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Encore un déclin probable de la citoyenneté

 Dans 56 % des communes de Gironde il n’y aura donc qu’une seule liste bloquée lors du scrutin des élections municipales. La récente réforme voulue par les parlementaires d’instaurer la proportionnelle dans les collectivités de moins de 1 000 habitants a dans les faits réduits la concurrence. La réalité c’est que la participation à ce rendez-vous parmi les plus suivis depuis toujours risque de souffrir. On verra le résultat de cette réforme avec les taux de participation à un exercice démocratique qui se délite inexorablement.

Cette situation se retrouve au niveau national dans deux tiers des communes, essentiellement celles de petite taille, n’ont qu’une seule liste. C’est la conséquence directe de la modification du mode de scrutin pas toujours possible à mettre en œuvre. Le risque de voir l’abstention progresser dans ces territoires souvent ruraux inquiète maintenant les promoteurs de cette volonté de cadenasser la vote. On connaît donc 68 % des maires avant l’élection ce qui est vraiment paradoxal pour un scrutin. 

En fait la proportionnelle arrange les partis extrémistes puisque quelle que soit la « valeur » de leurs candidats ils sont certains de placer des têtes de listes sur un poste d’élu local. En fait derrière cette nouveauté se profile l’avenir des collectivités territoriales et des élus locaux. Sur le bulletin aux municipales sera par ailleurs publié un encart une liste des « candidats à l’intercommunalité ». Dans les communes de moins de 1000 habitants il est très rare que ce ne soit pas un seul siège qui soit en jeu. En revanche quand il y a plusieurs représentants la répartition s’effectue en fonction du score réalisé. Il en est de même pour les élections sénatoriales. Là inutile de voter. L’intercommunalité s’éloigne un peu plus d’une gestion citoyenne réelle. 

En effet on connaît donc déjà en Gironde dans les zones rurales la grande majorité des membres des conseils communautaires. Ainsi sur l’intercommunalité du Créonnais ce sont avant même le vote du 15 mars, 20 des 39 sièges qui sont déjà attribués sans que les électrices et les électeurs interviennent. Il en va tout autrement dans les métropoles où la masse des sièges à pourvoir offre des possibilités de changement de majorité. Il s’agira alors de constituer des groupes politiques avec les moyens qui vont avec, et ensuite de s’entendre sur une gouvernance majoritaire. Rappelons qu’en milieu rural un conseiller communautaire ne perçoit pas d’indemnité et qu’il n’y a pas de groupes politiques constitués dans la très grande majorité des cas. Moins intéressant.

En fait quand on effectuera le bilan des municipales ce sera en nombre d’élus puisque… après leur élection ils déclareront leur orientation politique. Il est certain qu’automatiquement le RN sera le grand bénéficiaire de la réforme puisque le nombre des listes portant son logo (une quarantaine en Gironde) a considérablement augmenté. La réforme aura au moins eu cet avantage. La Gauche unifiée (ça existe) et la Droite « traditionnelle » perdront c’est certain puisque leurs candidats « d’union » élus même dans l’opposition sont rangés sous diverses étiquettes et parcellisés sur l’échiquier politique du Ministère de l’Intérieur. 

En France on confond aisément le non engagement dans un parti et ce que l’on appelle « l’apolitisme ». Par exemple l’appellation « divers » recouvre bien des réalités dont on ne mesure pas les nuances. Aucune gestion municipale n’est en effet apolitique et en revanche ce n’est pas parce que l’on exerce une responsabilité au sein d’un parti que l’on même une action correspondant aux valeurs de ce parti. L’inverse est courant et vrai. Il suffit parfois de lire avec un brin d’esprit critique des programmes pour s’apercevoir que l’essentiel est oublié : les moyens d’agir. Il y a souvent un délire absolu qui relève de l’escroquerie morale. Des mots creux. Des assertions absurdes. Des propositions pharaoniques. Or l’élection à la proportionnelle favorise toutes les formes de populisme et de démagogie. Et certains l’ont bien compris en exploitant la crédulité et l’ignorance citoyenne de l’électorat. 

Comme dans la très grande majorité des communes il y aura donc une ou deux listes l’essentiel du scrutin sera plié le 15 mars au soir. Il n’y aura pas de second tour. On parlera alors des grandes villes qui sont en définitive les seules qui intéressent les partis car ce sont elles qui les maintiennent en vie et il y est encore possible de faire carrière au chaud et sans grands risques. Appliquer à une commune de 500 habitants les mêmes règles sur le choix des élus que dans celles de 50 000 habitants relève de l’absurdité et surtout reflète une forme de distanciation avec la proximité qui sera fatale pour la démocratie représentative.

En fait c’est la disparition de la dimension personnelle des membres d’une liste en contraignant à les accepter tous même si certains ont encore des comportements discutables qui pose problème. Les fameuses « brebis » galeuses que l’on connaît ont tout intérêt à se fondre dans la notion « d’équipe ». Le nombre d’électrices et les électeurs qui ne regardent que l’étiquette pour effectuer leur choix augmente au détriment du soutien à l’engagement personnel réel et la vision que l’on propose sur l’avenir. On se fait petit. On se planque avec l’espoir de ne pas être repéré. Ils sera temps de sortir plus tard. Une autre époque !

