Je compte dix-neuf participations (intégralement à mes frais) au Congrès de l’Association des Maires de France dont j’ai été quelques années secrétaire général adjoint chargé du sport et de la vie associative avec un collègue célèbre toujours en activité qui n’est jamais venu. C’est avec une certaine nostalgie je l’avoue que je vois arriver demain la 107° édition de ce rassemblement que bien des premiers magistrats communaux fréquenteront pour la dernière fois. Les uns car ils ne se représenteront pas. Les autres car ils ne seront pas reconduits dans leur fonction. Les premiers seront, dans le contexte actuel bien plus nombreux que les autres.
Un vent de renoncement souffle sur les mairies des communes les plus difficiles à gérer qui ne sont pas nécessairement les plus petites, mais celles qui sont en expansion démographique ou devant faire face à une paupérisation croissante de leur population. Ainsi on note que plus de 2 200 édiles ont démissionné en cours de mandat soit environ 6 % des élus. Il faudra y rajouter toutes celles et tous ceux qui décideront de ne pas conduire une liste aux prochaines municipales et on pourrait dépasser les 25 %…
Au congrès Porte de Versailles il y aura donc un bonne part de « touristes » qui profiteront d’une dernière sorte parisienne. Pour les autres ils savent fort bien que les semaines à venir ainsi que la première année du prochain mandat seront particulièrement difficiles. La participation est annoncée comme exceptionnelle avec cette année 12 000 maires métropolitains attendus dont 1 000 venus d’Outre-mer. Ils écouteront la parole du premier ministre qui clôturera leur réunion. Ceux qui « repartent » et espèrent survivre au scrutin ne seront attentifs qu’à un seule passage de son discours : le dispositif financier éventuel pour leur prochain budget de 2026 !
Or si on se réfère aux propos du moine soldat retranché à Matignon lors des assises des Départements l’excuse est toute trouvée : « voyez vos députés et vos sénateurs puisque je leur laisse la liberté de bâtir le budget qu’ils veulent ». La « parlementarisation » a du bon ! On ne comptera les milliards supprimés aux collectivités territoriales que début janvier !Et encore ! Il n’y a en effet aucune visibilité sur l’issue du zigzag budgétaire. Le Sénat tout heureux de pareille aubaine fait la leçon aux députés et il serait étonnant que les doctes pensionnaires du Palais du Luxembourg ne rétablissent pas les dotations envers les communes pour des raisons circonstancielles évidentes.
Le Sénat est en effet renouvelable fin septembre 2026 pour sa moitie (dont la Gironde) et ce Congrès constitue pour eux une première étape de la future campagne électorale. Les réceptions auront un lustre particulier, les repas se succéderont, les promesses se multiplieront : les sortants savent bien que ce genre d’attention prend cette année une importance particulière. il en va de leur réélection potentielle.
Leurs électeurs seront certes ceux qui sortiront des élections municipales qui se dérouleront en mars prochain mais il vaut mieux fidéliser la clientèle en place. Cette échéance communale doit se situer au moins six mois avant le vote en faveur des sénatrices et sénateurs donc elle ne bougera pas sauf circonstances graves. Et donc les municipales ne peuvent pas (normalement) être repoussées. C’est la cause de bien des tracas de l’Elysée.
Planera néanmoins sur le Congrès 2025 la menace d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale. Tout se compliquerait tant 2026 serait une année électorale avec successivement législatives (février), municipales (mars), mise en place des exécutifs des intercommunalités (avril), sénatoriales (septembre). De quoi occuper les partis politiques et de réjouir les imprimeurs. Il semble cependant difficile de tenir un tel calendrier. Il y aura un écart de seulement quelques jours entre certains scrutins.
Lorsque la dissolution était décidée, un décret serait alors publié au Journal Officiel. Il serait rapidement suivi d’un autre décret, qui convoquerait le corps électoral pour l’élection des députés à l’Assemblée nationale. Le calendrier électoral encadré rigoureusement par la Constitution, prévoit que le scrutin doit avoir lieu dans les vingt à quarante jours suivant la dissolution. En fait il n’y a donc plus de maître des horloges à l’Élysée qui se retrouve avec une marge temporelle très faible coincé par les municipales.
Si l’on prend l’hypothèse d’une dissolution après l’échec d’un vote du budget dans la seconde semaine de 2026 le vote aurait lieu entre le 28 janvier et le 15 février (premier tour). Peu probable que ce soit aussi tard puisque la campagne des municipales aura largement débuté à la mi-février. La France se retrouve donc dans une impasse totale.
Le Congrès des Maires aura une tonalité inédite avec des ministres en sursis qui ne pourront que formuler des promesses qu’ils ne mettront pas en œuvre, et des parlementaires dont 75 % si l’on cumule Assemblée Nationale et la moitié du Sénat, sont sur des sièges éjectables. Drôle d’ambiance. Coincée entre les deux extrêmes qui revendiqueront leur place au sein de la puissante l’AMF jusque-là en cogestion vivra un Congrès très particulier. Il me tarde d’en suivre les péripéties…annonciatrices là encore de jours compliqués.
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Beaucoup de responsables municipaux ne se représenteront pas, découragés par les difficultés et parfois sans doute découragés par le constat que leur action consiste à tenter de remplir le tonneau des Danaïdes.
Pourtant nous avons de très belle exceptions : deux candidats après de nombreuses réélections et à l’âge plutôt avancé (80 ans dépassés largement) qui « remettent ça ».
Je comprends qu’après une longue carrière dans la fonction, avec des réussites dans un milieu plutôt difficile pour l’un d’eux, ils ne veulent pas couper les liens avec ce qui un temps fut leur préoccupation quotidienne.
Mais j’estime que s’ils veulent réellement se rendre utiles, un simple poste de conseiller leur permettrait de ne pas couper le lien avec le passé, tout en dispensant à leurs successeurs les précieux conseils dictés par leur expérience. Ce serait faire œuvre utile.