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Un prétexte qui a fait sauter la digue parlementaire

La panique gouvernementale quotidienne se poursuit à l’Assemblée nationale. Les événements incontrôlables se succèdent avec la disparition de tous les repères politiques. Hier dans Roue Libre je vous indiquais que Bercy serre les fesses depuis qu’a été adoptée la taxe sur les GAFAM. Le maquis des procédures constitutionnelles pour l’élaboration des lois permettra sûrement dans le courant de la semaine prochaine de trouver une voie sans issue pour cette augmentation. Il en va tout autrement avec la décision prise avec une seule voix de majorité de dénoncer la convention de 1968 avec l’Algérie. Le dos au mur, le Premier Ministre sera contraint de prendre en compte ce vote qui tombe bien mal dans le contexte relationnel actuel.

Dans le cadre de leur journée de proposition les députés RN au grand complet ont obtenu pour la toute première fois depuis 1945 qu’un texte venu des rangs de l’extrême-droite soit adopté dans l’hémicycle du Palais Bourbon. En fait plus que l’impact de ce texte sur les relations franco-algériennes, il ouvre réellement la perspective de ce qui se passera au retour d’une seconde dissolution de l’Assemblée. En effet l’adoption n’a été possible que grâce à deux phénomènes calculés.

Le premier repose sur les absences perlées au sein des partis du socle commun réputé s’opposer aux manœuvres du RN. L’analyse de la structure du vote donne des preuves irréfutables d’une action concertée. Le leader du parti Renaissance avait piscine (une intervention lors d’un congrès international sur le Tourisme à Paris) et tous ses proches étaient mobilisés ailleurs. Ainsi sur 92 membres, seuls 30 députés du groupe Ensemble pour la République ont voté contre le texte, tandis que trois se sont abstenus et sept n’ont pas pris part au vote, bien que présents. Ce sont donc… 62 membres du parti élyséen ont d’une manière ou une autre soutenu une proposition qui gomme un accord s’inscrivant dans les relations historiques avec l’ancienne colonie.

En Afrique la France est repoussée, chassée, oubliée, contestée, haïe désormais dans une majorité des pays ayant eu des liens coloniaux avec elle. Un échec retentissant. Si les « avantages » avec l’Algérie devaient être revus ce ne pouvait être que dans le cadre d’une négociation diplomatique. Le gouvernement n’a plus après ce résultat surprenant plus aucun outil de pression sur son homologue d’Alger. En plus au lieu de réguler l’immigration il libère des espaces « communs » constituant un véritable appel à venir sans contraintes chez nous.

En effet l’accord de 1968 avait régulé de manière plus coercitive celui de 1962. En le supprimant sans se préoccuper des termes du précédent, les députés ont ramené l’immigration algérienne à des obligations moins fortes. Il faudra vraiment une réaction rapide pour que un flux d’arrivées utilisant ces possibilités oubliées ne s’accentuent pas en quelques mois. Le Président de la République a en effet un droit de veto car il doit signifier sa volonté d’adopter la décision du Palais Bourbon et la matérialiser. Attendre… attendre… dans le contexte actuel paraît le meilleur choix mais il risque de le payer rapidement sur le budget ou lors d’une campagne éventuelle des législatives.

L’autre événement historique réside dans les votes venus de tous les bancs en faveur de la proposition RN et de l’absence aussi surprenante de dans les rangs de la gauche. Bien évidemment le groupe du nimbus niçois a unanimement suivi son parti de rattachement. Pas moins de 26 ex-UMP ont témoigné de leur soutien ; 17 ont mis le cap sur l’Horizon bleu méditerranée. Un camouflet pour le gouvernement qui n’est plus à ça près. Au total dans les rangs de feu le socle commun, il manquait une centaine de votants partis en week-end déposer des chrysanthèmes sur les valeurs républicaines qu’ils prétendent défendre. Un signe fort de la déliquescence d’une minorité perdue et laissée à l’abandon par ses chefs. Il faut remarquer que 53 députés se réclamant de la Gauche avait eux-aussi oublié de venir voter.

C’est fini la France a symboliquement basculé vers une alliance entre une bonne partie de la Droite et l’extrême-droite. Il est certain que le RN va conserver dans ses tiroirs la liste des « collaborateurs » lui ayant permis directement ou indirectement de remporter une victoire historique. Inutile de se voiler la face (attention ça devient dangereux) les législatives et dans la foulée les municipales consacreront cette courte échelle à l’accession du populisme au pouvoir. Les Résistants s’amenuisent au fil des votes parlementaires. Ce n’est que le début de complicités que l’on n’imaginait pas il y a quelques mois.

(1) le vote des députés de Gironde est intéressant

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Cet article a 2 commentaires

  1. J.J.

    La marionnette du croque mitaine que l’on nous agitait devant le nez pour nous faire peur a jeté le masque. Ce n’est pas une Marinehonnête (loin de là), c’est un vrai monstre. À force de crier « au loup » comme le Martin de l’histoire…

  2. faconjf

    bonjour,
    le barrage des castors s’est effondré sous la poussée des droites coalisées autour de l’idée toute simple de l’immigré fauteur de tous les dysfonctionnements d’un pays en voie de naufrage. L’illusion des castors censés faire barrage a fait long feu le système est maintenant figé. Nous avons maintenant un Parlement introuvable, divisé en trois blocs minoritaires et irréconciliables, ayant écrasé au surplus tous les petits acteurs ne se rattachant pas à leur logique. Trop divisé pour régner, trop monolithique pour évoluer. Comment faire tomber un gouvernement minoritaire si personne n’accepte de se « compromettre » en votant une motion de censure ?
    La stratégie du barrage et de ses castors se retourne maintenant contre ses géniteurs et nous assistons hébétés à l’édification de nouveaux barrages en escalier comme le pratiquent les castors dans la nature.Le barrage contre le Rhaine et les amis de Ciotti est maintenant suivi du barrage contre la gauche dite extrême suivi lui même du barrage anti Mac-ronnistes. Et bien souvent les éléments d’un barrage sont déplacés pour construire le barrage suivant … Plus personne n’y comprend rien et les valeurs républicaines sont envoyées par le fond.
    La haine des uns contre les autres est devenue le seul ciment fissuré qui justifie la survie des partis politiques.
    Enfin, il faudrait faire vivre la République, la vraie, en s’interrogeant avec gravité : comment une société démocratique peut-elle lutter contre une idéologie qui nie les valeurs qui lui permettent de fonctionner de manière pacifique ?
    Bonne journée aux castors et aussi aux autres.

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