La banalisation de l’Histoire devient extrêmement préoccupante. De jour en jour des manifestations mettent à mal des périodes de la vie collective très douloureuses pour les valeurs républicaines. Profitant du vide des mémoires et surtout de l’ignorance collective galopante, des organisateurs jusque là extrêmement discrets ou marginaux s’érigent en « réhabilitateurs » de personnalités pour le moins discutables. C’est ainsi qu’une messe en la mémoire du chef de ce que l’on appelé « l’État Français » s’est tenue samedi dernier dans une église de Verdun. Cet office ayant bien été célébré par un officiant dont on ne parle pas a été autorisé selon le droit français par l’autorité cultuelle.
En effet si le bâtiment religieux est propriété de la puissance publique, en l’occurrence la ville, le prêtre en reste l’affectataire et a le pouvoir d’autoriser ou de refuser toute manifestation qu’il juge non-conforme aux principes catholiques. J’ai par exemple connu des ecclésiastiques qui demandaient le programme de chorales ou d’orchestres devant se produire dans « leur » église avant d’accorder cette possibilité de partager avec le public. Des chansons ou des compositions étaient écartées car jugées contre la bienséance catholique. Là, point de contre-indications !
Se référait-on à dieu pour le « vainqueur » de Verdun ou honorait-on « le collaborateur avec les nazis » ? Sur le premier point il s’agit d’une usurpation de notoriété puisque la victoire dite de Verdun lui a été abusivement attribuée. Les analystes de la Grande Guerre expliquent qu’il n’a dirigé que durant quelques semaines. Le magazine Historia le qualifié d’ailleurs « d’imposteur de Verdun » et surtout pas de vainqueur. Il arrive sur place le 26 février 1916 alors que la situation est inquiétante.
Les décisions essentielles sont déjà prises par les officiers sur place. Il occupera son poste que jusqu’au 30 avril de la même année soir deux mois ! Il sera remplacé le 1° mai par Nivelle. La lutte sera acharnée entre ces deux chefs à l’ego surdimensionné avec un seul résultat : les seuls vainqueurs de Verdun, ce sont les poilus et les 163 000 tués d’une bataille de trois cents jours. La débâcle du chemin des Dames en mai 1917 vaudra un discrédit à Nivelle relançant la propagande en faveur de celui qui récupérera à la fin du conflit les lauriers promis à ceux qui symbolisent la victoire. Quelle légitimité de la messe ?
En revanche il semble bien que l’office était plutôt destiné à célébrer les mérites de l’Hôte de Vichy. L’opération médiatique a fonctionné à plein régime. Sur le parvis de Saint-Jean-Baptiste il y a avait la presse locale et nationale pour vois défiler une vingtaine de fans d’un certain âge. à se rendre à la cérémonie. Le Président de l’association pour défendre la mémoire du maréchal » qui depuis 1951 s’évertuait sans trop de succès à réhabiliter celui qui avait collaboré avec l’occupant nazi. Le coup était réussi et il ne s’est pas gêné pour dérouler sa diatribe révisionniste.
Tout y est passé : le « sauvetage des Juifs », « la résistance » supposée aux Occupants et quelques autres mensonges. La machine médiatique a fait le reste en donnant à cette poignée de de nostalgiques du régime de Vichy des formidables relais d’opinion. Peu de monde choqué. Peu de réactions de fond. Le mal est fait. Les plaintes déposées accentueront leur célébrité. L’opinion dominante asphyxiée par le gaz indolore, incolore et inodore de l’ignorance a absorbé l’événement comme appartenant à la normalité de notre époque.
Les vocations n’ont pas tardé de naître. Une messe devrait être célébrée le 29 novembre à midi en la chapelle Notre-Dame de consolation à la mémoire du… Général Franco. Il s’agirait selon les instigateurs de ce rendez-vous religieux d’« un temps de recueillement » en faveur du Caudillo mort le 20 novembre 1975. On y associera pour faire bonne mesure José Antonio Primo de Rivera, chef de la Phalange – mouvement politique fasciste espagnol fondé en 1933 – assassiné lui-aussi un 20 novembre mais en 1936. Là encore l’abbé qui sera à la manœuvre ne voit aucune objection à ce type de rencontre en une église. Il sera même probablement invité aux agapes qui suivront en remerciement de sa… collaboration.
Aucune réaction de la hiérarchie catholique sur ces deux initiatives. La liste de ces « hommages posthumes » aux arrière-pensées évidentes s’allongera inévitablement dans les prochains mois ou années. Réunis comme le 13 mai 1941 le Maréchal et le Caudillo à Montpellier le sont à nouveau à quelques jours d’écart. Un signe avant-coureur de cette montée en puissance de l’effacement de tout ce qui risque de perturber l’épanouissement décomplexée des idées qu’ils portaient : racisme, antisémitisme, haine, violences, destruction de la République, chasse aux progressistes. L’alliance de l’ignorance et du goupillon bats son plein.
