Il a fallu des siècles avant que l’on connaisse les véritables vecteurs de la propagation de la peste. Rien n’étant établi l’imagination humaine a conçu des « vérités » qui parfois ont causé autant de dégâts que ce fléau ayant sévi au Moyen-Age. Elle était principalement attribuée à des causes surnaturelles – la colère de Dieu l’œuvre du diable, l’alignement des planètes – et, découlant de celles-ci, à un « mauvais air » ou à un déséquilibre des fameuses humeurs du corps qui, lorsqu’elles sont alignées, maintiennent une personne en bonne santé. Il était donc courant que la recherche des remèdes s’inspirent de cette appréciation sur ce qu’était la vie humaine.
Comme personne ne connaissait la cause de la maladie, aucun remède n’était donc possible, mais cela n’empêcha pas les gens de faire tout leur possible en se basant sur les connaissances médicales de l’époque, qui provenaient principalement des références aux médecins de l’Antiquité ainsi que sur les croyances religieuses, du… folklore, de l’herboristerie et surtout de la superstition. Ces remèdes – dont la plupart étaient inefficaces et certains étaient mortels – se répartissaient grosso modo en cinq catégories.
Il y avait ceux d’une grande diversité qui étaient à base d’animaux puis les décoction, les potions, les fumigations ou les « pâtes » résultant de la cueillette des plantes. C’étaient dans le fond les solutions les plus scientifiques car elles reposaient sur la transformation matérielle de produits naturels. Quant aux saignées rendues célèbres par celle effectuée par les Diafforus du Malade imaginaire, elles occupaient une place de choix dans la panoplie des hommes qui ne mouraient pas eux-mêmes des épidémies.
On assista cependant à des extrapolations plus ésotériques. C’est ainsi que furent prescrites des « cures religieuses » notamment quand le rang social du contaminé le lui permettait. Les comportements changèrent face à la réalité. Il y eut des fuites massives des zones infectées et pire des exclusions, des persécutions de communautés stigmatisées comme étant jugées responsables de « donner la peste ». Parmi tous ces remèdes, seule la quarantaine et ce que l’on appelle aujourd’hui la « distanciation sociale » – eut un effet quelconque sur l’arrêt de la propagation de la peste. Il faudra attendre 1894 pour que la vraie cause de la maladie « noire » soit enfin connue et traitée avec d’autres procédés.
En évoquant cette période et les comportements qui s’y créèrent on ne peut s’empêcher de penser aux situations du même type qui se propagent dans le monde. Ainsi depuis plusieurs jours les croisiéristes d’un luxueux navire sont sur le devant de la scène internationale. Le « Hantavirus » est à bord. Dans le fond il s’agit d’une information que l’on juge moins inquiétante que prévue puisque la maladie est dans un espace confiné où elle pourrait être contenue.
La durée d’incubation étant de six semaines (tient ça ne vous rappelle rien) et les cas constatés arrivant peu à peu, l’OMS se montre prudente sur les conséquences de cette contamination par les excréments des rongeurs. La navire est bloqué au large. Tout le monde est à l’isolement. On enquête sur les contacts éventuels pour remonter la personne source. Et comme il existe aucun traitement spécifique on évacue les cas les plus graves vers des hôpitaux susceptibles de les soigner au mieux. La croisière ne s’amuse plus du tout.
On se souvient aussi du coronavirus qui se serait échappé du laboratoire chinois avec les conséquences que l’on connaît et surtout le déferlement de remèdes bidons qui ont envahi l’espace public. Le hantavirus ne provoquera pas la même catastrophe mais on retrouve déjà sur les plateaux télé les spécialistes ressortis comme par miracle de leurs services hospitaliers. Dans quelques temps les exploiteurs potentiels surgiront avec les solutions miracles!
Dans son livre que je vous conseille de lire Patrick Cohen dénonce « les imposteurs ». Évidemment il évoque sans concession la mystification de hydroxychloroquine, remède miracle contre un virus surgi comme une terreur dans nos sociétés d’autant plus fragilisées qu’elles sont soumises à toutes les pressions irrationnelles. La science est remise en cause de tous les côtés. Ses limites sont contestées. Son efficacité se discute. Son utilité est mise à mal. Trump a même trouvé un Kennedy décérébré pour veiller sur la santé des Américains.
Patrick Cohen appelle en conclusion de son ouvrage que « réconcilier Science et confiance suppose un effort collectif : réapprendre la distinction entre savoir et recherche, redonner du temps à l’explication, restaurer le rôle des institutions comme garde-fous, expliquer que la défiance généralisée n’est pas une preuve d’esprit civique ». Este-ce seulement valable pour la médecine ?
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réconcilier Science et confiance suppose un effort collectif
Et il semble malheureusement que l’on n’en prend pas le chemin, au contraire. L’Esprit des Lumières est gravement menacé par l’éteignoir des superstitions religieuses qui ressurgissent. Les progrès sociaux subissent les attaques des nostalgiques revanchards d’un pseudo ordre exécré. Tout cela (et j’en passe ) est désespérant.
