisi. A Vierzon, la nouvelle municipalité d’extrême droite annule la cérémonie en mémoire de l’abolition de l’esclavage. «A Vierzon, quelque chose a changé», écrivait Libé, mi-avril, quelques semaines après la victoire de l’extrême droite dans cette ville du Cher, historique bastion communiste. Une nouvelle preuve en est apportée ce dimanche 10 mai. Pour les vingt ans de cette cérémonie décrétée par Jacques Chirac en 2006, la municipalité du Cher, récemment passée à l’extrême droite, a purement et simplement décidé d’annuler le dépôt de la gerbe de fleurs payée par la municipalité pour faire des économies… Merci de ne pas rire.
    Les banquets républicains dont l’origine remonte à la Fête de la Fédération le 14 juillet 1790. Lors de ces repas souvent tenus en plein air dans des lieux populaires, l’accent est mis sur l’égalité des participants et sur les toasts portés aux fondamentaux de la République (la liberté, la constitution etc.) ou à l’actualité politique.En 1829-1830, sous la Restauration, une campagne des banquets est organisée par la coalition libéraux-républicains afin de lutter contre la politique droitière de Jules de Polignac.
    Ces énormes banquets ont cédé la place au Canon Français, une organisation de banquets financée pour partie par le milliardaire d’extrême droite Pierre Edouard Sterin.
    « Depuis plusieurs semaines, nos concitoyens constatent la multiplication de faits inacceptables lors de certains banquets du Canon français. Propos racistes, appel à la violence, gestes rappelant les heures les plus sombres de notre histoire », a déclaré lors des questions d’actualité au gouvernement du Sénat, le sénateur PS, Jean-Luc Fichet.
    La réponse ministre de l’Intérieur qui a d’abord apporté son soutien à Isabelle Assih, la maire de Quimper qui s’est opposée à ce banquet dans sa ville. « Ce qu’il s’est passé à Quimper est absolument ignoble […] La maire a reçu des insultes sur les réseaux sociaux qui sont absolument abjectes. Ce sont des insultes racistes, des propos ignobles. Le préfet est venu en soutien évidemment et si la justice est saisie, le préfet assurera la protection de cette élue ».
    Toutefois, le ministre a écarté, à ce stade, une interdiction de ces banquets identitaires. « Pour pouvoir interdire ces manifestations, il faut qu’ils y aient des risques de troubles à l’ordre public. Il n’y a pas de risque de trouble à l’ordre public à ce type de manifestations, qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Fermez le ban!
    Le « bon » Sinistre de l’intérieur soutien en fait, tout comme Mitterrand en son temps, la division du peuple de France à des fins électoralistes à « l’horizons » 2027 (coucou Édouard ).
    Ben oui quoi de mieux qu’un second tour 2027 Édouard l’épicier face à Jord’âne l’incapable… Une promenade de santé pour l’incapable du havre. Mais oui, mais oui un clone de Mac-ronds est possible pour le remplacer.
    bonne fin de journée

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