Le ciel fait grise mine. Il pleure sur la bêtise des hommes depuis plusieurs jours. Il souffre de constater combien ses efforts pour donner l’eau de vie à la terre sont autant critiqués. Une mauvaise habitude prise par une société qui souhaite tout et son contraire après avoir malmené les équilibres climatiques. Les excès constatés énervent tout le monde car ils bouleversent des habitudes et plus encore les certitudes. Les phénomènes « outranciers » se succèdent désormais tout au long de l’année mettant à mal les constructions, les cultures, les activités humaines diverses sans trouver la parade. Plus que jamais l’ordre naturel s’impose pour le plus grand malheur des hommes.
Certains pensent que les éléments se vengent de la vanité de ces habitants de la planète cherchant ans cesse à les mettre en esclavage au point que quand ils s’expriment il est d’usage de prétendre qu’ils se « déchaînent ». En fait les dépassements des normes habituelles dans tous les domaines (eau, feu, vent…) démontrent la faiblesse de tout ce que les humains ont construit. Souvent ils l’ont mis en œuvre en se pensant supérieurs et ils en paient les conséquences. Impossible pour les malheureux fétus que nous sommes de tirer les conséquences des épisodes antérieurs. Nous subissons en protestant contre l’injustice de la nature.
Le propre de l’Homme c’est de se croire en permanence supérieur à elle. Alors que le sage tente de simplement la comprendre et la respecter, les tenants d’un pouvoir quelconque se plaisent à la braver, à la défier, à la mépriser. Ce n’est jamais gagné d’avance. On construit n’importe où et il est très difficile d’opposer à un pétitionnaire la notion de risque. Les équipements de grande ampleur lacèrent ou détruisent les paysages et surtout fragilisent les symbioses qui entretiennent encore l’illusion d’une permanence apaisée de la vie diversifiée. L’agriculture extensive assèche la biodiversité. La course effrénée à l’épuisement des richesses naturelles ne se ralentit jamais. Le résultat est imparable : plus rien ne fonctionne naturellement et les rebellions s’accumulent.
La pluie qui ne cesse de s’abattre sur nos têtes renforce donc le pessimisme ambiant déjà très puissant. Elle ne fait pas que des claquettes. Elle engrosse les fossés, le rus, les ruisseaux qui créent les grandes rivières; pour rendre monstrueux les fleuves, seigneurs aux révoltes puissantes et inarrêtables. Elle se glisse partout, même dans nos têtes. De derrière les carreaux des fenêtres ou les vitres des baies on s’agace de sa présence constante nous contraignant à l’inaction forcée. D’autant qu’elle allie l’intensité et la froideur. Les averses passagères laissent au moins des périodes d’espoir. Là il pleut comme une vache incontinente qui pisse noyant les maigres espoirs de sorties. C’est la catastrophe.
Qui oserait chanter par les temps qui courent en sautant de flaque en flaque ; « Il pleut… il mouille… c’est la fête à la grenouille. » D’ailleurs où sont elles les grenouilles ? Difficile de le savoir et les entendre puisqu’au nom du silence des campagnes elles ont rejoint les coqs dans les prétoires où se jugent les nuisances naturelles. Quant aux crapauds leur seul refuge est celui du mauvais rôle dans les contes des fées du temps jadis !
Lorsque le ciel leur tombe sur la tête les Gaulois que nous sommes, découvrent la prison. Ses larmes nous enferment dans un huis clos détestable. Les jours s’allongent et l’ennui s’étire. Il n’y a que les nuits que personnellement j’apprécie. Égoïstement j’aime bien savourer la sécurité de mon abri quand à l’extérieur des volets clos, les éléments conjuguent leurs forces. Un étrange mélange de crainte de ce qu’il risque advenir et ce sentiment d’être privilégié résulte des sons feutrés et des souffles sporadiques d’un monstre invisible qui enveloppent la maison. Dans le fond c’est aussi un vrai partage avec l’expression normale de la nature.
Les grands romantiques de la littérature aimaient les tempêtes. Pour Hugo ou Chateaubriand la puissance de ces spasmes conférait à l’homme sa juste proportion, infime et impuissante face à ce spectacle saisissant emportant dans sa force l’admiration et la sensation. La fascination pour tout ce qui dépasse nos propres capacités se transforme parfois en défi ou en jouissance. C’est pourquoi les vagues submersion dont l’Océan pilonne les cotes attirent les curieux. Elles emportent le sable et même parfois les pavés qui nichent dessous. Rien n’arrête la puissance de ces envolées festonnées d’écume blanche qui se fracassent sur les prétentieux aménagements humains.
Il est des contrées où l’eau redonne la vie. Désirée, attendue, espérée elle réjouit les pauvres pour qui la terre à un cœur sec et ingrat. Chez les nantis elle gêne et perturbe. Le monde a de telles contradictions que jamais il ne sera satisfaisant pour tous. Une seule certitude : après la pluie vient toujours le beau temps… pour ceux qui l’aiment. Il suffit d’être patient.
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Tu as omis « Il pleur dans mon coeur comme il pleut sur la ville…. » de je ne sais plus qui
Ah oui, mais c’est surtout en campagne que les inondations sont les plus dures à vivre!