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Cet article a 4 commentaires

  1. Gilles Jeanneau

    Quand je te dis qu’ils sont fous! Et ce n’est que le début….
    Bon courage à nos jeunes; c’est eux que je plains.
    Allez, bonne journée quand même!

  2. J.J.

    La République et la notion de citoyenneté partent en lambeaux. Sabotage organisé ou aggravation du je-m’en-fichisme ?
    Je ne sais si c’est le cas en Gironde, mais nous assistons en Charente à une sorte de prolifération de listes RN qui tiennent surtout du regroupement familial. Manque de candidats pour présenter une liste complète ? On racole dans la famille, et en cas de victoire on joindra l’utile à l’agréable en exploitant le procédé de tambouille familiale, avec une croissance exponentielle de la gabegie. On a déjà connu çà.

  3. faconjf

    Bonjour,
    pour la première fois je ne voterai pas pour ce scrutin, même pas blanc ou nul, je serai membre à part entière du plus grand parti de France, les abstentionnistes.
    Je suis dégoûté par les magouilles et les grenouillages des partis autour de ce scrutin pour manipuler non pas le vote mais la présentation des résultats. Résultats voulus et orchestrés entre droite extrême et extrême droite pour glorifier les nouveaux partis de l’ordre émanation des royalistes de 1848* ( je sais c’est loin).
    La proportionnelle dans les campagnes et la réforme du scrutin censitaire des Sénateurs, permet la montée à bas bruit des forces réactionnaires. Au passage si quelqu’un peut m’expliquer simplement la réforme des élections sénatoriales, je suis preneur.
    Le taux d’abstention au premier tour des municipales va lui aussi passer à la moulinette du mensonge. Les merdias vont se féliciter d’un taux revigoré par rapport au scrutin de 2020. En oubliant volontairement le contexte de ce moment. Le premier tour de 2020 a eu lieu dans le contexte de crise sanitaire de la Covid , mais aussi en raison d’un désintérêt croissant pour la politique selon les analystes, ces élections sont marquées par un taux d’abstention record : 55 % au premier tour et 58 % au second, soit plus de 20 points de plus qu’au second tour des élections municipales de 2014 (36.5% d’abstentions au premier tour).
    Pour se centrer sur ma commune, deux listes de droite extrême se disputent le fief d’un marquis d’opérette, pas de liste de la diversité, pas d’autre horizon que la vidéo surveillance et la croissance des effectifs de police municipale. Une commune cité dortoir de la métropole Lyonnaise où les enfants ne trouvent plus d’autres emplois que dans la logistique sous payée et qui peinent maintenant à trouver un logement décent correspondant à leurs revenus. Accéder à la propriété est maintenant hors de leur portée. Le clientélisme politique mène inexorablement à l’abandon des trottoirs assignant littéralement les PMR à leur domicile. Les PMR combien de voix ? Subventionner en sous-main l’enseignement privé catho ça c’est payant. Installer des padels pour le tennis ça c’est payant.. Refaire les terrain de foot en pelouse de plastoc ça c’est payant. Ici tout est mesuré au clientélisme, les minorités et les diversités sont ignorées et méprisées. Impossible dans cette commune de faire l’inventaire des biens immobiliers pourtant propriété des habitants, circulez y a rien à voir… Ni à savoir de qui en bénéficie. Une commune livrée totalement à la politique des DSP ( délégations de services publics), qui ça intéresse la transparence de gestion des impôts?
    Alors bonnet blanc ou blanc bonnet, je préfère en rire de loin et même de très loin.
    bonne journée
    *Le parti de l’Ordre était en France en 1848, sous la Deuxième République, le regroupement non réellement structuré de personnalités conservatrices, partisanes — comme l’indique son nom — de l’ordre, de la sécurité et des bonnes mœurs.Le parti était composé de monarchistes légitimistes, surtout d’orléanistes mais aussi de républicains adeptes de la république américaine. Ses chefs de file étaient Adolphe Thiers, Odilon Barrot, le comte de Montalembert, le comte de Falloux ou encore Alexis, comte de Tocqueville. Les mesures les plus emblématiques prises par le parti de l’ordre sont alors la restriction géographique et temporelle du droit de vote (loi du 31 mai 1850) ainsi que les lois Falloux et Parieu portant sur l’instruction publique et l’enseignement confessionnel. Lors de l’élection présidentielle de 1848, incapable de s’entendre sur un candidat royaliste ou conservateur commun, il en vient à soutenir la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte, que Thiers pense facilement pouvoir manœuvrer (« c’est un crétin que l’on mènera »), parce que le neveu de Napoléon 1er apparaît comme un homme d’ordre.

    1. J.J.

      jf@ Adolphe Thiers (un prénom déjà prémonitoire) : le boucher de la COMMUNE.

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