Les gens de ma génération, de plus en plus rares, qui ont connu la faim et la peur, « le Chagrin et la Pitié », puis les promesses des « Jours Heureux », des « lendemains qui chantent » ont vu bien sûr leur condition matérielle s’améliorer. Les Trente Glorieuses, par exemple, concrètement, c’est la disparition de la cabane au fond du jardin, de la toilette de chat au coin de l’évier, mais aussi toujours l’espoir que tout va continuer vers un monde meilleur.
Hélas, il semble que le meilleur soit derrière nous. Et je ne m’étendrai pas sur les conditions inhumaines que supportent une partie de la population déshéritée.
Ces progrès sociaux avaient été rendus possibles par la mise à l’écart de certaines forces capitalistes, dont les représentants faisaient profil bas dans la crainte d’être poursuivis pour leurs conduite indigne pendant l’occupation.
Leurs descendants, parfois même ignorent l’attitude coupable de leurs ancêtres qui on t bâti ou arrondi leur fortune sur la trahison et la compromission. L’épuration, après la Libération n’ a été qu’un faux semblant pour calmer les populations en colère(où parfois même des innocents ont payé pour les coupables), et le monde des possédants a peu à peu relevé la tête sans vergogne.
À lire les infos diverses, on ne peut que s’inquiéter du tournant que prennent les évènements avec la résurgence des vieux démons des années trente.
Inquiétant, désolant.
J’ai mal à mes souvenirs.
Bonjour,
La quatrième de couverture de l’ouvrage (Les Mystificateurs, Flammarion,paru le 1er avril) ne laisse aucun doute quant aux intentions de Patrick Cohen : « ce livre est une plongée dans la face noire de l’histoire, qui a vu des scientifiques réputés se persuader d’avoir raison contre le reste de la communauté scientifique et bénéficier du soutien de médias et de politiques« . Non merci je ne vais pas courir chez mon libraire pour l’acheter.
De toute évidence, Patrick Cohen est en passe de réussir un coup de génie intellectuel : comment un journaliste dénonçant les « charlatans » du monde scientifique est capable de les débusquer et expliquer le pourquoi du comment… sans aucune formation scientifique ? La déontologie scientifique réclamée par un journaliste qui en fait défaut c’est comique non?
Rappelez-vous : en septembre 2025, le journaliste s’était retrouvé au cœur d’une polémique nationale suite à la diffusion d’un enregistrement clandestin. On y entend Patrick Cohen, accompagné de son compère sur le service public Thomas Legrand, échanger avec des responsables socialistes lors d’un déjeuner.
Patrick Cohen et ses déclarations, un monument de mauvaise foi. Selon une enquête de vérification des faits d’Alexandre Hervaud dans Libération du 19 janvier 2017, Patrick Cohen a repris à son compte les calomnies de Martin Hirsch contre Sabrina Ben Ali, interne urgentiste ayant dénoncé ses conditions de travail dans une vidéo vue onze millions de fois sur les réseaux sociaux alors qu’elle avait accepté de répondre à un reporter de France Inter. Patrick Cohen l’accuse de n’être ni urgentiste ni salariée de l’AP-HP[ mais elle produit des feuilles de paie de l’AP-HP, avec qui était alors en contrat l’hôpital privé au service duquel elle avait été placée, dans le 20e arrondissement de Paris et où elle travaillait aux urgences depuis trois mois.
Les à peu prés conduisent ( le 5 juin 2018 lors d’un débat avec Yannick Jadot sur France 5) Patrick Cohen à contester la dangerosité du glyphosate. Et ce brave Patrick s’appuie sur des études vérolées conduites par des experts corrompus par Monsento . Tous ces faits sont dénoncés dans les Monsanto Papers : cette large vague de documents internes que Monsanto a été contraint de rendre public à la suite de procédures judiciaires engagées aux Etats-Unis concerne directement l’étude de l’AHS. Encore une fois, aucune mention n’est faite par Patrick Cohen de ces révélations pourtant conséquentes.
Le « bon Patrick » est aussi un manager de choc. Mediapart met en cause son management dans un article de février 2025 qui rassemble des témoignages faisant part d’une gestion humaine agressive entre 2010 et 2017. 19 témoignages anonymes de collaborateurs et collaboratrices de Radio France dénoncent un management jugé « anxiogène, toxique et stressant », marqué par des « remarques assassines », des critiques « acerbes », et une pression professionnelle intense. Certains anciens salariés évoquent des humiliations répétées et une souffrance psychologique au travail.
Il cumule aussi les exemples de servilité au pouvoir macronniste dans l’affaire Benalla. Lors d’une interview d’Edwy Plenel, fondateur de Mediapart dans l’émission C à vous du 6 février 2019, Patrick Cohen se montre très critique envers son invité sur le procédé consistant à utiliser des écoutes portant sur des conversations privées dans l’affaire Benalla, même si ces écoutes datent de sept mois et ont permis à Mediapart de révéler des conversations d’Alexandre Benalla, en violation de son contrôle judiciaire, en se prévalant du soutien du président de la République et en faisant allusion à un contrat avec un oligarque russe initié alors qu’il était encore à l’Élysée. Alors ça c’est du vrai journalisme contester la méthode d’investigation pour discréditer des faits de corruption, là vraiment chapeau l’artiste!
C’est bizarre chaque fois que je l’entend sur ma radio, je me demande pour qui il travaille. De toute évidence, il pourrait briguer un siège d’influence au ministère de la vérité vraie.
bonne journée