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« les seuls vainqueurs de Verdun, ce sont les poilus et les 163 000 tués d’une bataille de trois cents jours. » Dont on a évidemment « oublié » en cette circonstance de ranimer le souvenir.
« L’alliance de l’ignorance et du goupillon bat son plein. »
J’ai eu très mal en voyant les gesticulations et en écoutant les propos de ces méprisables individus.
Pour moi, Pétain que dans mon milieu de voisins et amis résistants passifs, « en ce temps là » on qualifiait de vieille baderne, c’est la honte de la collusion avec les nazis, l’abjecte et déshonorante poignée de main de Montoire, les ordres donnés à la police, l’antisémitisme assumé.
La pauvre ville de Vichy, un temps capitale de la honte, a du mal à se remettre de cette infamie.
Je suis allé plusieurs fois à Vichy en touriste, une belle ville, et jamais je n’ai pu, passant devant l’hôtel qui avait abrité cette camarilla oublier ceux qui en furent les sinistres occupants.
Je suis malheureusement un des derniers représentants de ces français « qui n’oublient pas ».
Ci jointe la conclusion de mes « Mémoires de Guerre ».
« Même si j’ai eu souvent faim, quelquefois peur, parfois beaucoup de peine, je remercie le sort de m’avoir été favorable : je suis sorti vivant des bombardements, je suis passé sans une égratignure à travers une fusillade meurtrière, et surtout, surtout, je n’ai jamais été obligé de chanter « Maréchal nous voilà ». »
Bonsoir,
je vous salue depuis mon lieu de villégiature à quelques encablures de l’endroit où le Caudillo voulait emmurer vivants les lépreux sur l’île de Ténérife. Ce projet pharaonique a rapidement été enterré par les progrès de la médecine qui ont permis de soigner les malades chez eux de cette sinistre maladie. http://www.racontemoilhistoire.com/2017/10/leproserie/
Le sabre et le goupillon sont encore présents dans les ruines de la léproserie aujourd’hui devenue par un juste retour des choses le temple des graffeurs aussi anti-système que bouffeurs de curés et autres religions…
A des kilomètres de notre pays j’entends les propos ahurissants du général Mandon devant le congrès des Maires. Le chef d’état-major Fabien Mandon a affirmé que le pays devait être prêt à « accepter de perdre ses enfants ». Le même général Mandon qui en octobre avait dit que l’armée française devait se tenir « prête à un choc dans trois, quatre ans » face à la Russie.
Vous trouverez ci-dessous la déclaration de Juan Branco à ce sujet. Branco fait ici la description de ce galonné qui revendique pour son maître le droit de faire couler le sang de notre jeunesse. Branco lève le voile sur les arrières pensées politiques du méprisant qui l’a nommé grand vizir.
« Fabien Mandon n’est général que par jeux d’antichambres.
Son grade de colonel de l’armée de l’air n’est quant à lui attribuable qu’à une carrière construite à coups de bombardements de groupes rebelles déguenillés, dans les pays les plus pauvres du monde, par Mirage et Rafale interposés.
Ces aventures coloniales sans valeur et une ambition sans rapport avec ses qualités n’en on fait, que le pleutre d’un pouvoir avarié.
Cet homme n’a, en d’autres termes, ni rapport au courage, ni à l’engagement éprouvés.
Courage et engagement auquel il nous enjoint, parlant même de sacrifice d’enfants qu’il n’a jamais portés, a fortiori protégés.
On mesure mal l’indécence et le danger pervers que ces paroles, par le Président de la République couvées, peuvent porter.
En entrant de plain-pied dans le débat public, sans en avoir la légitimité, M. Mandon, colonel de l’armée de l’air et général préoposé aux alcôves et aux intrigues de palais, s’expose à voir scrutées chacune de ses compromissions, qui en ont fait le chien de son maître, soumis au bon vouloir d’un chef d’État désavoué par les urnes, prêt à envoyer son peuple à la mort pour se sauver, à rebours du sentiment, et des engagements, de la nation et de son instrument, l’armée.
Il faut être sans pitié à l’égard de ces bas-gradés, qui font de la trahison et de la compromission leur carburant.
Leurs pieds nous mènent à des fronts qu’ils n’ont jamais foulé.
Notre détermination et notre volonté seules sont de nature à les faire cesser.
Qu’ils aient honte d’exister.
Et qu’ils reviennent à des terres qu’ils n’auraient jamais dû quitter. » Juan Branco parution FB de ce jour
Le général Mandon rêve de faire couler le sang des Français pour tenter de sauver l’occident de sa future ( cuisante ) défaite en Ukraine.
« S’il faut verser le sang
Allez verser le vôtre
Messieurs les bons apôtres
Messieurs qu’on nomme Grands… »
Boris Vian
Bonne soirée