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L’augmentation des combines pour survivre ou améliorer le quotidien

La France est devenue une cocotte minute dans laquelle bouillonne des déceptions, des rancœurs, de la haine collective, des frustrations et une envie irrépressible de se débarrasser du monde politique. La soupape tourne en permanence puisqu’il existe la tentation de tout péter par un vote « extrémiste » lors des prochaines élections nationales. Une sorte de décompression liée à la désillusion aggravée par la défiance généralisée. Cette envie de tout faire sauter est alimentée par des sondages destructeurs à répétition.

Dans cette période trouble dans laquelle plus personne n’a de certitudes sur l’avenir collectif et moins encore sur celui de chacune et chacun, la débrouille prend une importance particulière. Je n’entends parler autour de moi dans les « groupes » où je ne peux m’empêcher d’ouvrir mes oreilles fatiguées de « journaliste invétéré » que de combines, d’arrangements et de vies parallèles. C’est devenu la normalité pour améliorer le quotidien. Une économie souterraine qui n’est pas celle de la drogue portant sur des montants sans comparaison, s’installe dans les vies ordinaires. On échange des services ordinaires ; on se refile des « tuyaux » ; on installe des pratiques lucratives annexes ou on l’exploitation de trouvailles confidentielles.

L’essentiel de ces filières utilise internet. On vend tout sur les plateformes à la mode. On se rend dans des recycleries gratuites et quelques jours plus trad on vend les produits pour quelques dizaines d’euros. Tout finit par partir. Pour contourner les règlements sur le nombre d’opérations )à ne pas dépasser il suffit d’inscrire toute la famille, grands-parents compris et même arrière-grands-parents. Il arrive aussi que l’on achète des promotions, les lots en grande quantité pour les partager avec une marge substantielle ultérieurement. Les achats s’effectuent parfois directement à l’étranger avec une parcellisation des colis permettant des livraisons étalées dans le temps.

Les fameux vide-greniers et les brocantes demeurent aussi des opportunités de se faire quelques subsides en se débarrassant des effets de la surconsommation. Il existe là encore de véritables pros qui s’associent pour ne pas tomber sous le coup de la loi interdisant plus de 2 participations annuelles pour des non-professionnels selon l’article L310-2 du code du commerce. La vente d’objets neufs est aussi interdite mais il est assez difficile de l’appliquer. Là encore dans les familles on utilise toutes les personnes pouvant s’inscrire sur le registre et la limite est oubliée. Le phénomène s’amplifie.

Le marché des petites automobiles aux moteurs thermiques est également florissant. Elles se revendent facilement si leur pris avoisinent 4 000 euros. Là encore sur les sites bien connus on ne peut pas mettre en vente plus de sept véhicules par an. En surveillant attentivement les annonces il est possible de dénicher quelques véhicules dont le kilométrage, la cylindrée et l’état est satisfaisant. Les acquisitions par un ami professionnel de lots aux ventes judiciaires aux enchères et une redistribution pour la revente marche aussi convenablement. Les délais de cession à des particuliers sont de quinze jours maximum… si on a l’habileté de prendre des types d’automobiles demandés.

La notion de « bon plan » prend de l’ampleur. Les gens sont de plus en plus attentifs aux achats en douce ou par l’intermédiaire de filières que l’on confie à celle ou celui qui n’est pas très fortuné. Aucun secteur n’y échappe. On se refile les adresses ou les sites. Il est assez impressionnant de constater que l’argent liquide reste utilisée dans ces circuits du bouche à oreille. Pour la première fois cependant, l’an dernier, le nombre de paiements en espèces chez les commerçants a été dépassé par celui des paiements en carte bancaire. On a dénombré environ 40 milliards de transactions avec  environ 17 milliards effectuées en espèces contre 19 milliards en carte. Les chèques sont de moins en moins utilisés.

Au premier janvier 2026, le gouvernement s’attaque à un autre processus utilisé souvent par les grands-parents : le don en espèces. Il s’agit de juguler les entorses aux droits à régler sur les sommes versées aux enfants et surtout aux petits-enfants. Tous devront être immédiatement déclarés avec en plus les tableaux, les voitures et tout autres aides.

Actuellement ces foutus boomers qu’il faut ramener à la raison, selon une étude de l’IFOP de 2021, dépensent en moyenne 221 euros par an en cadeaux pour leurs petits-enfants, 202 euros en dons d’argent, et 163 euros en loisirs. Ce ne sont que des moyennes. Quand on connaît les difficultés des jeunes face à l’autonomie financière ces sommes qui paraissent dérisoires sont parfois essentielles. Elles appartiennent au « monde » parallèle sur lequel se penche pas trop Bercy car il permet à bien des gens de survivre. Jusqu’à quand ?

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Cet article a 2 commentaires

  1. J.J.

    Nous sommes bine en période de crise, la situation que tu décris me rappelle « l’instauration » par les populations affamées et parfois dans un grand dénuement du Système D qui nous a permis de survivre.

  2. Michel Caron

    Ce blog du jour est effectivement une chronique très éclairante sur l’adaptation de différentes composantes de notre société aux multiples facteurs de difficultés de vivre qui s’accumulent et aux conduites qui s’apparentent à une forme de résistance à l’adversité. Cela touche nos rapports à la famille,à l’autre,à la vie démocratique et à la vision du politique,et sans doute en débouchant sur une crise morale liée au spectacle de la confusion des valeurs dont témoignent aussi bien les grands de ce monde que notre environnement le plus immédiat. La bataille réside dans le fait de savoir si l’on parvient à donner à tout cela un sens positif générateur de solidarité et d’ambitions constructives, capables d’être incarnées et de mobiliser dans un sursaut solidaire,ou bien de céder à la tentation du désespoir multiforme dont celle du recours au pire ,à l’extrémisme et au charisme autoritaire s’affranchissant de toute exigence morale et politique raisonnable. Lorsque le pire devient possible,nous en revenons à l’essentiel et à la difficulté de vivre:repli sur soi,stratégie du bouc émissaire,désagrégation sociale,politique du pire, ou stratégie de résistance,de Refondation,de reconstruction?en tout cas,à chaque jour,quand même,suffit sa peine:et nous continuons à nous parler,ce qui prouve que nous ne cèdons pas à la fatalité,et que nous attendons…notre prochain rendez-vous.

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