Allez, bonne journée quand même près de la cheminée si possible!
@ Gilles Janneau
Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?
Paul Verlaine (1844-1896) Il est élu « prince des poètes » en 1894.
Les crues en campagne ? L’inondation de Paris en janvier 1910 reste l’une des plus marquantes de l’histoire contemporaine. Pendant plusieurs semaines, la capitale et sa région ont été paralysées par la montée de la Seine. Si cet événement survenait aujourd’hui, les conséquences seraient dramatiques : urbanisation plus dense, infrastructures critiques en zones inondables, concentration de population.
Pour anticiper ce risque, CCR a modélisé une crue centennale sur la base des conditions de 1910, sans prendre en compte les aménagements hydrauliques réalisés depuis. Résultat : jusqu’à 42 milliards d’euros de pertes assurées dans 876 communes.
Et c’est bien pour cela que les plans de sauvegarde des métropoles prévoient les inondations de protection en amont des villes ( Paris, Lyon..) pour limiter les conséquences pour les métropoles au détriment des ruraux.
merci d’avoir abordé le sujet et cordiales salutations
pardon, il pleure bien sûr!
Bonjour,
le combat de l’homme pour maîtriser la nature constitue un empilement de victoires à la Pyrrhus . Histoire dont le fleuve Loire est l’exemple. Il s’agit d’un combat pour éviter les conséquences des crues dévastatrices du fleuve. L’enjeu était de taille car il s’agissait de faire de la construction des levées à la fois une défense contre les crues impétueuses et dévastatrices du fleuve sauvage et aussi un moyen de cheminer les marchandises entre Orléans et Nantes par voie d’eau. Le début de ce combat remonte loin dans le passé l’Anjou des Plantagenêts a été pionnier dans cet aménagement des rives de la Loire dès le XIIe siècle. Henri II, en 1160, établit une charte qui décide de la construction d’une levée à l’aval de Saumur ; cet acte formalise des travaux antérieurs qui avaient été menés localement par des collectivités paysannes. Les rois de France se sont succédés dans ce grand chantier qui ordonnent que l’élévation des levées soit déterminée pour empêcher tout débordement : la nature de la Loire doit se conformer au décret royal. Sous ce précepte souverain « d’une Loire enfermée et restraincte ». La vanité des souverains ne pouvait résister à la force fluviale des crues extraordinaires outrepassant les levées, déstabilisant les ouvrages, affouillant leurs bases. Le principe des digues insubmersibles conduira au désastre de juin 1856. Du Velay à la Bretagne, une convergence de pluies sur tout le bassin versant ligérien met tout le système des levées sous une pression maximale, créant des brèches béantes par lesquelles le flot se déverse sur les champs, l’habitat. Les nouvelles voies ferrées, posées sur la levée en rive nord, sont coupées, voire emportées, le symbole de la Révolution industrielle noyé. Napoléon III confie à Guillaume Comoy une enquête sur les causes et le charge d’un plan de défense. Cet ingénieur apparaît, avec le recul, comme un Haussmann des eaux ligériennes. Il préconise un état des lieux précis, la reconstruction des levées, demandées par les populations, mais il recommande expressément de prévoir des déversoirs et organise des conférences, de Nevers à Angers, pour rallier les riverains à cette solution. Communication déjà. Le plan de Comoy sera dans l’ensemble réalisé, protégeant, malgré de fortes crues dans le siècle suivant, les populations ligériennes.
L’homme est ainsi remis à sa vraie place, aménager certes mais laisser aux forces de la nature des exutoires afin que la nature et les habitants puissent coexister. Une leçon totalement perdue de vue par les techno-solutionnistes qui peuplent les cabinets ministériels et derrière eux une cohorte d’affairistes affamée de profits!
Le dernier exemple de cette tendance c’est la société Ÿnsect, derrière le paravent du « sauver la planète » tout y est. Les subventions gâchées, le soutien politique faisandé, l’échec industriel, la maltraitance salariale, quant au respect des normes sanitaires alimentaires permettez moi bien rire.Tout cela avec pour alibi réduire l’empreinte carbone en mangeant de la farine d’insectes pour remplacer la viande.
Je vous invite à regarder ce reportage sur le sujet.
https://youtu.be/rC7mKYfGFqA
Pour voir un peu plus loin que ce gaspillage, il faut discerner les enjeux alimentaires de notre pays. Il faut soutenir la lutte des paysans pour éviter la délocalisation de l’agriculture et la catastrophe écologique d’une dépendance alimentaire à des milliers de km générant des tonne de pollutions pour des produits gavés de pesticides.
Les accords internationaux autour de notre alimentation sont annoncés par l’UE(rss) comme des victoires.
Plutarque rapporte la réplique de Pyrrhus aux félicitations d’un ami pour sa victoire: « Une autre victoire comme celle-là sur les Romains nous détruira complètement! ».
Dommage que ceux qui nous gouvernent ( ou croient gouverner) ignorent l’histoire.
bon repos de fin de semaine
les archives nous disent que les crues sont répétitives et décorrélées du réchauffement ou changement climatique.
https://www.inondations-agglo-nevers.com/IMG/pdf/egr_400_pre_014_histoiregdecrue.pdf